Masai Ujiri, le pari gagnant du guerrier

Masai Ujiri a pris beaucoup de risques en sacrifiant DeMar DeRozan pour Kawhi Leonard. Quelques mois plus tard, sa franchise est en finales NBA.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié

Masai Ujiri n’a pas perdu de temps une fois nommé à la tête des Toronto Raptors en mai 2013. Six mois plus tard, le nouveau Président de la franchise bazardait Rudy Gay, alors autour des 20 points par match, aux Sacramento Kings. Une décision perçue comme les prémices d’une éventuelle reconstruction. Pas du tout. Les Canadiens ont simplement beaucoup mieux joué sans Gay, qui se marchait sur les pieds avec DeMar DeRozan. Ce dernier s’est hissé au rang de superstar année après année à la suite de ce transfert. Avec le recul, cet échange symbolise bien la mentalité d’Ujiri. Il joue pour gagner.

Ce n’était pas le transfert le plus marquant. C’était juste le premier pari payant du dirigeant. Le plus important, il a évidemment eu lieu l’été dernier. Masai a osé ce que peu aurait osé. Il a sacrifié le meilleur joueur de son équipe. DeRozan. Plus fort encore, il a sacrifié le visage de son organisation. La seule superstar qui clamait son désir de finir sa carrière dans l’Ontario, état boudé par les joueurs majeurs américains. Et le plus fou, c’est qu’il l’a échangé contre un basketteur plus doué, certes, mais qui n’avait joué que neuf matches la saison précédente. Et donc à l’état de santé incertain.

Plus risqué encore, il a sacrifié DD contre un joueur en fin de contrat susceptible de partir sans compensation un an après. Surtout que Kawhi Leonard ne voulait pas, lui non plus, aller à Toronto. « Quand vous êtes envoyés quelque part où vous n’avez pas demandé à aller, vous avez tendance à ne pas vouloir l’accepter », avoue l’oncle de l’intéressé, Dennis Roberston, qui gère aussi la carrière de l’ancien joueur des San Antonio Spurs. Les Raptors ne figuraient pas sur la liste des destinations préférentielles du bonhomme. Il voulait rejoindre sa Californie natale, de préférence à Los Angeles.

Masai Ujiri savait tout ça. Mais il rêvait grand. Il était conscient des limites de DeRozan. Conscient des limites d’un groupe qui brillait en saison régulière mais qui n’affichait pas le même rendement ni la même sérénité en playoffs. Conscient de ce que Leonard pouvait réaliser au sein d’une Conférence Est débarrassée de LeBron James, parti aux Lakers. Il était sans doute aussi conscient que ce que pouvait entraîner la première qualification de la franchise pour les finales NBA.

Des scènes de liesse dans les rues de Toronto. Un peuple canadien qui exulte, fier de son équipe. Une mémoire effacée aussi. Des critiques oubliées. Celles concernant le transfert mais aussi le renvoi de Dwane Casey. Soudainement des compliments nombreux. Pourtant, Kawhi Leonard sera toujours libre de signer où bon lui semble d’ici un peu plus d’un mois. Et il est toujours susceptible de partir.

Mais c’est aussi l’une des conséquences de ce voyage en finales : le meilleur argument pour convaincre l’un des deux meilleurs joueurs du monde de rester aux Raptors. Peut-être même le début d’une ère nouvelle pour en faire enfin une destination attractive. Et pour tout ça, Toronto peut remercier Masai, guerrier qui a osé prendre des risques en partant à la conquête du titre suprême.

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