Lauri Markkanen, la révélation de l’Eurobasket 2017

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Le géant finlandais suit les traces de Dirk Nowitzki en détruisant tout sur son passage à l'Eurobasket. En attendant de faire un jour de même en NBA ?

Depuis, allez, 2002, c’est toujours la même histoire. Dès qu’un grand, blanc et un tant soit peu bon shooteur se présente à la draft, il est comparé à Dirk Nowitzki. Surtout s’il est Européen. C’est automatique. Ça fait donc plus de dix piges que, chaque année, le successeur de l’Allemand nous est présenté. Avec un taux de réussite proche de celui des pensionnaires du centre de formation de l’OM au baccalauréat. Tout ceci étant dit, mesdames, messieurs, permettez-nous de vous introduire Lauri Markkanen avec les mots de son sélectionneur, Henrik Dettmann.

« C’est injuste de comparer les hommes entre eux. Surtout que nous parlons de joueurs issus d’environnement différent. Mais il y a beaucoup de similitudes dans la façon dont jouent Lauri et Dirk. Si Lauri reste en bonne santé et s’il bosse aussi dur que Dirk a bossé, alors il peut atteindre son niveau. »

Le nouveau Dirk, un de plus. Lauri Markkanen, alias Nowitzki 3.0. Sauf que, dictature de l’instant oblige, cette comparaison injuste et injustifiée prend une toute autre allure maintenant que le prodige finlandais enchaîne carton sur carton à l’Eurobasket. Pour sa première compétition FIBA, le natif de Vantaa fait sensation. Il est tout simplement le troisième meilleur marqueur du tournoi avec 22,5 points par match. A ses paniers à gogo s’ajoutent 7,3 rebonds. Le tout avec une réussite bien Nowitzki-ènne : 56% aux tirs et 50% à trois-points.

Lauri Markkanen, bonne pioche des Bulls

En quatre matches, le géant est parvenu a redonné le sourire (ou la trique… ou les deux) à des supporteurs de l’Illinois castrés et démoralisés par les décisions plus ridicules les unes que les autres des deux clowns dirigeants de la franchise : Gar Forman et John Paxson. Mais si les deux rigolos ont visiblement du mal à instaurer un climat sein et apaisant au sein de l’organisation, ils ont au moins le mérite d’avoir du nez en ce qui concerne les jeunes. Sauf pour Cameron Payne. Oubliez Cameron Payne. Personne n’a jamais entendu ce nom. D’ailleurs, c’est qui, Cameron Payne ?

Bref, se moquer, c’est facile, mais si les Bulls ont investi sur Markkanen, c’est plutôt bon signe. Surtout qu’ils ont récupéré le septième choix de la dernière draft en cédant principalement Jimmy Butler, seul All-Star à bord d’un navire sans capitaine.

« Lauri était le meilleur joueur disponible à ce moment de la draft. Il correspond à ce que nous voulons pour notre équipe et son jeu colle avec la NBA actuelle », expliquait Forman, très formel, lors de l’introduction de son nouveau rookie à Chicago.

Coller avec la NBA moderne, pour un grand, cela revient justement à faire du Nowitzki. La légende bavaroise des Dallas Mavericks a mené une révolution en plantant des banderilles de loin, poussant ainsi les défenses à s’écarter. A l’époque, c’était peu commun. De nos jours, c’est la norme. Et un joueur qui n’est pas capable de mettre des trois-points a nettement plus de chances de finir au placard.

Intérieur moderne... et plus encore

Du haut de ses sept pieds (2,13 m, comme Dirk), Lauri Markkanen peut arroser de loin. Il l’avait déjà montré en NCAA mais il fait encore plus fureur sur cet Euro. Il dégaine, il dégaine de loin et il dégaine vite.

Un shooteur de cette trempe à ce poste, c’est l’assurance d’élargir les lignes au maximum et donc de laisser des espaces aux bouffeurs de ballons adeptes des pénétrations. L’idéal pour la NBA. C’est aussi une super option pour jouer du pick-and-pop à gogo, un autre système très populaire outre-Atlantique.

Sauf que ce qui nous a marqué justement, ce n’est pas seulement sa capacité à tirer de loin. Grand, blanc, Européen, comparé à Dirk… il était facile de se douter que le Markkanen pouvait planter derrière l’arc. Non, pas contre, ses belles promesses montrées sur le drive, ça, ça nous titille un peu plus. Parce que le jeune homme marque au final assez peu à trois-points. Dix de ses quatorze tentatives par rencontre se font dans l’arc. Il sait donc aussi chatouiller les intérieurs dans la peinture. Il les provoque et les pousse à la faute (5 lancers par match), les dépasse et termine près du cercle.

C’est d’autant plus intéressant parce que ça c’est un truc que Dirk Nowitzki sait aussi faire. Pas Ryan Anderson. Pas John Leuer. C’est ce qui fait la différence entre une carrière de joueur de devoir et une carrière de superstar.

« Il n’a montré qu’une partie de son talent », promettait à la presse française Jamar Wilson, meneur américain naturalisé finlandais, après les 24 points de son coéquipier contre la Slovénie. « Il travaille tellement dur. C’est un coéquipier modèle. Oui il est très jeune, mais déjà tellement en avance pour son âge. Il va devenir un excellent joueur car en plus de ses qualités c'est une éponge, il écoute beaucoup et respecte énormément le jeu. »

Vous avez compris, il a l’attitude pour briller au plus haut niveau. Pas seulement en FIBA, mais aussi NBA. Parce qu’après tout, c’est le but. Sa carrière professionnelle, c’est aux Etats-Unis qu’il espère la mener. Et là, faut faire gaffe. Gaffe à ne pas crier victoire trop vite. Ses prestations en Summer League étaient par exemple moins bandantes : un peu moins de 15 pions par game mais avec une réussite dégueulasse. Dans la grande ligue, les gabarits des intérieurs adverses sont bien différents. Les gars sont plus mobiles, plus costauds et plus athlétiques. Bien plus à même de secouer le gamin et de l’empêcher de faire la java dans la raquette.

Le héros du peuple

Lauri Markkanen va passer par un processus d’adaptation, comme tout rookie qui se respecte. Il n’aura pas non plus les mêmes responsabilités. Avec la Finlande, c’est lui le boss. Et c’est déjà un sacré accomplissement n’empêche. C’est facile d’oublier à quel point il peut être difficile pour un joueur de vingt piges d’être bombardé sauveur d’une formation qui évolue à domicile avec un public de passionnés. Les locaux ont gagné trois de leurs quatre premiers matches et ils sont susceptibles de terminer en tête du Groupe A. Et ça, il y est pour beaucoup. Il est l’actuel héros de la nation. Celui qui a le ballon dans les moments chauds. Le plus fort, c’est qu’il met dedans sans pression. Ce qui permet au passage de rappeler que le coach d’Arizona l’a laissé sur le banc pendant une majeure partie de la seconde mi-temps lors de l’élimination des Wildcats pendant le dernier tournoi NCAA. Bien vu.

Pour en revenir à la NBA, Markkanen ne pourra pas faire du Dirk dès sa première saison. Il aura du temps de jeu, des ballons, mais pas non plus autant qu’un All-Star. Logique. Du coup, ses stats ne seront pas celles d’un All-Star. Logique. Il est donc bien trop tôt pour savoir s'il va s'inscrire dans la lignée de Nowitzki ou celle de Brook Lopez (ce qui serait déjà pas mal). En tout cas, ce qui est sûr, c'est que le garçon a du talent. En espérant qu'il continue à nous régaler encore longtemps.