Chet Holmgren, une disparition et des questions pour l’avenir

Transparent dans le Game 7 face aux Spurs, Chet Holmgren a laissé planer de sérieux doutes sur sa capacité à exister contre Victor Wembanyama dans les grands rendez-vous.

Chet Holmgren, une disparition et des questions pour l’avenir

Il y a des matches qui ne résument pas une saison, mais qui peuvent quand même laisser une trace. Pour Chet Holmgren, ce Game 7 perdu par le Thunder face aux Spurs risque d’entrer dans cette catégorie-là. Tout ce qu’il a construit jusque-là ne disparaît pas d’un coup. Sa saison reste solide, son profil reste rare et sa valeur immense pour Oklahoma City. Mais au moment où son équipe avait besoin de lui, il s’est évaporé.

Deux tirs tentés. Sur un Game 7. Dans une rencontre où Victor Wembanyama a dû composer avec cinq fautes. Le chiffre est brutal, presque incompréhensible, et il raconte une forme d’effacement qui dépasse la simple maladresse. Holmgren n’a pas seulement raté son match : il n’a quasiment pas pesé dessus.

C’est d’autant plus marquant que sa série n’avait pas été catastrophique. Avant ce dernier rendez-vous, il avait eu des passages solides, dans la continuité d’une saison globalement réussie. Holmgren a terminé deuxième du vote pour le Défenseur de l’année et a confirmé son importance dans l’architecture du Thunder, une équipe déjà championne la saison passée et bâtie pour durer. Son extension maximum, qui doit démarrer à plus de 40 millions de dollars la saison prochaine et grimper au-delà des 50 millions en fin de deal, dit aussi la place qu’OKC lui a donnée dans son projet.

Voilà pourquoi ce Game 7 fait autant parler. Quand un joueur de ce statut prend deux tirs dans le match le plus important de la saison, la question devient inévitable. Accident isolé ? Problème de rôle ? Blocage mental ? Ou limite plus profonde face à un adversaire très précis ?

Cet adversaire, c’est San Antonio.

Le Thunder peut dominer beaucoup d’équipes avec Holmgren comme pilier défensif, finisseur, menace extérieure et troisième option de luxe. Face aux Spurs, le problème change de dimension. Victor Wembanyama n’est pas seulement un match-up difficile. Il est en train de devenir l’obstacle central sur la route d’OKC à l’Ouest. Les deux franchises sont jeunes, profondes, ambitieuses, et tout indique qu’elles seront amenées à se retrouver régulièrement au printemps.

Dans ce contexte, le duel Holmgren-Wembanyama ne peut pas être réduit à une simple histoire médiatique. Victor ne s’en cache pas vraiment : cette opposition lui tient à cœur. Il veut dominer Holmgren, techniquement, physiquement, mentalement. Chet, lui, a toujours abordé le sujet avec plus de distance, presque avec froideur. Ce n’est pas forcément un tort. Refuser le feuilleton individuel, se concentrer sur le collectif et laisser le tableau d’affichage trancher, c’est une posture qui peut parfaitement s’entendre.

Encore faut-il que le tableau d’affichage suive.

Dans ce Game 7, le plus inquiétant n’a pas seulement été son manque d’adresse ou son faible volume offensif. C’est surtout cette impression qu’il n’a jamais vraiment cherché à provoquer quelque chose. Même lorsque Wembanyama était en danger avec ses fautes, Holmgren n’a pas attaqué cette faille. Il n’a pas mis de pression sur la défense des Spurs. Il n’a pas obligé San Antonio à se réorganiser. Défensivement, il n’a pas non plus suffisamment pesé pour compenser son silence de l’autre côté du terrain.

C’est là que les débats d’intersaison vont devenir intéressants, et probablement inconfortables pour Oklahoma City.

OKC doit-il trader Chet Holmgren ?

Le Thunder a une quantité d’atouts que presque personne ne possède en NBA : un MVP avec Shai Gilgeous-Alexander, un noyau jeune, des picks, des contrats, des profils défensifs, de la flexibilité. Mais cette série a aussi montré une chose : en l’absence de Jalen Williams, Holmgren n’a pas donné l’impression de pouvoir porter le costume de deuxième option offensive dans une équipe qui vise les Finales NBA.

À 24 ans, le constat n’a rien de définitif. Holmgren reste un joueur précieux dans un collectif de très haut niveau. Il a déjà prouvé qu’il pouvait être essentiel dans une équipe championne. Pour quasiment toute la ligue, il reste un joueur que l’on rêve d’avoir.

Mais le Thunder n’est plus une équipe qui peut se contenter de promesses. Cette équipe veut gagner maintenant, puis rester au sommet le plus longtemps possible. Dans cette logique, une question commence à s’imposer : Chet Holmgren est-il le bon deuxième ou troisième joueur pour battre les Spurs de Wembanyama ?

A 22 ans, Wembanyama est déjà dans la cour des grands

Les scénarios extrêmes vont forcément circuler. Certains imaginent déjà OKC l’intégrer dans un package pour aller chercher une star offensive plus fiable. Le nom de Giannis Antetokounmpo reviendra sans doute dans les fantasmes, parce que Milwaukee pourrait finir par devoir ouvrir un nouveau cycle et parce que le Thunder possède assez d’atouts pour se mêler à n’importe quel dossier majeur. Cela ne veut pas dire que Sam Presti ira dans cette direction. Ce serait même surprenant de le voir sacrifier aussi vite un joueur aussi jeune, aussi intégré et aussi important dans l’équilibre défensif de son équipe.

La voie la plus probable reste celle de la patience maîtrisée. Garder l’ossature. Récupérer Jalen Williams. Ajuster autour. Peut-être sacrifier d’autres profils avant Holmgren, notamment un Luguentz Dort lui aussi très discret et inefficace dans cette série. Oklahoma City n’a pas besoin de paniquer. En revanche, ignorer ce que ce Game 7 a montré serait une erreur.

Jusqu’ici, Holmgren avait plutôt donné l’image d’un joueur avec du caractère, une forme de calme piquant, ce petit côté “fuck you” qui contrastait presque avec son physique longiligne. Dans ce match-là, cette personnalité n’a pas vraiment existé. Il n’a pas répondu au défi. Il n’a pas saisi le moment. Dans une conférence où Victor Wembanyama commence à prendre toute la place, ce genre de rendez-vous manqué ne passe pas inaperçu.

Le Thunder ne doit sans doute pas trader Chet Holmgren sur la base d’un match. Mais il doit se demander ce que ce match révèle. San Antonio ne va pas disparaître. Wembanyama non plus. Si Oklahoma City veut retrouver les Finales, puis le titre, Holmgren devra être plus qu’un excellent joueur de saison régulière ou un complément idéal.

Il devra être là quand Wembanyama l’attend.