Avec Butler, les Sixers peuvent rêver… ou flipper

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Jimmy Butler a finalement été envoyé aux Philadelphia Sixers. Analyse d'un transfert tant attendu et de ce qu'il représente pour les parties concernées.

Enfin. De longues semaines après avoir demandé son transfert, Jimmy Butler a enfin obtenu gain de cause. Enfin, c’est aussi ce que se sont sans doute dit Karl-Anthony Towns et Andrew Wiggins, ses deux anciens coéquipiers. Ou même Tom Thibodeau. Et Butler lui-même ainsi que tous ceux concernés de près ou de loin par les Minnesota Timberwolves. La franchise fonçait droit dans le mur et ça ne pouvait plus durer. Enfin un nouveau départ pour les parties indiquées.

Butler a donc été envoyé aux Philadelphia Sixers. Le transfert implique également Justin Patton, seizième choix de la draft 2016 qui n’a joué qu’un seul match NBA depuis. Robert Covington, Dario Saric, Jerryd Bayless et un tour de draft ont été envoyés dans le Minnesota en contrepartie. Un blockbuster attendu qui était sans doute déjà dans les cartons en septembre, au moment où Thibodeau espérait encore que son ancien protégé change d’avis. Le coach-GM des Wolves a fini par se rendre à l’évidence et a relancé les négociations avec ses homologues de Philly.

Les Sixers étaient intéressés par Butler depuis que ses envies de départ ont été dévoilées au grand jour. Ils l’étaient peut-être même encore plus après le début de saison très moyen de la franchise, qui aspire à jouer le (très) haut de tableau à l’Est mais qui n’a gagné que huit de ses quatorze premiers matches et pointe actuellement à la cinquième place. L’organisation récupère là un troisième All-Star à associer avec Joel Embiid et Ben Simmons. Le management tient officiellement son « Big Three » et celui-ci a fière allure.

Jimmy « Buckets » est l’un des vingt ou vingt-cinq meilleurs joueurs du championnat et donc du monde. Un basketteur continuellement autour (ou au-dessus) du 20-5-5 de moyenne depuis 2014. C’est l’une des rares stars de cette ligue à même d’impacter – vraiment – le jeu des deux côtés du parquet. Il est complet mais en plus il est « clutch » avec déjà plusieurs paniers décisifs à son actif. Il ne se cache pas dans les moments chauds, il brille. Le coach Brett Brown a désormais un deuxième créateur, en plus de Simmons, pour travailler sur les picks-and-roll. Sachant que Butler est même plus dangereux que l’Australien parce que la défense adverse ne peut pas reculer sur peine de le voir enfiler les shoots à mi-distance ou à trois-points (47% de réussite aux tirs et 37% à trois-points depuis le début de la saison malgré un volume important).

Les Sixers ont là une vraie deuxième option derrière un Joel Embiid un peu esseulé depuis le début de la saison. Le pivot émerge à plus de 27 points par match mais c’est le seul vrai scoreur de cette équipe. Plus maintenant. Il a désormais un autre « go-to-guy » à ses côtés, qui plus est un joueur capable de marquer sans monopoliser la balle (même s’il aime bien diriger le jeu) grâce à son adresse extérieure. En fait, Jimmy Butler apporte tout ce que les partants Saric et Covington mettaient sur la table. Mais en mieux. C’est un « 3 and D » mais c’est aussi une star.

Philadelphia Sixers Markelle Fultz Joel Embiid Ben Simmons Philadelphia Sixers
Jimmy Butler va retrouver trois jeune stars à Philly... est-ce vraiment le mentor idéal ?

La seule vraie interrogation concerne évidemment son comportement. Son attitude était vraiment irrespectueuse à Minneapolis. Il voulait partir, OK. Mais il a vraiment pris tout le monde pour des cons en dictant lui-même quel(s) match(s) il comptait jouer, en scénarisant ses interviews, en jouant d’hypocrisie sur l’argent ou son envie de gagner, etc. Butler a franchi la ligne parfois fine entre le compétiteur qui est prêt à tout pour réussir et le con qui finit par mettre trop de pression sur ses coéquipiers. Et c’est sa réputation qui est une nouvelle fois entachée après quelques premiers incidents à Chicago, quand son leadership catastrophique a fini par pousser les Bulls à le transférer aux Wolves.

