« Mon premier workout avec une équipe NBA était un désastre. J’étais terriblement nul. Et quand ça s’est terminé, j’ai pensé qu’il en était de même pour mes rêves de jouer en NBA », racontait l’intéressé dans sa longue colonne pour The Player’s Tribune en août 2018. Sous les yeux de Gregg Popovich, le coach, et de R.C. Buford, le GM, le Français s’est fait balader : « Ils avaient fait venir Lance Blanks, un ancien joueur NBA, pour mener mon workout. Il m’a complètement dominé. »Au point où l’entraîneur a coupé la séance après seulement dix minutes. Voilà. Terminé. Mais le coach des éperons s’est toujours reposé sur ses principes. Il était persuadé d’avoir vu un basketteur prometteur. Alors il lui a donné une deuxième chance. Cette fois-ci, Tony Parker s’en est mieux sorti. Toujours opposé à Banks, il a tenu le choc. Quelques semaines plus tard, San Antonio l’a sélectionné en vingt-huitième position à la draft. L’histoire pouvait donc continuer. Tout est allé si vite ensuite.
Tony Parker, un petit Français dans l'Histoire de la NBA
Le 3 novembre 2001, pour son troisième match en NBA, TP cumulait 15 points et 6 passes décisives en sortie de banc. Quelques jours plus tard, Popovich a pris la décision de le lancer dans le cinq majeur. Pop. Faire confiance à un rookie. Après seulement cinq rencontres. Le Français a sauté le vétéran Antonio Daniels dans la rotation et il a soudainement eu pour mission d’alimenter Tim Duncan et David Robinson en ballons dans la raquette. Aux Spurs, l’une des meilleures équipes de la ligue. Incroyable. Le 6 novembre, à l’occasion d’un duel contre Orlando, il est devenu le plus jeune meneur titulaire de l’Histoire de la NBA. Plus de 1200 autres ont suivi, saisons régulières et playoffs inclus, sous la tunique noire et blanche de San Antonio. Un maillot, le numéro 9, qui va donc être retiré au plafond de l’AT&T Center cette nuit. Un hommage réservé aux plus grands. C’est la place qu’il occupe dans le basket. Ici et là-bas. Une récompense logique après avoir compilé quatre titres, un trophée de MVP tout en étant six fois All-Star. Aujourd’hui, son nom est sanctifié à Fort Alamo. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Les supporteurs texans ne croyaient pas vraiment en lui.« On ne lui faisait pas confiance au début. On l’aimait bien mais on ne lui faisait pas confiance parce qu’il ne savait pas shooter », écrivait Shea Serrano, journaliste, écrivain et surtout grand fan des Spurs, dans un article pour The Ringer.La confiance de Popovich avait aussi ses limites. Pourtant, les premières sorties de Tony Parker lors des matches les plus importants sont surprenantes. Pour ses premiers playoffs, il a joué les yeux-dans-les-yeux avec Gary Payton, icône NBA, en 2002. Il n’a pas été dominé alors qu’il affrontait l’un des meilleurs joueurs de la ligue à son poste. 17,2 points de moyenne sur une série gagnée in-extremis – 3-2, le premier tour se jouait au meilleur des cinq manches à l’époque – contre les défunts Seattle Supersonics. Avec même deux pointes au-dessus des 20 unités. Il est ensuite aligné plus de 38 minutes par match lors du second tour contre les Los Angeles Lakers. Mais les Spurs sont expédiés 4-1 et le jeune homme a fait preuve de maladresse sur les deux dernières rencontres (11 sur 29 aux tirs).
