Rajon Rondo, l’exploit unique d’un personnage unique

Rajon Rondo, l’exploit unique d’un personnage unique

Rajon Rondo est entré dans l'histoire de la NBA avec le sacre des Lakers dimanche. Le meneur vétéran reste un OVNI dans cette ligue.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus

Il y a quelques jours, on mettait en lumière le fait que Rajon Rondo n'était sans doute plus très loin du Hall of Fame. Pour rendre sa future candidature indiscutable, il lui manquait une place à part dans l'histoire de la NBA. Il l'a prise dimanche, après le sacre des Los Angeles Lakers en Finales NBA 2020.

Ce deuxième titre de la carrière de Rajon Rondo lui permet d'être un vrai pont entre les deux franchises rivales et mythiques que sont les Lakers et les Celtics. C'est en tant qu'unique joueur à avoir gagné un titre avec les Celtics et les Lakers (depuis qu'ils sont à Los Angeles) que le meneur vétéran s'est réveillé lundi matin. Une garantie d'immortalité qu'il a acquise en faisant bien mieux que de la figuration dans le game 6 contre le Miami Heat.

Lorsque Rondo entre en jeu à 5 minutes de la fin du premier quart-temps à la place de Danny Green, les Lakers ne sont pas encore sur la voie royale. Le score est de 13-11. Sept minutes plus tard, lorsqu'il cède sa place à Alex Caruso en début de 2e quart-temps, L.A. compte 10 points d'avance, grâce notamment à un 6/6 (!) de sa part. Trois minutes après, Frank Vogel le sollicite à nouveau, cette fois pour faire souffler LeBron James. Quand ses partenaires et lui regagnent le vestiaire à la pause, les Lakers sont à... +28. A chaque passage de l'ancien Celtic sur le parquet, il bonifie, entraîne, organise. Le joueur que beaucoup pensaient cramé ou incapable de retrouver sa maestria du temps où il régalait Kevin Garnett, Paul Pierce et Ray Allen, avait bien encore un peu de feu sacré en lui.

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Il lui fallait le bon groupe, la bonne situation. A Dallas, Chicago, New Orleans ou Sacramento, Rajon Rondo n'a pas retrouvé autour de lui le niveau d'excellence et d'exigence qui lui a permis de réussir un début de carrière fantastique. C'est un fait : Rondo ne supporte pas la médiocrité et sa personnalité l'empêche d'y rayonner. Sur le plan cérébral, il n'y a pas deux joueurs comme lui dans la ligue. Même aujourd'hui, à 35 ans et dans une NBA où ses limites en termes de shoot et ce qui ressemblait à un déclin en défense devraient faire de lui un paria, l'ancien All-Star a trouvé le moyen de s'exprimer et de rayonner.

Il n'y serait sans doute pas parvenu s'il n'avait pas trouvé un leader capable de lui proposer cette exigence et cette intelligence de jeu qui lui permettent d'avancer. C'est là qu'intervient LeBron James.

LeBron et Rajon Rondo partagent cette faculté à connaître les systèmes de leurs adversaires, à utiliser leur mémoire photographique pour se souvenir d'actions qui se sont déroulées 10 ou 15 ans plus tôt dans le moindre détail. A anticiper avec deux ou trois coups d'avance, aussi. Pourtant, leur entente et leur collaboration ne paraissaient pas évidentes.

Il y a 10 ans, Rondo posait à côté d'une fan de Boston portant un T Shirt sur lequel était écrit "LeBron's a bitch". Il était l'un des bras armés d'une équipe dont les membres les plus éminents se vantent encore aujourd'hui d'avoir dompté le King à l'époque et ne le respectent pas forcément beaucoup plus aujourd'hui. Rondo, lui, a rapidement compris que LeBron était le coéquipier et le leader sur lequel il devait miser. En retour, il lui a prouvé toute son implication, comme lorsqu'il est allé jouer des poings face aux Rockets la saison dernière, mais aussi dans son engagement quotidien - il est souvent dans les réunions en cercle fermé avec Frank Vogel - et son envie d'être au service du groupe, quel que soit son temps de jeu.

The Special One

Il faut se souvenir qu'à Chicago, déjà, il avait montré son envie de défendre coûte que coûte la notion de groupe. Il n'avait pas hésité à tacler publiquement Dwyane Wade et Jimmy Butler lorsque ces derniers ont critiqué leurs coéquipiers. Il n'aurait pas épargné LeBron et Anthony Davis s'ils en avaient fait de même à Los Angeles.

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Certains coaches craignaient clairement la personnalité de Rajon Rondo lorsque celui-ci était encore sur le marché. De prime abord, l'ancien meneur de Kentucky n'est pas le plus aimable ou avenant qui soit. On l'imagine toujours en train de préparer ses matches en jouant aux échecs contre lui-même ou en détruisant des camarades au Puissance 4. Cette étiquette de "connard", comme l'ont parfois décrit des adversaires aussi bien que des coéquipiers, il s'en est défait. Sans se départir de ce fameux bouton qui lui permet d'actionner le fameux mode "Playoff Rondo" que l'on a encore pu voir dans la bulle de Disney World.

Avec deux titres de champion sous les bannières rivales, quatre sélections au All-Star Game, trois titres de meilleur passeur de la ligue, quatre présences dans des meilleurs cinq défensifs, il semble impossible aujourd'hui de nier la trace laissée par Rajon Rondo, à cheval sur trois décennies.

 

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