Blue Devils Trinity

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Le trio de basketteurs le plus redoutable de la saison 2018-19 n’évoluera pas en NBA, mais bien à Durham, en Caroline du Nord. Avec les arrivées de R.J. Barrett, Zion Williamson et Cameron Reddish, Duke s’annonce déjà diabolique.

Zion Williamson est déjà en train d'épater la galerie à Duke. Le phénomène athlétique des Blue Devils surfe sur l'immense hype qu'il s'était forgée au lycée et commence déjà à claquer des dunks d'un autre monde à l'entraînement. Le gamin au physique insensé sera l'une des attractions de Blue Devils armés jusqu'aux dents et dont on vous parlait dans le REVERSE n°66, sorti au printemps dernier.

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Laissez-nous vous présenter celui qui n’a plus besoin de l’être. Mike Krzyzewski, le plus grand coach NCAA de tous les temps. Un génie du basket. Le Saint-Père de Duke, programme haï par l’Amérique toute entière en dehors des limites du campus de Durham. Le tacticien universitaire le plus victorieux de l’Histoire. Le premier à avoir atteint mille succès en carrière. Avec aussi cinq titres en presque quarante années passées sur les bancs de la faculté. Une icône. Un charisme quasi diabolique. Son aura, il la met désormais à profit en séduisant chaque année les lycéens les plus prometteurs du pays.

Celui qui condamnait le « one and done » (un an à la fac puis basta) est devenu la référence en la matière, détrônant ainsi John Calipari pour reprendre le rôle du vilain coach pointé du doigt parce qu’il cherche d’abord à collectionner les talents. Roi de la magouille, Calipari a refourgué sa came à toute la NBA pendant sept ou huit ans. Il était presque autant dealer recruteur-agent de joueur qu’entraîneur. La meilleure dope, pendant des années, elle venait de Kentucky : John Wall, DeMarcus Cousins, Anthony Davis, Julius Randle, Karl-Anthony Towns, Devin Booker, etc. Tous formés aux Wildcats. Il faut désormais s’attendre à ce que les produits phares soient confectionnés en Caroline du Nord, où Coach K les conditionne avant de les envoyer à l’échelon supérieur.

Le "meilleur recrutement de tous les temps" ?

L’ex-sélectionneur du Team USA a pris le pli dans la course à l’armement en NCAA. Il a attiré le meilleur prospect disponible en 2014 (Jahlil Okafor), le quatrième en 2015 (Brandon Ingram), deux autres du top quatre en 2016 (Jayson Tatum et Harry Giles) puis à nouveau le talent numéro un en 2017 (Marvin Bagley III). Aucun de ces gars-là n’est resté plus de quelques mois à l’école. Un changement complet d’univers et de méthode. Pour les puristes, Krzyzewski et Duke ont basculé du côté obscur en cessant de donner une identité propre à leur équipe. Elle est désormais renouvelée chaque année. Les Blue Devils alignaient quatre freshmen dans leur cinq de départ en 2017-2018. Et ils étaient quand même candidats au Final Four.

La joyeuse troupe s’est inclinée contre Syracuse au « Sweet Sixteen » de la March Madness. Voilà que tous ces acteurs sont poussés vers la sortie : Bagley est attendu dans le top cinq de la draft (les Kings l'ont pris en #2, NDLR), Wendell Carter Jr dans le top dix (les Bulls l'ont pris en #7, NDLR) et Trevon Duval et Gary Trent Jr sont presque priés d’aller voir ailleurs. Parce qu’il faut faire de la place. La nouvelle génération arrive et c’est sans doute la plus brillante jamais coachée par Krzyzewski.

Avec R.J. Barrett, Zion Williamson et Cameron Reddish, il a attiré dans ses filets les trois principaux prospects d’Amérique du Nord. Les trois joueurs classés respectivement aux trois premières positions de la liste établie chaque année par les sites référents. Ce n’était encore jamais arrivé depuis que les joueurs sont évalués à leur sortie du secondaire. Il y a là trois des quatre top picks annoncés de la draft 2019 à l’heure actuelle (Barrett en un, Williamson en deux et Reddish en quatre, juste derrière Sekou Doumbouya). Ajoutez-y Tre Jones, le petit frère de Tyus, meneur des Timberwolves et légende de l’université depuis le sacre apporté à Duke en 2015, et vous obtenez une formation terrifiante. Certains parlent même déjà du « meilleur recrutement de tous les temps. »

