Avec Ntilikina, les Knicks redeviennent des guerriers

Avec Ntilikina, les Knicks redeviennent des guerriers

Le rookie français des New York Knicks Frank Ntilikina incarne le renouveau d'une franchise qui renoue, à travers son état d'esprit, avec ses glorieux aînés.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié

Malgré vingt bonnes saisons quasi-consécutives de galères et malgré deux titres arrachés dans les années 70 – autant dire à une époque bien lointaine où un Phil Jackson au dos en vrac était joueur – les New York Knicks disposent de nombreux supporteurs aux quatre coins du globe. Et notamment en France. Alors, forcément, l’attrait de la grosse pomme, ville-monde, y est pour quelque chose. Mais si cette franchise est aussi populaire, c’est aussi grâce aux guerriers qui ont défendu ses couleurs dans les 90’s. Des équipes toutes sauf bandantes, sauf pour ceux qui aiment les bagarreurs, qui ont squatté les sommets de la Conférence Est sans jamais conquérir la ligue pour autant.

Ces Knicks-là avaient carrément la cote. Non seulement à New York mais aussi un peu partout aux Etats-Unis. Surtout auprès des fans lassés par les succès ou l’attitude de Michael Jordan et des Chicago Bulls. Ils étaient les premiers opposants au meilleur joueur du monde.

Alors, OK, LeBron James est peut-être cent moins effronté que pouvait l’être MJ au Madison Square Garden. Et les Knicks d’aujourd’hui sont peut-être cent moins virils que pouvaient l’être leurs glorieux prédécesseurs. Les Charles Oakley, Anthony Mason, Patrick Ewing, John Stark et compagnie. Mais le temps d’une soirée, ce groupe jeune et plein d’avenir a donné à son public des émotions que lui-même ne pensait plus ressentir dans son antre mythique. Et comme un symbole, l’étincelle est venue d’un petit français de 19 ans. Frank Ntilikina.

Frank Ntilikina, l'âme des New York Knicks

OK, vous pouvez peut-être penser que nous – ou nos confrères – en faisons des caisses sur la petite série de poussettes de l’ancien strasbourgeois quand le King s’est planté devant lui alors qu’il cherchait à ramasser la balle. C’est de bonne guerre. Il n’y a pas de mal à estimer que la presse s’enflamme parfois un peu hâtivement. D’ailleurs, celle de New York a particulièrement à en faire des tonnes sur le moindre événement.

OK, vous pouvez noter que ce match, les Knicks l’ont perdu en se faisant remonter une vingtaine de pions dans le dernier quart temps. Pas vraiment la marque des costauds ça. Mais même à une toute petite échelle, il faut reconnaître qu’il se passe quelque chose avec cette équipe. Quelque chose de spécial. Un parfum, très léger pour l’instant, du passé qui annonce un futur brillant. Parce que même s’ils ont perdu en se faisant dessus devant Kyle Korver dans les douze dernières minutes, les joueurs de Jeff Hornacek ont fait preuve de caractère cette nuit. Et ça a commencé avec Frank Ntilikina.

Cela fait deux jours que le jeune homme se retrouve malgré lui dans les discussions sur les réseaux nationaux (et donc planétaires). Pourtant, ce n’est pas son genre de chercher la lumière. Il faut dire qu’il n’y est pour rien. En souhaitant dézinguer Phil Jackson – à qui il mène une croisade depuis sa sortie déplacée envers ses amis – LeBron James, « LE » LeBron James, a indirectement piqué le « French Prince ». Car il a beau aimer Dennis Smith Jr et détester Jax, il est évident que déclarer publiquement que les Knicks auraient mieux fait de drafter le meneur US en huitième revient à estimer que Ntilikina n’est pas au niveau de son compère des Dallas Mavericks.

Une équipe unie comme un seul homme

En bon discret, le garçon n’a rien dit. Comme à son habitude. Mais il ne faut pas confondre timidité et lâcheté. Dès qu’il en a eu l’occasion, Frank lui ait rentré dedans. Il le répète à qui veut l’entendre : « il aurait poussé quiconque se serait mis sur son chemin. » Il s’est juste avéré que c’était James, quadruple MVP et triple champion NBA. Mais l’idée est là : il ne recule devant personne.

« Frank est un compétiteur. A l’entraînement, il fonce sur tout le monde. Quand un gars parle de lui dans les médias – pour dire ensuite qu’il ne parlait pas sur lui – il le prend personnellement. C’est ce que font les compétiteurs. Dont il était chaud et prêt à jouer », confie Courtney Lee.

Le Français n’en a pas rajouté. Il n’a pas eu besoin. Aucun intérêt d’en faire des caisses. Il y a les médias pour ça. Le message, de toute façon, il est passé. Hors de question pour les Knicks de baisser les yeux. Et c’est justement ce qui faisait l’essence même des équipes coachées par Jeff Van Gundy à leur grande époque. Ça vient, ça met des coups et si ça doit se bagarrer, ça se tape. Parce que ce n’est pas juste Frank Ntilikina. Kristaps Porzingis avait pris sa défense dans la presse. Enes Kanter aussi. Le Turc est même allé plus loin en se jetant nez-à-nez avec James.

« Je pense que ça a montré l’alchimie qu’il y a entre nous », commentait un Ntilikina plus constructif. « On se bat ensemble à chaque match. Ça m’a fait du bien de savoir que mes coéquipiers étaient là pour moi et ils savent que je serai là pour eux. C’est ce que nous sommes. On peut construire autour de ça et je suis sûr que c’est ce que l’on va faire. »

Un Madison Square Garden prêt à rêver à nouveau

Il a tout compris. Franchement, cela faisait combien de temps que nous n’avions pas senti cet esprit de camaraderie chez les New York Knicks ? Combien de temps qu’il n’y avait pas eu des bonhommes capables de step-up les uns pour les autres ? Cette détermination, cette attitude, elles peuvent fonder les bases solides d’une franchise qui a de l’avenir. Ce n’est pas seulement le talent d’un Kristaps Porzingis ou le potentiel d’un Frank Ntilikina. C’est aussi cette envie de jouer ensemble. De mourir ensemble. C’était exactement ce qu’incarnaient les Knicks dans les 90’s (avec le talent de KP en plus quand même pour le coup). Et c’est ce qu’incarnait le Français hier, que ce soit avec sa prise-de-bec avec LeBron, son agressivité ou ses six steals.

D’ailleurs, le Garden a réagi comme il a rarement eu l’occasion de le faire au cours de ces dernières années. Les fans les plus nostalgiques recommencent à trouver l’engouement. Il y a cette petite étincelle qui s’agite à nouveau. Et cette nuit, cette petite étincelle, c’était Frank.

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