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Da Fonseca : « Ginobili, c’est l’élégance, la beauté »

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Voix inimitable et passionnée du football sur beIN Sports, Omar Da Fonseca connaît évidemment l'amour qu'ont les Argentins pour le basket. On a parlé avec lui du rapport unique et passionnel entre ses compatriotes et le sport.

Avec la récente retraite de Manu Ginobili, il nous a semblé opportun de partager avec vous cette interview d'Omar Da Fonseca, commentateur haut en couleurs pour beIN Sports. Cet entretien est extrait du numéro 63 de REVERSE.

REVERSE : Omar, tu es une légende au micro pour les matches de foot, mais est-ce que tu t'en sortirais sur du basket, l'autre sport collectif majeur en Argentine ?
Omar Da Fonseca : Quand je jouais à Tours, l'équipe de basket était en 1ère division, on allait voir les matches donc ça m'intéressait. Je ne connais pas les aspects purement techniques du sport, donc je n'ai pas la prétention de pouvoir le commenter. Mais je comprends le jeu et les postes ! J'avais un ami qui jouait en sélection et j'ai suivi aussi ce qu'ont fait Manu Ginobili ou Luis Scola.

REVERSE : Justement, on ne peut pas parler de basket argentin sans évoquer El Manu...
Omar Da Fonseca : En Argentine, on le considère comme le Messi de la sélection depuis des années. C'est le leader technique, toujours dans l'élégance, la beauté gestuelle. Il est évidemment très apprécié et populaire. Dans sa région de Bahia Blanca, où l'on joue traditionnellement beaucoup au basket, c'est une icône. Sa particularité, c'est qu'il a toujours « bien présenté » et donné une image respectable et admirable de sa personne. Ce n'est pas le cas de tous les sportifs argentins...

REVERSE : On a pourtant l'impression que le peuple argentin aime magnifier ces sportifs un peu sulfureux.
Omar Da Fonseca : Les Maradona ou les Tevez sont populaires, évidemment, mais pour de mauvaises raisons. Pas seulement pour leur grand talent. Ils ne représentent pas la majorité des gens sur le plan moral. Manu Ginobili ou le tennisman Juan Martin Del Potro sont dans une veine, une philosophie différente.

REVERSE : C'est-à-dire ?
Omar Da Fonseca : En termes de comportement, ils ne montrent pas la même chose. Quand ils représentent l'Argentine, on sent leur fierté, mais ils ont un recul objectif et lucide que n'ont pas d'autres sportifs. Ils ont connu l'Europe, les Etats-Unis et ont reçu une formation et une éducation qui leur ont permis d'être plus ouverts sur le monde. Moins « bourrins » comme peuvent parfois l'être les footballeurs ou les rugbymen, même s'ils sont partis à l'étranger... On parle de gens qui, selon moi, sont dans une dimension différente. A Bahia Blanca, c'est très universitaire et les sportifs de là-bas comme Manu Ginobili sont souvent mieux préparés intellectuellement et d'un milieu social plus élevé. Parfois, on dit que ce sont des gens un peu raffinés, « pipí cucú » comme on dit là-bas (rires).

« En Argentine, très tôt on t'enseigne ce côté vicelard, rusé, un peu pute. »

REVERSE : Il y a une culture du sport en Argentine assez fascinante quand on compare avec la France par exemple.
Omar Da Fonseca : Le sport est magnifié, on le met presque trop en évidence. En France, on te parle d'éducation scolaire, d'apprendre des concepts, l'histoire du pays et des autres... En Argentine, on est dans une société où, à la télévision, dès le matin, tu as les entraînements de toutes les équipes de foot comme River ou Boca sur cinq chaînes différentes. Le nombre d'abonnés aux chaînes de sport est impressionnant. C'est comme en Espagne ou beIN Sports a dix millions d'abonnés ! Très tôt, on t'endoctrine presque pour que tu fasses du sport. Tu peux regarder mon carnet de santé. A huit mois, j'étais déjà socio (des supporteurs-actionnaires – ndlr) du club de Velez Sarsfield. On t'oblige à te sentir concerné. Les femmes, les grands-mères, c'est pareil. Et c'est omnisport, puisque beaucoup de clubs majeurs ont des sections foot, basket, volley, tennis...

REVERSE : A l'école aussi c'est donc très axé sur le sport ?
Omar Da Fonseca : Tu peux faire du sport du matin au soir dans certains cas. On pense différemment. Les sports de réflexion sont aussi intégrés à l'éducation. Les échecs et les dames sont considérés comme une matière. On accepte presque plus que tu sois ignorant de l'histoire du pays que de l'histoire du sport. Très jeune, il y a une compétitivité, de la concurrence. Tu es galvanisé pour accomplir une performance. On t'enseigne rapidement ce côté vicelard, rusé, un peu « pute ». C'est là qu'est parfois la limite... Aujourd'hui encore, on continue de valoriser la main de Maradona, « la main de Dieu ». Comment veux-tu expliquer à tes enfants que c'est bien alors que le gars a dérogé à la règle et entubé l'arbitre ?

REVERSE : Quelle a été la portée du titre olympique de 2004 ?
Omar Da Fonseca : Les basketteurs et cette génération avec Manu Ginobili, Luis Scola ou Andres Nocioni sont une fierté là-bas. Les gens et les fans de basket aiment rappeler qu'ils ont battu Team USA. Ce n'est pas comparable à ce que provoque un sacre en football – et on l'attend depuis longtemps – mais ça a eu un bel écho. Surtout qu'ils ont gagné avec de la classe, du génie et de la grinta. C'était plaisant pour les puristes, mais aussi pour ceux qui suivaient moins avant. Le fait qu'ils aient renvoyé une belle image de l'Argentine joue aussi là-dedans évidemment. En tout cas, personnellement, j'ai beaucoup de respect pour les basketteurs argentins.