On a souvent résumé le plafond des Bleus à une idée simple : avec Victor Wembanyama, tout devient possible. C’est vrai, mais c’est devenu trop réducteur. La vraie nouveauté, à deux ans et demi des JO de Los Angeles, c’est que la France n’a plus seulement un monstre générationnel. Elle commence à empiler les intérieurs NBA crédibles, au point de pouvoir envisager un succès mondial qui partirait d’abord de la peinture. Ici, on ne parle que des "big" déjà en NBA et capables d’y tenir un rôle. Rien que dans ce secteur-là, la profondeur française devient effrayante.
Wembanyama, évidemment, reste la tête d’affiche et presque un argument à lui seul. Il tourne cette saison à 24,3 points et 11,1 rebonds de moyenne avec les Spurs, qu'il vient de qualifier en playoffs sur un game winner contre Phoenix. Ce n’est plus un joueur d’avenir. Il est déjà un joueur qui change l’équation d’une franchise et, par extension, celle d’une sélection. Derrière lui, Rudy Gobert continue de produire ce qu’il produit depuis des années, c'est à dire le corps de travail d'un quadruple meilleur défenseur de la ligue. Discret offensivement, le pivot de Minnesota capte encore 11,4 rebonds de moyenne, avec une présence défensive intacte et ce statut de point d’ancrage qu’aucune équipe ne méprise.
Mais ce qui change vraiment la perspective française, c’est la couche suivante. Même si c'est dans une équipe qui tanke de manière éhontée, Alex Sarr réussit une bonne saison sophomore à Washington avec 16,9 points, 7,5 rebonds et 2,6 passes de moyenne, avec des séquences offensives bien plus affirmées. Moussa Diabaté, lui, s’est installé comme un vrai intérieur titulaire solide à Charlotte, avec 8,1 points, 8,7 rebonds et un mix de combativité et de flair pour les rebonds offensifs qui a peu d'équivalent en NBA.
Le scénario parfait : Victor Wembanyama envoie les Spurs en playoffs au buzzer
Il faut désormais ajouter Maxime Raynaud à cette conversation. Le rookie de Sacramento tourne à 11,4 points et 7,3 rebonds, avec un récent pic à 32 puis 30 points sur deux matches de mars, signe qu’il a fait mieux que prendre ses marques en Californie. Et la profondeur française ne s’arrête pas là : Guerschon Yabusele est toujours là, lui aussi en NBA. Son registre est différent, plus mobile, plus polyvalent, moins strictement lié à la protection du cercle, mais son expérience du très haut niveau FIBA et son leadership, lui qui était capitaine des Bleus lors du dernier tournoi, ajoutent encore de l’épaisseur à l’ensemble.
En basket FIBA, une équipe qui verrouille le cercle, domine le rebond et impose sa taille possède un avantage structurel énorme. La France peut désormais rêver d’avoir non seulement le meilleur intérieur du monde, mais aussi la plus grosse densité intérieure à l'échelle internationale. Le bémol reste évident : les planètes doivent s’aligner. Il faut que les profils s’emboîtent, que la hiérarchie soit claire, et surtout que tout le monde soit disponible en même temps. Historiquement, ce n’est presque jamais aussi simple, surtout pour une Coupe du monde.
Or avant Los Angeles 2028, il y aura justement le rendez-vous du Mondial 2027 au Qatar, qui servira aussi de porte d’entrée vers les JO. Pour les Bleus, ce sera un passage crucial après l’EuroBasket 2025 raté, terminé dès les huitièmes sur une défaite contre la Géorgie. Ce sera aussi l'occasion de voir ce fameux secteur intérieur en action.
C'est une évidence, l'alchimie doit également être bonne avec les extérieurs et ces derniers doivent aussi être les garants du bon fonctionnement de l'équipe. On sait que la mène pose question, par exemple, mais c'est une autre histoire.
En se concentrant vraiment uniquement sur la raquette et les profils différents qui peuvent la composer, l'espoir de dominer et de gagner un trophée pour la première fois depuis 2012 est permis. Sur le papier, la France a de quoi faire peur. Il reste maintenant à voir si cette force intérieure peut se transformer en titre.
