Rui Hachimura, et si les Wizards avaient visé juste ?

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Le choix des Washington Wizards de drafter Rui Hachimura en 9e position de la Draft 2019 n'a pas du tout fait l'unanimité. Pourtant, il y a de l'idée.

Rui Hachimura a été pris trop haut. Du moins c'est un peu le consensus, au lendemain de la Draft NBA 2019. On n'est pas tout à fait d'accord. Le deuxième Japonais sélectionné en NBA (après le gigantesque Yasukata Okayama et ses 2.34 m en 1981, finalement jamais apparu dans la ligue) va porter le maillot des Washington Wizards. La franchise de la capitale fédérale a utilisé le pick n°9 pour s'attacher ses services. C'est à peu près 10 places plus haut que ce prévoyaient la plupart des Mocks, la notre y compris.

Dans l'une de nos versions du début de saison, Hachimura était dans le top 10. Petit à petit, on avait cédé à la hype négative. Pas assez de "range", un footwork parfois problématique en défense et la présence d'éléments avec un potentiel a priori supérieur à ce stade... Voilà qui nous poussait à être lucides. Heureusement, les Wizards, qui n'ont toujours pas de président des opérations basket ou de General Manager non-intérimaire, sont là. Ils ont défié la logique, laissant passer des ailiers comme Cameron Reddish (parti en #10 à Atlanta) ou Sekou Doumbouya (en #15 à Detroit) pour drafter le Bulldog de Gonzaga. On ne sait pas encore si c'est un coup de génie ou un manque total de jugeote, mais le pick est intrigant.

Deux arguments semblent avoir pesé dans la décision, si on considère toutefois qu'il y a bien eu réflexion de la part du front office. Hachimura a reconnu qu'il n'avait pas été informé d'un quelconque intérêt de la part des Wizards avant d'entendre son nom sortir de la bouche d'Adam Silver. Partons quand même du principe qu'il y a eu brainstorming.

Un coup sportif...

Les Washington Wizards se dont dit qu'il leur fallait un ailier physiquement et mentalement prêt à contribuer tout de suite. Cela collerait bien avec le refus manifeste de céder d'ores et déjà à la posture du tanking. La présence de Bradley Beal, un All-Star grassement payé, oblige D.C. à tenter le coup. Hachimura n'a pas encore de shoot à 3 points fiable. Peut-être n'en développera-t-il jamais un. Mais sa palette offensive est celle d'un joueur capable d'impacter des rencontres NBA. Le fils de l'union d'une Japonaise et d'un Béninois est un superbe athlète, agressif en attaque et doué pour provoquer le doux son d'un filet transpercé par le ballon.

Si l'heure est à l'arrosage intensif, il reste heureusement de la place pour les scoreurs "à l'ancienne". De près et à mi-distance, celui qui ne parlait pas un mot d'anglais à son arrivée sur le campus de Spokane était une terreur en NCAA. Lors de sa dernière saison, Rui Hachimura affichait 59% d'adresse au shoot pour un peu moins de 20 points de moyenne, quasiment 9 prises et un contre par match. Son instinct pour le rebond est excellent et son flair ne fera pas de mal à l'équipe classée 26e sur 30 au nombre total de rebonds pris en 2018-2019. Il lui faudra trouver sa position, c'est un fait. Pas assez shooteur pour évoluer au poste 3 en NBA, Scott Brooks le tentera peut-être en 4, sans garantie mais avec l'espoir que son physique et son énergie compensent ses lacunes.

... et marketing ?

Ted Leonsis, le propriétaire des Wizards, s'est davantage penché sur le côté marketing de sa venue. Le baseball a beau être le sport national, le basket est très populaire au Japon. Ne manquait finalement que la présence d'un athlète nippon en NBA pour faire exploser ce marché. Rui Hachimura sera celui-là. Si tout se passe bien pour lui, et même si ses premiers pas sont difficiles, les fans dans son pays natal devraient suivre. Shohei Ohtani et Masahiro Tanaka sont des joueurs célèbres en MLB et des idoles au pays du Soleil Levant. La communauté basket du Japon se ruera sur les maillots de Washington floqués Hachimura et il sera intéressant d'observer la position de l'ancien de Gonzaga au classement des ventes de jerseys en fin de saison.

On notera que Washington DC et sa banlieue constituent le 4e foyer de population des Américains d'origine japonaise aux Etats-Unis. En termes de business, l'arrivée de Rui Hachimura ne peut pas être une mauvaise idée.

On ne dit pas que Hachimura Rui - le bon ordre au Japon - va devenir une superstar. Simplement qu'il y a de bonnes chances qu'il démontre que sa place n'est pas usurpée. L'upside est réel et le garçon a montré une soif d'apprentissage (linguistique et technique) impressionnante depuis son arrivée aux Etats-Unis. Hachimura conserve quand même une certaine fraîcheur. Il y a peu, il était encore surpris de voir que des adversaires, et même des coéquipiers, puissent exagérer des contacts et des chutes pour obtenir des fautes. Une réalité qu'il devra accepter aussi en NBA...