Detroit, la Daly-vrance
Méchamment marqué par son enfance difficile, Dennis trouve plus qu’un job en posant son baluchon à Detroit. Il trouve une famille. Des frères, aussi revanchards que lui et une figure paternelle, enfin, en Chuck Daly, futur coach de la Dream Team de Barcelone, qui s’emploie à souder son effectif autour de l’idée d’un basket physique, parfois à la limite de l’acceptable, mais fondamentalement collectif. À sa place dans ce jeu taillé pour lui, canalisé par la famille Pistons, Dennis Rodman se fait une place dans la rotation dès sa première saison. Sa défense implacable et son hyperactivité au rebond sont un relais idéal au jeu diamétralement opposé d’Adrian Dantley. Le rookie de 25 ans impressionne tellement que Daly n’hésite pas à le lancer dans les moments chauds de certains des plus gros matches de playoffs. Comme dans les derniers instants du Game 5 contre Boston, où il bâche royalement Larry Bird lors de ce qui aurait dû être l’action décisive du match. https://www.youtube.com/watch?v=p7-N3uGxUsY Dennis devient rapidement incontournable. Il n’est pas particulièrement grand, puissant, ou rapide, mais c’est un athlète hors du commun, dense, agile, long. L’un des très rares joueurs à être vraiment capable de défendre aussi bien sur un John Stockton que sur un Karl Malone. Suffisamment rapide dans ses déplacements latéraux et intelligent dans l’utilisation de son corps pour emmerder royalement un extérieur, tout en étant en mesure de rivaliser physiquement avec des spécimens beaucoup plus grands et lourds que lui. Une anomalie athlétique devenue plus aberrante encore lors de ses années Bulls, quand à 35 ans passés et en dépit d’une hygiène de vie calamiteuse il n’a jamais montré le moindre signe de fatigue. Fou, hors du commun, sensible… mais qui est vraiment Dennis Rodman ? Son impact sur le jeu de Detroit devient tel que l’apport de Dantley doit être réévalué. L’ancien Jazz a beau être l’un des scoreurs les plus virtuoses que les 80’s aient connus, c’est avant tout un soliste, peu impliqué en défense et plus concerné par ses minutes que par les petits détails qui pourraient enfin faire franchir l’ultime étape à son équipe. Le front office du club tranche. Entre sacrifice et points, entre harmonie et querelles, le choix est vite vu. La petite souris remplace Dantley par Mark Aguirre, grand ami d’Isiah Thomas, excellent scoreur poste bas et surtout coéquipier bien moins « ballonphage » que son prédécesseur. Aguirre se fond admirablement dans le collectif et laisse son jeune remplaçant grappiller du temps de jeu. Les Pistons viennent de découvrir le secret de la conquête d’un titre, que Thomas dévoile en ces termes à Bill Simmons dans son "Book of Basketball" :« Le secret du basket, c’est qu’il ne s’agit pas de basket… »Detroit sweepe des Lakers diminués en 89 et massacre Portland en 90. Back to back. Ou quand le poison d’un vestiaire n’est pas celui qu’on croit… Dennis est au sommet de son basket. Sacré meilleur défenseur de la ligue en 90 et 91, All-Star en 90 et 92, c’est le coéquipier rêvé. Pas besoin de s’arranger pour l’impliquer en attaque, il se débrouillera toujours pour se déchirer et finir quelques contre-attaques de ses grandes enjambées si reconnaissables et grappillera quelques points sur des rebonds offensifs ou des caviars d’Isiah, sans jamais en demander plus. Ce joueur intense, complet, et qui laisse le jeu venir à lui va pourtant connaître une fin tragique.
