LeBron James continue de faire fructifier son immense valeur commerciale. Selon les informations de Front Office Sports, son nouveau partenariat avec Polymarket lui rapportera 15 millions de dollars par an, contre 3,88 millions de salaire cette saison avec les Sixers. Autrement dit, la plateforme va lui verser près de quatre fois plus que Philadelphie pour jouer au basket.
LeBron n’est pas investisseur dans Polymarket mais ambassadeur de la marque. La durée exacte de l’accord n’a pas filtré, mais il s’agirait d’un partenariat amené à durer, avec des publications sur les réseaux sociaux et différents contenus promotionnels. Sa campagne doit principalement concerner le football américain et non la NBA.
Mais qu’est-ce que Polymarket exactement ? Il s’agit de l’une des principales plateformes de marchés prédictifs, un système à mi-chemin, dans son fonctionnement pour le grand public, entre une place de marché financière et le pari. Les utilisateurs achètent et revendent des contrats portant sur la réalisation d’un événement : une équipe gagnera-t-elle un match ? Un joueur signera-t-il dans telle franchise ? Un événement politique ou culturel aura-t-il lieu ? Un contrat « oui » coté 0,30 dollar correspond grossièrement à une probabilité de 30 % estimée par le marché ; si l’événement se produit, il vaut finalement un dollar, et sinon zéro. Il peut également être revendu avant le dénouement.
La différence revendiquée avec un bookmaker traditionnel est que ce n’est pas la plateforme qui fixe directement une cote et prend l’autre côté du pari : le prix évolue en fonction de l’offre et de la demande entre utilisateurs. Dans les faits, lorsqu'il s'agit de savoir si une équipe va gagner ou où signera un joueur, l'expérience et le risque financier peuvent néanmoins ressembler très fortement à ceux des paris sportifs. C’est d’ailleurs tout l’enjeu de la bataille réglementaire actuelle aux États-Unis, où ces « event contracts » sont supervisés au niveau fédéral par la CFTC, tandis que plusieurs États contestent le fait qu’ils échappent à leurs lois sur les jeux d’argent.
L’arrivée de LeBron n’est pas passée inaperçue. Une partie des critiques vise la promotion par un athlète encore en activité d’un produit directement lié à la spéculation sportive, avec les mêmes interrogations que celles qui entourent déjà les paris : addiction, pertes financières, omniprésence de la publicité et intégrité des compétitions. La campagne avec James a ainsi suscité de nombreuses réactions négatives.
Le cas LeBron est d’autant plus particulier que les marchés prédictifs peuvent porter sur… LeBron lui-même. Cet été, environ 270 millions de dollars de contrats auraient été échangés autour de sa future destination NBA, avant qu’il ne choisisse Philadelphie. Cela soulève une question assez évidente : que se passe-t-il lorsque des joueurs, agents, dirigeants ou proches disposant d’informations non publiques peuvent être concernés directement ou indirectement par des marchés sur lesquels des millions sont engagés ?
Steve Kerr raconte que les fans des Warriors ne voulaient pas de LeBron
Le Philadelphia Inquirer a notamment souligné ces risques de conflits d’intérêts et d’utilisation d’informations privilégiées. L’article rappelle également que la NBA, la MLB et leurs syndicats de joueurs ont demandé à la CFTC d’empêcher joueurs et employés des ligues de miser sur des contrats concernant leur propre compétition. À ce jour, la NBA n’interdit cependant pas à ses joueurs de devenir ambassadeurs de plateformes de marchés prédictifs.
Il existe enfin une petite contradiction dans la trajectoire de LeBron. En 2023, il regrettait que certains supporters s'intéressent davantage à leurs parlays qu'aux matches et estimait que l'omniprésence des paris retirait « une partie de l’intégrité » au sport. Il a ensuite signé avec DraftKings en 2024, avant de rejoindre aujourd’hui Polymarket.
Ce dernier accord reste compatible avec les règles actuelles de la NBA, et LeBron prendra soin de promouvoir essentiellement des marchés liés au football américain. Mais à 15 millions de dollars par an, Polymarket ne s’offre pas simplement une apparition publicitaire : la société s’offre l’une des figures les plus influentes du sport mondial pour contribuer à banaliser un secteur en pleine explosion, dont les frontières avec le pari sportif continuent de faire débat.

A noter qu'il est loin d'être le 1er à avoir une un lien avec ce type de société. Giannis Antetokounmpo est lui carrément devenu actionnaire de la société Kalshi en début d'année.