Chaque été, San Antonio glisse un ou deux noms inconnus dans son effectif de Summer League. La plupart passent inaperçus. Quelques-uns finissent pourtant par se faire une place en NBA. Cette année, c'est Tyon Grant-Foster qui intrigue. Et si les Spurs avaient encore déniché un joueur que personne n'avait vraiment vu venir ?
À première vue, difficile de comprendre l'engouement. Non drafté, âgé de 26 ans et sans contrat garanti, l'ailier de Gonzaga débarque simplement avec une invitation pour disputer la Summer League. Pourtant, son profil est suivi depuis plusieurs années par des dirigeants NBA, au point que plusieurs general managers avaient officiellement soutenu son recours contre la NCAA afin qu'il puisse terminer son parcours universitaire.
Un parcours hors du commun
Il faut dire que le parcours de Grant-Foster est tout sauf ordinaire. Victime de deux arrêts cardiaques à quelques mois d'intervalle alors qu'il évoluait à DePaul, il avait été déclaré inapte à poursuivre sa carrière. Beaucoup pensaient alors ne plus jamais le revoir sur un parquet. Après plus d'un an loin des terrains, plusieurs spécialistes lui ont finalement donné le feu vert pour rejouer. Il est revenu plus fort que jamais.
Sous les couleurs de Grand Canyon, il signe une saison 2023-24 exceptionnelle avec 20,1 points, 6,1 rebonds, 1,7 interception et 1,5 contre de moyenne, tout en menant son université vers la première victoire de son histoire dans le tournoi NCAA. L'année suivante, après un transfert tardif à Gonzaga qui l'empêche de préparer normalement la saison, il accepte un rôle plus discret mais continue d'afficher des statistiques solides avec 11,1 points, 5 rebonds, 1,1 contre et 47,5 % de réussite au tir en seulement 21 minutes de jeu.
Au-delà des chiffres, c'est surtout sa capacité à répondre présent dans les grands rendez-vous qui attire l'attention. Il avait notamment inscrit 22 points lors de la victoire historique contre Saint Mary's en March Madness, avant d'enchaîner avec 29 unités face à Alabama. Des performances qui ont conforté l'idée que son plafond était peut-être supérieur à celui d'un simple joueur invité en Summer League.
Un profil taillé pour San Antonio
Son histoire est exceptionnelle, mais les Spurs ne recrutent pas des histoires. Ils recrutent des profils.
Du haut de ses 2,01 mètres pour environ 98 kilos, avec une envergure annoncée de plus de 2,13 mètres, Tyon Grant-Foster possède exactement le type d'attributs physiques que San Antonio affectionne. Défenseur polyvalent, capable de changer sur plusieurs positions, actif dans les lignes de passe et protecteur de cercle inhabituel pour un arrière, il correspond presque parfaitement au basket que Mitch Johnson cherche à développer autour de Victor Wembanyama. Ses statistiques universitaires confirment cette impression : sur ses deux dernières saisons, il a tourné à 1,5 contre et 1,7 interception de moyenne avant de conserver une belle activité défensive à Gonzaga malgré un rôle réduit.
Son principal point faible reste évidemment son tir extérieur. Avec 26,2 % de réussite à trois points cette saison et 27,6 % sur l'ensemble de sa carrière universitaire, les défenses NBA n'hésiteront pas à le laisser ouvert. En revanche, il compense par son explosivité près du cercle, son activité en transition et une efficacité à deux points largement supérieure à ce que son adresse longue distance pourrait laisser penser. C'est précisément le genre de lacune que les Spurs peuvent tenter de corriger, tant le reste de son profil semble compatible avec leur identité.
Dénicher des talents cachés, la spécialité des Spurs
Ce ne serait d'ailleurs pas la première fois que la franchise texane détecte un potentiel passé sous les radars. Depuis plus de vingt ans, San Antonio s'est construit une réputation en développant des joueurs que peu d'équipes considéraient comme prioritaires. Sans comparer Grant-Foster aux plus belles réussites de l'organisation, son invitation s'inscrit parfaitement dans cette philosophie : miser sur les qualités difficiles à enseigner - la longueur, l'instinct défensif, l'intensité et le QI basket - avant de peaufiner le reste.
La prudence reste évidemment de mise. À 26 ans, Grant-Foster dispose d'une marge de progression plus réduite qu'un prospect classique et son tir devra rapidement évoluer pour espérer s'imposer durablement en NBA. Son objectif immédiat sera déjà de convaincre San Antonio qu'il mérite un contrat two-way ou une place chez les Austin Spurs.
Mais s'il existe une franchise capable de transformer un pari discret en belle surprise, c'est bien celle du Texas. Tyon Grant-Foster ne sera peut-être qu'un invité de passage. Ou peut-être le prochain joueur dont tout le monde se demandera, dans quelques mois, comment les Spurs ont encore réussi à mettre la main dessus avant les autres.

