Russell Westbrook, le joueur que j’ai appris à aimer

Meta description : Longtemps difficile à apprécier, Russell Westbrook a fini par imposer le respect. Souvenirs personnels d’un joueur unique, spectaculaire et impossible à oublier.

Russell Westbrook, le joueur que j’ai appris à aimer

J’ai mis beaucoup de temps à apprécier Russell Westbrook.

Pendant ses années avec Kevin Durant à Oklahoma City, j’avais même plutôt tendance à voir en lui une partie du problème. Evidemment, personne ne pouvait nier son talent, mais j’avais souvent l’impression qu’il prenait tellement de place qu’il empêchait presque Durant de faire autant sa lumière qu’il aurait pu. Il lui volait parfois un peu la vedette, beaucoup de ballons aussi, sans forcément parvenir à être aussi décisif que lui lorsque les matches devenaient vraiment importants.

C’est probablement une vision un peu injuste avec le recul, mais c’était la mienne à l’époque. Westbrook m’agaçait. Sa manière de foncer constamment, de jouer avec la tête dans le guidon, de vouloir régler certains problèmes uniquement en allant encore plus vite ou encore plus fort, pouvait être franchement frustrante.

Et puis j’ai eu l’occasion de le voir jouer plusieurs fois en vrai, notamment deux ou trois fois lorsqu’il était encore à son prime avec OKC.

Ça change pas mal de choses.

La télévision ne permettait pas vraiment de mesurer ce qu’était Russell Westbrook physiquement. Dans une salle, c’était assez hallucinant. Je ne sais même pas si j’ai vu depuis un joueur proposer la même combinaison d’agressivité et de virtuosité athlétiques.

Tout était fait à une intensité folle. Les accélérations, les changements de direction, la manière d’aller chercher un rebond puis de repartir immédiatement à l’autre bout du terrain, ses attaques du cercle… Il donnait réellement l’impression de jouer en permanence à 2000%.

On a évidemment vu en NBA des joueurs plus grands, plus puissants, parfois plus explosifs. Mais cette énergie permanente, cette sensation qu’il pouvait traverser le terrain en quelques secondes et qu’il allait essayer de démolir le cercle à chaque montée de balle, c’était vraiment particulier.

Westbrook en vrai était un spectacle.

Je l’ai revu bien plus tard, en octobre 2024, lors d’un Brooklyn-Denver à New York. Il n’était évidemment plus le même joueur. Il était devenu un vétéran, il avait changé plusieurs fois d’équipe et il avait dû accepter un rôle très différent de celui qui avait été le sien pendant toute sa carrière.

Et pourtant, il y avait encore énormément de Russell Westbrook dans ce Russell Westbrook-là.

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Même depuis le banc, son entrée changeait immédiatement le rythme du match. Il débordait toujours autant d’énergie et, en quelques minutes, on avait eu un résumé assez parfait de ce qu’avait toujours été l’expérience Westbrook.

Il y avait des actions complètement folles, des choses que très peu de joueurs étaient encore capables de produire physiquement à son âge, puis, deux possessions plus tard, une décision qui vous faisait vous demander ce qui venait de lui passer par la tête.

C’est sans doute aussi là que réside une partie du paradoxe de sa carrière.

Il est resté fidèle à ce qu’il était

On aurait aimé qu’avec les années il apprenne davantage à ralentir, à sélectionner ses moments, à devenir un joueur un peu différent lorsque son physique ne lui permettrait plus d’être celui qu’il avait été à Oklahoma City. Il l’a fait en partie, notamment en acceptant de sortir du banc, mais il n’a jamais totalement changé sa manière de voir le basket.

Et finalement, c’était aussi très Westbrook.

Il voulait jouer de cette manière-là. Attaquer, pousser le ballon, créer du désordre, prendre des risques. Ça donnait parfois des choses extraordinaires et parfois des séquences terriblement frustrantes, mais il est resté extrêmement fidèle au joueur qu’il avait toujours été.

Mon regard sur lui avait déjà commencé à changer bien avant, évidemment, et notamment après le départ de Kevin Durant.

Sa saison 2016-2017 reste l’un des grands moments de sa carrière et probablement celui qui m’a vraiment fait basculer.

Tout à coup, Westbrook n’était plus celui dont je trouvais qu’il prenait parfois trop de place à côté de Durant. Il était celui qui devait porter une équipe qui venait de perdre l’un des meilleurs joueurs de la planète et dont les ambitions avaient été complètement bouleversées.

Et il a répondu avec une saison absolument incroyable.

On retient évidemment le triple-double de moyenne, le MVP et les records. Mais il y avait surtout cette impression qu’il pouvait gagner des matches pratiquement tout seul, parfois simplement parce qu’il refusait que son équipe perde. Il y avait quelque chose d’assez fascinant dans cette obstination.

C’est aussi à cette période qu’il est devenu, à mes yeux en tout cas, un personnage plus attachant. Peut-être parce qu’il apparaissait plus vulnérable. Il n’était plus simplement le lieutenant parfois envahissant de Kevin Durant. Il était désormais exposé, seul devant les limites de son équipe, obligé de tout faire ou presque.

Il y a eu d’autres très bonnes périodes ensuite. Je garde notamment un excellent souvenir de son passage à Washington. Beaucoup le pensaient déjà largement sur le déclin et il avait quand même réussi à produire une deuxième partie de saison assez folle, avec une énergie et un volume de jeu qui semblaient parfois ne pas avoir d’âge.

J’ai aussi eu l’occasion de découvrir un peu le personnage en interview, avec deux expériences presque opposées.

Une première fois, il était très fermé, avec des réponses très courtes et cette réputation de joueur qui n’avait absolument pas envie d’être là face aux journalistes.

Et puis, une autre fois, il était manifestement beaucoup plus d’humeur à discuter. Il était drôle, disponible, intéressant. Un très bon client.

Ça aussi, finalement, collait assez bien au personnage. Westbrook ne faisait pas tellement semblant.

Sa trajectoire de fin de carrière peut rappeler par certains côtés celle de Carmelo Anthony, notamment dans cette difficulté qu’ont certains immenses joueurs à devenir complètement autre chose lorsqu’ils ne peuvent plus être la superstar qu’ils ont été.

Avec tout de même une différence importante : Westbrook a accompli énormément de choses en NBA.

Il a été MVP, il a signé des saisons statistiques qui semblaient appartenir à une autre époque et il a remis le triple-double au centre du basket moderne, au point que l’exploit a presque fini par sembler banal alors qu’il ne l’était absolument pas.

Il ne sera jamais champion NBA. Il restera aussi associé à des choix contestables, à des shoots qu’on aurait préféré qu’il ne prenne pas et à une incapacité parfois frustrante à adapter totalement son jeu.

Mais ce serait dommage que le souvenir de Russell Westbrook se résume à ses défauts.

Parce qu’il a surtout été un joueur que personne d’autre ne pouvait vraiment imiter.

Et moi qui ai passé une bonne partie de ses premières années à m’agacer devant lui, je suis finalement très content d’avoir pu le voir plusieurs fois de près.

J’ai mis du temps à l’aimer, mais j’ai fini par y arriver.