Carmelo Anthony, poste 4 contrarié et contrariant

Carmelo Anthony, poste 4 contrarié et contrariant

S’il s’est toujours vu comme un ailier naturel, Carmelo Anthony aurait eu plus de succès en acceptant de jouer poste 4, comme en 2012-13 avec les New York Knicks.

Julien DeschuyteneerPar Julien Deschuyteneer  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus

Joueur au talent exceptionnel, Carmelo Anthony est peut-être l’un des plus forts scoreurs de l’histoire de la ligue. Mais aussi fort ait-il été, on peut légitimement se demander si sa carrière décevante (au regard de son talent et des attentes suscitées) n’est pas à mettre sur le compte d’une incapacité à reconnaître ce qui est véritablement le mieux pour lui.

Le meilleur exemple en est peut-être son rapport compliqué au poste 4. Comme le rappelle Mike Woodson ces jours-ci, Melo était clairement excellent à cette position… qu’il n’a jamais voulu occuper.

Retour en arrière. 2012-13 est la meilleure saison de Carmelo Anthony avec les New York Knicks. C’est aussi la première fois de sa carrière qu’il a joué durablement au poste 4. Pas le choix d’ailleurs. Amar’e Stoudemire n’avait pas joué avant le 1er janvier et, dès début mars, il était à nouveau out.

Alors qu’il est candidat pour retrouver son poste la saison prochaine, le head coach de l’époque Mike Woodson est revenu sur cette période et ce choix qui s’est avéré très payant. Melo avait fini meilleur scoreur de la ligue, avec 28.7 points de moyenne, et 3ème au classement pour le MVP. Surtout, les Knicks ont connu cette année-là leur meilleure saison depuis les finales de Conférence 2000. Ils ont remporté 54 victoires (depuis leur deuxième titre de 73, ils n’ont affiché que quatre fois un meilleur bilan) et ont atteint les demi-finales de conférence.

Forcé, Carmelo Anthony a brillé en 4

Pour beaucoup de critiques, Mike Woodson a eu de la chance qu’Amar’e Stoudemire se blesse. Lui assure que faire jouer Carmelo Anthony au poste 4 faisait quoi qu’il arrive partie des plans. C’est ce qu’il a expliqué à Ian Begley, de SNY :

« Notre but était de faire jouer Carmelo, Amar’e et Tyson (Chandler) comme titulaire dans notre frontcourt. Quand on a pu avoir ces trois gars ensemble, notre bilan a été de 14-4. Mais on allait aussi mettre Carmelo en 4 même si tout le monde était resté en parfaite santé. Malheureusement, ça n’a pas été le cas, il y a eu des blessures. Amar’e s’est blessé. »

Du coup, plutôt que de confier quelques minutes à Melo en power forward, Mike Brown a carrément décidé de le faire débuter les matches sur ce poste. Et c’était encore lui le 4 titulaire quand Stoudemire est revenu. Et ça a parfaitement fonctionné. Sans surprise puisque cela avait déjà été le cas au mois d’avril précédent (29.8 pts à 49.4%) avec un Stoud déjà blessé.

« Il était un peu plus petit que beaucoup des 4 que nous affrontions, donc défensivement on s’est dit qu’il fallait l’aider et le couvrir si on avait besoin. Mais il s’est défoncé en défense pour nous cette année-là. Et de l’autre côté du terrain, il n’y avait pas un poste 4 dans la ligue qui pouvait défendre sur Carmelo Anthony. Pas un. Et ça on le savait.

C’est pour ça que le poste 4 a été parfait pour lui et pour notre équipe à ce moment-là. Melo a été excellent à ce poste. Et nous avons gagné beaucoup de matches. »

Sans compter qu’outre sa capacité à dominer ses vis-à-vis, collectivement ça amenait un spacing que les Knicks avaient beaucoup moins avec une raquette Stoudemire-Chandler.

Au final, Carmelo Anthony a passé cette saison-là 78% de ses minutes sur le poste 4, contre 50% lors de la saison précédente alors même qu’il avait passé le dernier mois à déjà remplacer Stoudemire en power forward.

