Cet aspect tactique qui explique le succès de l’équipe surprise en NBA

Les Memphis Grizzlies ont commencé la saison par quatre victoires de suite avec un effectif jeune. On vous explique comment ça marche.

Cet aspect tactique qui explique le succès de l’équipe surprise en NBA

Bien sûr qu’une semaine de compétition ne suffit pas à tirer de grandes conclusions. Les colonnes victoires et défaites de chaque équipe n’ont guère de signification à ce stade de la saison. Ce sont plus les intentions qui comptent. Les tendances. Du coup, il serait sans doute prématuré et déplacé de s’enflammer pour les Memphis Grizzlies, une équipe en reconstruction qui caracole pour l’instant en tête de la Conférence Ouest avec quatre victoire en autant de matches disputés. Quatre équipe (toutes à l’Ouest) sont encore invaincues en NBA et deux d’entre elles, le Oklahoma City Thunder et les Houston Rockets, affichent le même bilan que la franchise du Tennessee.

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Retrouver Memphis dans cette position reste une surprise même s’il faut nuancer ce succès par le petit échantillon et la qualité (ou absence de qualité) des adversaires rencontrés par les Grizzlies jusqu’à présent. Ce ne serait finalement pas la première fois qu’une formation censée occuper les profondeurs du classement démarre fort avant d’effectivement se casser la gueule. Mais les débuts restent très encourageants pour les hommes de Tuomas Iisalo, dont ce n’est que la deuxième saison en tant que seul décisionnaire des choix tactiques de l’équipe.

Le coach finlandais est connu pour ses idées et ses principes de jeu. Les différentes équipes qu’il a dirigé présentent évidemment des similitudes. Et parmi elles, un concept important, celui du « tag. » Alors qu’est-ce que c’est, concrètement ? La stratégie prend ses sources en Australie, où l’entraîneur Aaron Fearne l’a implanté, notamment dans le championnat local. Le « tag » est d’abord une notion défensive qui a pour éventuelle conséquence de dominer aux rebonds offensifs. La notion repose sur le fait que les cinq joueurs qui étaient en attaque vont immédiatement coller et pousser dans la raquette le défenseur le plus proche dès qu’un tir est déclenché. En se plaçant souvent d’emblée entre leur futur vis-à-vis et le panier qu'ils protègent. Un peu comme une défense individuelle tout terrain, à la différence que celle-ci démarre donc dès que l’attaque n’a plus le contrôle de la balle et non pas quand l’adversaire la récupère. La nuance est fine mais elle est majeure. Le but n’est pas de se replier le plus vite dans sa moitié de terrain mais donc de rester dans celle de l’autre équipe.

 

Sur cette possession hypothétique, 3 vient de prendre un tir. Ses coéquipiers viennent de suite entrer en contact avec leur adversaire le plus proche pour essayer de les pousser dans la raquette.

Parce que les joueurs sont encouragés à pousser (dans la limite de la légalité) leurs vis-à-vis dans la raquette, ils contrôlent du même coup une zone beaucoup plus vaste du terrain au moment où un tir part. Et ça augmente donc leurs chances de récupérer le rebond offensif. Surtout à une époque où les tentatives extérieures, qui donnent plus souvent des rebonds longs, sont de plus en plus nombreuses.

Le tag est très clair après un tir extérieur de Spencer. Les quatre autres joueurs de Memphis sont entre leur adversaire et le panier de l'autre côté du terrain. Ils sont prêts à défendre mais aussi à prendre le rebond offensif si celui-ci ressort en dehors de la raquette. Ils occupent l'espace.

Iisalo est un grand partisan de cette approche. Il l’avait notamment déjà montré en étant à la tête du Paris Basket. Et comme souvent, les choix innovants qui fonctionnent en Euroleague finissent par traverser l’Atlantique pour être testés en NBA. Le coach a donc instauré le « tag » auprès de son jeune groupe, plus malléable que certains effectifs de vétérans où les habitudes sont parfois profondément ancrées. Ça marche à merveille pour les Grizzlies pour l’instant.

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Comme il s’agit d’abord d’un principe défensif qui vise à empêcher l’équipe adverse de jouer la relance et de mettre du rythme, soulignons par exemple que Memphis est aujourd’hui l’équipe du championnat qui prend le moins de points en contre-attaque. Moins de 10 par soir (9,8) ! Incroyable dans une ligue qui comprend autant d’athlètes extrêmement véloces et aériens, capables de remonter le terrain en deux pas et de dunker dans tous les sens. Ne pas encaisser de paniers faciles est généralement la première étape pour bien défendre, et donc pour gagner des matches. En empêchant l’adversaire de courir en transition, les Grizzlies font déjà une grande partie du boulot. Et ce n’est pas un hasard s’ils se classent actuellement dans le top-5 des équipes les plus efficaces en défense avec 105 points encaissés toutes les 100 possessions. Ils étaient 27eme l’an dernier.

Le rebond offensif n’est pas la cause du « tag » mais c’est une conséquence réelle. Là aussi, ça se lit dans les statistiques. Memphis capte 36% des rebonds offensifs disponibles. Encore dans le top-5 NBA. Même chose sur le volume, avec plus de 14 rebonds offensifs en moyenne par match (cinquième).

L’arrivée de Cam Boozer, troisième choix de la draft, permet au club de passer un cap et d’aller encore plus loin dans la philosophie. Le jeune homme est grand et physique, tout comme les prometteurs Cedric Coward et Jaylen Wells. Ils ont les atouts pour respecter les consignes de Tuomas Iisalo sur cet aspect très précis du jeu. Est-ce que ça suffira à faire des différences toute la saison ? Probablement que non. Certains adversaires vont s’adapter. Puis les Grizzlies manquent encore d’expérience et de talents pour vraiment s’affirmer comme un candidat aux playoffs. Mais cette première semaine nous conforte au moins dans l’idée que Memphis est une équipe bien coachée avec une identité claire. C’est finalement souvent la base d’un succès futur.