
Quatre matchs, quatre victoires. Pourtant, quand on décompose l’attaque des Grizzlies, presque rien ne ressort. Sauf un chiffre : le rebond offensif. Du moins lors des trois premiers matches. S'ils n'ont pas été dominants sur le quatrième, personne n'avait récupéré autant ses propres tirs ratés sur les trois premiers.
Une attaque sans point fort… sauf un
Les Four Factors de Dean Oliver décomposent l’efficacité offensive en quatre leviers : l’adresse, les pertes de balle, le rebond offensif et les lancers francs. Sur ses trois premiers matchs, Memphis était :
- 14e de la ligue à l’adresse (eFG%) ;
- 22e pour l’accès à la ligne des lancers francs ;
- 26e pour les pertes de balle ;
- 1er au rebond offensif.
Sur le papier, c’est le profil d’une attaque sous la moyenne : un tir ordinaire, beaucoup de possessions gâchées, peu de points faciles sur la ligne. Mais chaque rebond offensif offre une possession supplémentaire. Memphis perd beaucoup de ballons, et en récupère énormément en rebond off.
Un rebond collectif
Le plus frappant, c’est qu’aucun joueur ne domine. Sur les deux premiers matchs, Zach Edey est le meilleur rebondeur offensif de l’équipe avec 3,5 prises, en seulement 22 minutes. Derrière lui, les prises viennent de partout, y compris des arrières : Scotty Pippen Jr. en prenait autant que Jaylen Wells. C’est un choix d’équipe : tout le monde va au rebond après un tir.
On pourrait croire qu’une équipe agressive au rebond joue vite. C’est plutôt l’inverse. Un rebond offensif ne crée pas de nouvelle possession, il prolonge celle en cours : les équipes qui en prennent beaucoup jouent des possessions plus longues, donc moins nombreuses. Sur les saisons récentes, la corrélation entre rythme de jeu et taux de rebond offensif est faible, et le plus souvent négative. Memphis en est l’illustration : un rythme parmi les plus lents de la ligue (19ème).
Une stratégie qui revient en force
Pendant les années 2010, la NBA a délaissé le rebond offensif. L’explosion du tir à 3 points a éloigné les joueurs du cercle, et les entraîneurs ont préféré renvoyer leurs joueurs en défense pour limiter les contre-attaques adverses.
La tendance s’est inversée. D’après les données de NBA.com, le taux moyen de rebond offensif de la ligue est passé d’environ 26,5 % en 2020-21 à près de 30,5 % en 2025-26, presque le niveau du milieu des années 2000. Surtout, les écarts entre équipes n’ont jamais été aussi grands sur les vingt-cinq dernières saisons : certaines équipes en ont fait une vraie stratégie.
Pourquoi ce retour ? Une explication avancée est celle d’une « correction de marché » : les équipes ont tellement investi dans le tir que les bons shooteurs sont devenus chers, alors que les joueurs forts au rebond mais limités ailleurs étaient bon marché.
Le précédent Houston
Le modèle le plus abouti, c’est Houston la saison dernière : premier au rebond offensif, avec un taux de 37,9 % début décembre, l’un des plus élevés de l’histoire une fois ajusté au contexte de la ligue. Le profil de Houston sur l’ensemble de la saison ressemble trait pour trait à celui de Memphis aujourd’hui : 1er au rebond offensif, 17e à l’adresse, 27e aux pertes de balle, 18e aux lancers francs. Avec cette recette, les Rockets figuraient parmi les meilleures attaques de la ligue en début de saison.
Ce qu’il faudra surveiller
Trois matchs, c’est très peu, et deux des trois adversaires (Utah et Sacramento) ne sont pas des références. Un taux de rebond offensif mesuré sur un si petit échantillon va presque sûrement redescendre. La question sera donc double : Memphis peut-il maintenir cet avantage face à des équipes qui protègent mieux leur raquette ? Et que se passe-t-il le soir où le rebond ne tombe pas, puisque le reste de l’attaque n’offre aucun filet de sécurité ?
Hugo Mayca – @fr_analytics