Il est donc légitime de se demander si un tel caractère ne serait pas nocif pour une jeune équipe comme celle de Philadelphia. Mais ce n’est pas parce que ça n’a pas marché dans une situation donnée – ici Minnesota – que ça ne marcherait nulle part ailleurs. Chaque contexte est différent et les comportements découlent principalement de ça.

Au final, tout dépendra beaucoup de sa capacité d’adaptation et d’intégration aux côtés des Simmons, Embiid ou Markelle Fultz. C’est le risque pour les Sixers qui ont sacrifié deux joueurs de rotation – mais aucun premier tour de draft ni même Fultz – pour un joueur en fin de contrat à l’issue de la saison. Jimmy Butler est déjà fortement pressenti pour prolonger en Pennsylvanie en 2019 et la franchise va donc sans doute lui filer le maximum. Il sera donc encore grassement payé à 34 balais passés. Pas forcément idéal mais qui sait ce qui ce sera déroulé d’ici là ?

Les Sixers sont tout de même potentiellement (beaucoup ?) plus forts sur le papier. Potentiellement. Sur le papier. Ils n’étaient pas armés pour réellement jouer les finales NBA avec Saric et Covington. Toronto, Boston et sans doute même Milwaukee étaient au-dessus. Là, les cartes sont redistribuées. Ils ont les moyens – hypothétiques – pour aller gagner l’Est. Mais ça dépendra donc de l’entente entre les stars (et des développements de Simmons et Fultz, deux arrières qui ne rentrent pas une cacahuète).

Pour les Timberwolves, c’est la libération. Surtout pour Karl-Anthony Towns et Andrew Wiggins. Les deux jeunes stars en puissance traversaient ce début de saison comme des fantômes avec quelques coups d’éclat (un match à 39 pts du KAT). Ils n’y étaient pas. Pire, ils régressaient alors qu’ils sont dans la phase ascendante de leur carrière ! Peut-être étaient-ils atteints mentalement. Fatigués par cette situation délicate. Ils sont quelque part les deux premiers grands gagnants de ce transfert.

Minnesota récupère deux bons joueurs en la personne de Saric et Covington. Le Croate est peut-être même sous-estimé en NBA. Son association avec Towns fait déjà saliver. C’est limité défensivement, certes, mais c’est là un intérieur fuyant, bon passeur, qui va combiner avec une bête de la nature. Covington est lui le type de « 3 and D » que n’importe quelle bonne équipe rêve d’avoir. Il va créer du liant entre cette nouvelle raquette et les arrières des loups.

Towns et Wiggins doivent enfin exploser.

Alors, oui, à l’inverse des Sixers, l’équipe de Thibodeau est potentiellement moins forte. Mais il y a une vraie belle rotation avec Towns, Wiggins, Saric, Covington, Derrick Rose, Jeff Teague ou encore Taj Gibson. Un sept très solide. C’est intéressant et équilibré. Leur développement dépend maintenant des deux jeunes premiers choix de draft (2014 pour Wiggins, 2015 pour Towns). La direction leur a fait confiance en leur offrant des contrats massifs et en leur laissant le champ libre. C’est à eux de rendre cette confiance en menant la franchise. En se comportant enfin (décidément c’est le mot clé) comme des patrons sur et en dehors du terrain. En ont-ils les moyens ? Ils n’ont plus aucune excuse.

Ce n’est pas une équipe sans star. Les Wolves ont deux têtes d’affiches. Ces dernières se sont juste oubliées. Elles doivent se retrouver pour relancer cette franchise. Il est vrai que les capacités de ce groupe sont plus limitées : si ça avait collé, ils auraient pu viser les finales de Conférence avec Jimmy Butler. Si ça avait collé. Mais ça n’a pas marché. Cette nouvelle équipe n’a pas les moyens pour aller aussi haut. Peu importe au final. Il s’agit d’abord de reprendre la marche en avant et de tourner la page.

Les Wolves seront peut-être même paradoxalement plus forts – du moins en termes de victoires – maintenant qu’ils sont débarrassés de leur meilleur joueur grincheux. Il y a une prise de risque des deux côtés (surtout pour Philly en réalité) mais les deux franchises sont susceptibles de sortir victorieuses de ce transfert.