Plus efficace individuellement et collectivement

Les saisons suivantes, le temps qu’il a passé en 4 a chuté continuellement, comme les espoirs et les résultats des Knicks : 62% du temps en ailier-fort en 2013-14 (quand NY a décidé que ce serait une bonne idée de recruter Bargnani…) pour 37 victoires ; puis 79% et 91% de son temps de jeu en poste 3 les deux années suivantes, pour 17 et 32 succès… Le positionnement de leur star n’est certes pas la seule raison, mais le lien est en partie révélateur et fait mal.

Surtout que si les stats de Melo et les résultats de la franchise ont été aussi bons, c’est qu’il a gagné en efficacité à ce poste. Il ne faut pas se fier à son adresse au tir (44.9%, 1 point de moins que ses 45.9% affichés à Denver). Jamais avant cette saison il n’a été aussi adroit à trois-points (secteur dans lequel il sera encore meilleur plus tard). Et il a affiché un excellent True Shooting Percentage (56%) alors qu’il n’a jamais autant shooté par match.

Pour résumer, cette année-là, il a été bien plus efficace. Notamment en limitant grandement ses tirs à deux-points longue distance après deux ou trois feintes, ceux-là même qui tuaient toute circulation de la balle et faisaient de lui l’un des pires ball-stoppers du game. Au contraire, il s’est concentré sur ce qui fait la force des grands stretch-4 : le tir longue distance, le drive après avoir aspiré la défense au large ou le jeu dos au panier. Un secteur où il est quasiment inarrêtable :

Et pour un ball-stopper, sa capacité à ressortir la gonfle quand il était pris à 2 était carrément bonne. Demandez à Steve Novak ou J.R. Smith s'ils ne se sont pas régalés suite à ses kickouts après avoir fixé la défense...

Tout cela rend d’autant plus incompréhensible sa volonté de ne pas jouer à ce poste. Avant cette saison, et après avoir dépanné tout le mois d’avril 2012, il avait déjà montré son manque de motivation.

« Je préférerais jouer à ma position naturelle plutôt que de jouer en bas, en 4 ou 5 et faire des choses que je ne veux pas vraiment faire », avait-il averti avant le début de la saison.

Le même avis que James Dolan...

Et il n’a pas changé d’opinion les mois qui ont suivi, à en croire un portrait fait par Baxter Holmes pour ESPN :

« Anthony, affirment plusieurs membres des Knicks aujourd’hui, s’était toujours vu comme un small forward ; il s’obstinait à préférer jouer cette position, même si les membres du coaching staff et du front office disaient qu’il le voyait depuis longtemps comme un power forward qui pouvait étirer le jeu avec son tir. »

Ils n’étaient en fait que deux à penser que Melo était meilleur au poste 3. Le joueur lui-même et… James Dolan. Ce qui aurait dû alerter l’ancien de Denver (Dolan, quand même…) l’a conforté dans son choix.

« Mais les insiders des Knicks disent que la direction - James Dolan - voulait qu’il joue en small forward avec Amar’e Stoudemire en power. Ça a frustré beaucoup de membres du staff, qui n’y voyaient que le désir de Dolan d’avoir des stars sur le terrain », relatait Holmes.

Au final, l’un des drames de Carmelo Anthony a peut-être toujours été de vouloir jouer à sa façon. Peu lui importait le nombre de coaches qui ont essayé de lui faire comprendre qu’il était mieux sur le poste 4. Ou le niveau de jeu qu’il affichait quand il y jouait. Peu importaient aussi les enseignements qu’il aurait pu tirer de ses expériences avec Team USA. Il a pourtant montré à maintes reprises à quel point il était brillant en « se contentant » d’être le finisseur ultime dans le basket moderne.

Peu lui importait tout ça. Il a toujours persisté à croire qu’il était un 3 et qu’il devait monopoliser la balle. Loin de nous l’idée de dire qu’il n’a pas été un énorme joueur en jouant comme il le souhaitait. Mais il n’en demeure pas moins que sa saison 2012-13 reste, toute proportion gardée, une sorte de chef-d’oeuvre pour lui. Tout comme ses prestations avec Team USA. Et qu’on se demandera toujours quel type de carrière il aurait eu s’il avait été moins borné…

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