On savait que la fin de Nicolas Batum à Charlotte avait été ratée. On n’avait peut-être pas compris à quel point elle l’avait touché. Dans le podcast The Young Man and the Three, le Français est revenu sur son départ des Hornets en 2020. Et derrière la mécanique froide du business NBA, son récit dit surtout une humiliation très concrète, très intime.
“En octobre 2020, j'étais vraiment au fond du trou. J'ai été coupé et je l'ai appris sur Twitter. J'étais à Paris et j'ai reçu la Woj Bomb : 'Nicolas Batum a été coupé par les Charlotte Hornets'. Passez-moi un coup de fil au moins ! Ou même juste un SMS ! (rires). Je suis retourné à Charlotte pour prendre mes affaires. Dans mon casier, il y avait un dessin de mon fils, qui était à la maternelle à ce moment-là. C'était un bonhomme de neige. Ils avaient mis toutes mes affaires dans un carton. Le dessin était au fond du carton, complètement froissé. Ce jour-là, je me suis dit : voilà ma motivation. Six ans plus tard, ce dessin est dans mon casier à Los Angeles.”
Tout est là. La coupure apprise sur Twitter. Le carton préparé. Le dessin de son fils froissé au fond de ses affaires. En quelques phrases, Batum remet de l’humain dans une séquence qu’on avait surtout racontée par le prisme d'un contrat lourd à porter et d'une romance contrariée.
A Charlotte, l’histoire a longtemps été résumée à ça : un deal max signé en 2016 et la sensation que le capitaine de l'équipe de France n’a pas pu justifier les attentes énormes nées de cette arrivée. Le contexte collectif peu porteur et les blessures n’ont rien arrangé, Batum n’a presque jamais réussi à redevenir le joueur borderline All-Star et lieutenant parfait que les Hornets pensaient avoir recruté. Avec les années, son contrat est devenu un fardeau public, puis son rôle s’est réduit jusqu’à une forme de placardisation.
Et puis il y a eu les Clippers. "Batman" a déjà évoqué à quel point L.A. avait été une renaissance alors que sa santé mentale avait été endommagée par l'expérience en Caroline du Nord. Il y a retrouvé exactement ce que Charlotte lui avait retiré : une place claire, un cadre sain et du respect pour son basket. Sans le poids d’un contrat max sur le dos, il a pu redevenir ce qu’il est depuis toujours quand il est bien utilisé : un connecteur, un défenseur intelligent, un joueur qui fait gagner sans forcément noircir la feuille, et aujourd'hui un vétéran précieux même si moins impactant statistiquement qu'à l'époque où il était l'un des rares joueurs NBA à sortir des five by five.
La suite n’a pas effacé Charlotte, mais elle a redonné du sens à ce que Nicolas Batum est comme joueur et comme homme de vestiaire. Et à entendre aujourd’hui la manière dont il raconte cette coupure, on comprend mieux pourquoi sa renaissance aux Clippers a compté pour lui bien au-delà du terrain. Certaines franchises vous paient, d’autres vous replacent. Dans son cas, Los Angeles a surtout réparé ce que Charlotte avait abîmé.
