Je vais commencer par rendre à Draymond Green ce qui appartient à Draymond Green. On parle ici d'un futur membre du Hall of Fame, d'une légende absolue des Golden State Warriors et de l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire de la NBA. Draymond est et restera le cerveau défensif d’une dynastie et un leader émotionnel sans équivalent pendant plus d’une décennie. Sans lui, pas de révolution small ball, pas de Death Lineup, pas de quatre titres pour Stephen Curry et sa bande, j'en suis à peu près convaincu.
Draymond Green, c’est aussi un joueur qui comprend le basket comme peu d’autres et un esprit analytique souvent brillant lorsqu’il décortique le jeu. Ses passages comme consultant sur TNT, notamment lors des périodes de transition des Warriors, étaient passionnants. Nikola Jokic l'a même remercié d'avoir été un peu critique à son égard sur l'aspect défensif. Le Joker a avoué qu'il avait été aidé par l'analyse de Green le consultant.
Hier, son importance pour les Warriors était totale. Aujourd’hui, elle pourrait l’être. Demain aussi, en fonction de la manière dont les Warriors vont aborder l’épineux virage qui s’annonce pour eux. Mais désormais, cela ne dépend que de lui.
Car depuis le titre de 2022, quelque chose s’est clairement fissuré. Ce ne sont pas seulement les suspensions, les fautes flagrantes, les gestes dangereux ou les exclusions à répétition. Sur ces épisodes-là, le débat existe. On peut estimer que Draymond Green paie aussi son historique, que le bruit médiatique dépasse parfois la gravité intrinsèque des faits. Ce n’est pas là que réside le cœur du problème.
Le vrai souci, c’est l’absence quasi totale de remise en question de sa part.
2 sales fautes en 30 secondes, Draymond Green a encore frappé
Avec Draymond Green, c'est toujours de la faute des autres
À chaque fois que Draymond Green est interrogé sur son comportement ou sur son impact négatif pour son équipe, le discours reste le même : il est ciblé, incompris, victime d’un acharnement. Les responsables sont toujours ailleurs. Les arbitres. La ligue. Les adversaires. Les médias. Dernier exemple en date : cette sortie expliquant que les joueurs européens seraient, par nature, plus « dirty », formés à faire des fautes dangereuses, parfois plus encore que les siennes. Une généralisation absurde, surtout venant d’un joueur qui continue, match après match, d’empiler les gestes limites.
Son podcast illustre parfaitement cette dérive. Draymond y est souvent pertinent (ou au moins intéressant) sur le jeu, mais incapable de s’empêcher de juger, de critiquer, de donner des leçons. Son acharnement récurrent sur Rudy Gobert en est un symbole. Il n’est pas le seul, certes, mais chez lui, la frontière entre analyse et règlement de comptes est régulièrement franchie.
Plus récemment, il a commenté la réaction de son ancien coéquipier Jordan Poole (une grimace de surprise) lors de l’altercation entre José Alvarado et Mark Williams, expliquant qu’un joueur doit toujours défendre son coéquipier et ne pas rester spectateur. Une prise de position pour le moins ironique, quand on se souvient que Draymond n’a jamais totalement assumé sa responsabilité dans l’incident qui a profondément fragilisé le vestiaire des Warriors en 2022.
Sur le terrain, cette posture se paie. Draymond Green est moins influent au playmaking, pourtant maillon essentiel de l’attaque de Golden State. Défensivement, il pèse moins, couvre moins d’erreurs, impose moins sa loi. Les Warriors encaissent plus de points, perdent en contrôle et en sérénité. Et malgré tout, Draymond continue de bénéficier d’un passe-droit presque illimité, parce qu’il est Draymond Green. Les stats ne font pas tout et ce n'est jamais vraiment par ce prisme que l'on a mesure l'apport du #23 de Golden State. Avec 8.8 points, 5.8 rebonds et 5.2 passes à 43% au global (33% à 3 points, alors qu'il prend le volume de paniers extérieurs le plus élevé de toute sa carrière) et sa moyenne de minutes par match la plus faible depuis 12 ans, on n'est pas sur une top saison dans son CV.
Un enfant demande à Jordan Poole ce que ça fait de prendre une droite de Draymond Green
Trade, fin de contrat, recadrage : Que faire avec Draymond Green ?
Même Stephen Curry, modèle de loyauté, a laissé transparaître sa lassitude ces deux dernières saisons. Il y a bien eu cette courte période de contrition, ces discours sur une possible retraite, là encore nourris par le sentiment d’être injustement ciblé. Puis tout est redevenu comme avant.
Draymond Green reste un immense joueur NBA. Mais aujourd’hui, il est aussi devenu un problème pour les Warriors. Non pas parce qu’il est trop intense, trop compétitif ou trop différent. Mais parce qu’il semble incapable d’accepter que l’héritage ne se construit pas seulement sur ce que l’on a été, mais sur la manière dont on choisit de finir. Et pour une franchise qui a bâti sa dynastie sur l’intelligence collective, c’est peut-être la question la plus lourde de conséquences.
Il reste un an de contrat à Draymond Green, à 27 millions de dollars. Cette donnée financière n’est pas anodine quand on se demande ce que les Warriors peuvent, ou doivent, faire avec lui. Faut-il le laisser aller jusqu’au bout de son contrat, en espérant qu’il retrouve un niveau et une attitude à la hauteur de son héritage ? Faut-il envisager un trade pour libérer de l’espace, réduire les risques sur le vestiaire et peut-être renforcer l’équipe ailleurs ?
Chaque option comporte ses risques et ses avantages, mais elle pose une question simple. La valeur historique de Draymond Green suffit-elle encore à justifier sa place au cœur d’une équipe aspirant à un dernier run pour le meilleur joueur de son histoire ? Ou le temps est-il venu de réfléchir à un futur sans lui, pour le bien de Golden State ?
Je n'ai pas la réponse, mais après avoir longtemps considéré qu'il était absolument intouchable et intradable, je commence à pencher plutôt de l'autre côté.

Draymond Green a toujours été un problème. Son niveau de jeu a fait que les Warriors sont toujours passés outre. Forcément quand le niveau n'est plus là, on voit encore plus le problème.
Après l'avoir conservé quand ils ont laissé partir Klay, je suis pour aller au bout du chemin. 18 dernier mois de contrat, pas de prolongation. Je pense pas que lui s'imagine ailleurs. On se dit merci pour tout et voilà. En se retournant, les deux parties se rappelleront que, malgré tout (et plus le temps passera et moins il y aura de "malgré tout"), ça a été une sacré belle histoire.