R.J. Barrett, le (super) bon

Si l’effectif fait flipper, c’est d’abord parce que le programme peut compter sur R.J. Barrett. Le fils de Rowan Barrett, ex-international canadien passé par le championnat de France dans les années 2000 (Dijon, l’ASVEL ou encore Chalon), est le premier prix pour Krzyzewski. Il a l’arsenal complet de la future superstar. La taille (2,01 m), les qualités athlétiques, l’aisance balle en main, la technique, le tir, la prestance. Aussi une capacité à se sublimer dans les grands moments. « Les fins de match, c’est ce que je préfère. Quand il faut faire gagner son équipe », déclare l’intéressé. Un first pick en puissance.

Nommé meilleur lycéen du pays, le pensionnaire de Montverde Academy (Floride) s’est aussi distingué lors du dernier Championnat du Monde U19 en Egypte en juillet 2017. Il avait mené son Canada natal à l’exploit en sortant Team USA en demi-finale. Intenable, il avait planté 38 points, avec aussi 13 rebonds et 5 passes, pour écarter ses voisins américains. Le tout avant de décrocher l’Or et le trophée de MVP en battant l’Italie en finale. Encadré par Steve Nash, son parrain, le gamin est présenté comme un garçon humble et bosseur. Effectivement, un Tracy McGrady 3.0 avec en plus une vraie éthique professionnelle, ça peut faire saliver…

Zion Williamson, la brute

Si la simple présence de Barrett suffisait à faire de Duke l’équipe universitaire à suivre l’an prochain, l’ajout de Zion Williamson fait basculer la fac dans une toute autre catégorie. Leur association est le show à ne pas manquer. Parce que le natif de Salisbury, Caroline du Nord, est un athlète hors du commun. Au point où ça viendrait presque à le desservir. « On ne voit que mes dunks alors que je suis un joueur très complet », insiste le jeune homme lors d’une interview à nos confrères de Basket-Infos. Véritable force de la nature pour son âge, Zion est en avance sur ses futurs adversaires. Une brute épaisse de deux mètres et une centaine de kilos de muscles… mais pas seulement finalement. Du moins, c’est ce qu’il espère prouver en jouant pour Coach K.

« Dès qu’il m’a vu, il m’a dit que je n’étais pas qu’un dunkeur. C’est aussi pour ça que j’ai choisi Duke. » Lui se rêve un poste d’ailier polyvalent et surtout dominant. Comme LeBron James, par exemple. Le chemin à parcourir jusqu’au King est extrêmement grand, mais le potentiel est délirant.

Cameron Reddish, le débrouillard

Souvent oublié, que ce soit par le passé quand il n’était même pas retenu pour jouer avec les sélections de jeunes ou maintenant parce qu’il s’apprête à évoluer avec deux monstres de la balle, Cameron Reddish est tout de même l’un des prospects les plus suivis par les scouts. Il est même comparé à Jimmy Butler ou Jaylen Brown ! Il a su faire son bonhomme de chemin. En tout cas, son profil colle parfaitement avec celui de ses deux coéquipiers. L’ailier de 2,01 m est capable d’évoluer avec ou sans le ballon. De couper et de shooter après réception d’une passe. Un scoreur complet pour épauler le tandem le plus redoutable du basket universitaire.

« Je pense que nous allons être grands ensembles. Nous sommes tous les trois de nature altruiste », assure déjà Reddish. Le trio est effectivement complémentaire sur le papier. Barrett à la baguette (avec Jones, un meneur-organisateur au gros QI basket), Williamson pour tout dégommer en transition ou après avoir posé un écran, Reddish pour planter… cerise sur le gâteau, les stars de demain ont commencé à se préparer pour la saison à venir. « On se parle tous les jours. On sait que l’on peut sans doute former une équipe vraiment spéciale », assure Barrett. Les équipes menées par des freshmen vont rarement jusqu’au bout lors de la March Madness.

Mais le Kentucky de 2012 ou Duke collection 2015 ont prouvé qu’il était possible de remporter le titre, même avec des jeunes aux commandes. S’ils sont dominants, évidemment. Les Blue Devils ont là trois joueurs exceptionnels pour faire saliver les scouts, pour faire le show et peut-être même pour marcher sur la NCAA. Jouer Duke, l’an prochain, ce sera une certaine vision de l’enfer.