Back-up de Speedy Claxton dans le money time
[caption id="attachment_305150" align="alignnone" width="1200"] Avant de s'affirmer comme l'un des meilleurs meneurs NBA, Parker alimentait Tim Duncan en ballon. C'est un excellent gestionnaire.[/caption] Pop a alors agi en conséquence. Pendant un moment, Parker était le meneur des Spurs… jusqu’au dernier quart temps. Car il est souvent scotché sur le banc lors des fins de rencontres serrées en playoffs. Speedy Claxton ou Steve Kerr prenaient alors le relais. C’était notamment le cas lors des finales NBA 2003. Claxton était sur le parquet quand San Antonio a passé un 19-0 à New Jersey pour décrocher le deuxième titre de son Histoire. Le premier pour la nouvelle idole du basket tricolore. L’émotion était trop forte et rien ne pouvait alors gâcher la fête. Pas même les rumeurs d’une éventuelle arrivée de Jason Kidd. Maître à jouer des Nets, Kidd était alors la référence absolue à la mène en NBA au début des années 2000. Et malgré la présence d’un jeune meneur en pleine ascension, les Spurs étaient déterminés à recruter le joueur All-Star, free agent en 2003. Ça ne s’est pas fait. Kidd est resté dans le New Jersey. D’autres spéculations ont agité les premières années de la carrière de TP9. Parfois impliquant Chris Paul. Voire même Devin Harris. Des épreuves qui ont endurci le mental du jeune homme. Puis il est devenu un joueur incontournable. L’un des meilleurs basketteurs du monde. Le plus véloce en NBA. Rick Fox, chien de garde des Lakers chargés de lui mettre des brins a dit qu’il était « impossible de dégommer un gars que l’on n’arrive pas à attraper. » Tony Parker s’est imposé comme l’un des trois cadres des Spurs. Le fameux trio formé avec Tim Duncan et Manu Ginobili. Ensemble, ils ont donc gagné quatre bagues. Un premier en 2003. Un deuxième en 2005, cette fois-ci contre les Detroit Pistons. Une série engagée jusqu’au bout, avec une victoire au terme d’un septième match.Tony Parker, pionnier du basket français... et européen
Si le sacre de 2003 était surtout l’œuvre de Duncan, celui de 2005 est marqué par les chevauchées fantastiques de Ginobili, cheveux au vent – et ce même s’il ne sera pas élu MVP des finales. L’heure de Tony Parker est arrivée deux ans après. En 2007. La consécration individuelle en plus d’un nouvel accomplissement collectif. Opposés à un très jeune LeBron James, les éperons n’ont pas tremblé une seule fois contre les Cavaliers. Un coup de balais, 4-0. Le meneur des Texans s’est baladé pendant toute la série face à des joueurs de seconde zone comme un Eric Snow vieillissant, Daniel Gibson et compagnie. 24,5 points de moyenne. Et un trophée de MVP des finales, une grande première pour un joueur européen. Il tient d’ailleurs d’autres records réservés aux ressortissants de son continent. Ses 55 points en 2008 – sa meilleure performance en carrière aux points – restent le plus gros carton réalisé par un basketteur européen en NBA. Même Dirk Nowitzki ou Pau Gasol n’ont pas fait mieux. Luka Doncic et Giannis Antetokounmpo n’y sont pas non plus (pas encore ?) parvenus. Ce soir de novembre 2008, le 5, le Français a complètement pris feu contre les Minnesota Timberwolves. 55 points à 22 sur 36 aux tirs avec 7 rebonds et 10 passes pour une victoire en prolongation (129-125). La première de la saison pour les champions en titre qui restaient alors sur trois défaites de suite. Le patron a pris les choses en mains.« Je voulais tellement gagner. Tout le monde sait que je peux faire ce que je veux quand je mets mes tirs. Et ce soir était l’un de ces matches où tout fonctionne », témoignait la star de San Antonio après sa prestation étincelante.En effet, Tony Parker a planté plusieurs tirs à mi-distance sur cette partie. Parce qu’il a beaucoup bossé cet aspect du jeu depuis son arrivée en NBA. Le petit meneur qui ne pouvait pas shooter a disparu, à force de travail avec l’assistant Chip Engelland, spécialiste de la discipline. Il a laissé place à un scoreur ultra rapide au premier pas dévastateur. Et quand ses vis-à-vis faisaient le choix de reculer sur les picks-and-roll, il les punissait avec des ficelles à six mètres du panier. L’arsenal digne d’une superstar parmi les meilleurs joueurs du monde. Parce qu’après 2007, et jusqu’à l’avènement de Kawhi Leonard bien plus tard, il s’est affirmé comme le chef de file de San Antonio. Une période un peu moins victorieuse pour la franchise sur le plan collectif. « Victorieuse » entre guillemets parce que tout est relatif. Moins victorieuse à l’échelle du succès des Spurs. Une finale de Conférence en 2008, deux éliminations au premier tour, une au second et une autre finale de Conf’ en 2012. Puis un retour en finales en 2013. Et quelles finales ! Elles ont commencé de la meilleure manière pour les hommes de Gregg Popovich. Ils sont allés s’imposer sur le parquet du Miami Heat lors du Game 1. Avec TP en meilleur scoreur de la partie ! Il a inscrit 21 points. Tony Parker ne jouait pas pour l'argent, mais pour être le meilleur du monde
