Interrogé sur les chances de Victor Wembanyama de devenir le plus grand joueur français de l’Histoire, et donc de prendre sa place d’icône du basket tricolore, lors de son passage dans une émission Unibet, Tony Parker n’a pas hésité à répondre par l’affirmative : « Oui, je pense qu’il le sera. Il a tout pour. »
Vu comment le natif du Chesnay est lancé, ça semble ne faire aucun doute. Mais il lui reste tout de même une longue carrière à disputer et un palmarès à se construire pour rivaliser complètement (puis le surpasser, sans doute) avec les très nombreux accomplissements de TP. Si la culture de l’instant peut laisser penser que Wembanyama est déjà le numéro un après avoir terminé troisième du MVP tout en ayant élu DPOY à l’unanimité et en claquant des records et autres performances d’extraterrestres dans tous les sens, le CV de Parker garde une dimension légendaire.
L’ancien meneur des San Antonio Spurs a remporté quatre titres, avec même un MVP des finales empochés en 2007. C’est un multiple All-Star, leader de l’équipe de France sacrée championne d’Europe en 2013. Pour l’instant, le « plus grand » sur l’ensemble de son parcours, c’est lui.
Mais qu’en est-il du plus fort ? Les deux sont beaucoup trop souvent confondus. La nuance est pourtant importante. Que se passe-t-il si l’on se concentre uniquement sur le niveau de jeu maximum atteint par chacun des deux joueurs ? Parce que sans leur faire offense, le débat s’arrête à Tony Parker et Victor Wembanyama, même si Nando De Colo, Antoine Rigaudeau, Boris Diaw et bien d’autres joueurs phares du basket français ont été excellents durant leur carrière.
Quel est celui qui est le meilleur dans son sport ? Wembanyama n’est encore qu’à ses débuts mais la question peut déjà réellement se poser. A-t-on déjà vu un joueur issu de notre pays aussi dominant ? Aussi fort ?
Sur l’aspect défensif, cela ne fait aucun doute que l’intérieur des éperons plane au-dessus de TP. Son impact est probablement sans précédent, même à l’échelle de la NBA. Alors que son aîné a été, au mieux, un défenseur correct qui jouait sur sa vivacité, son intelligence et son sens de l’anticipation pour compenser son manque de « gabarit » en comparaison des super humains qui peuplent le championnat américain.
Du coup, toute la discussion repose presque sur l’attaque. Les statistiques sont plus flatteuses pour Victor qui, sur chacune de ses trois saisons, a par exemple marqué plus de points par match que Parker sur n’importe laquelle de ses 18 années en NBA à l’exception de l’exercice 2008-2009 qu’il avait bouclé à 22 points de moyenne. Mais attention à ne pas trop se concentrer sur des chiffres aussi bruts. Déjà parce que les notions d’époque et de contexte entrent en jeu. Le jeu est plus rapide aujourd’hui, avec plus de possessions et plus d’occasion de marquer. Ensuite parce que le célèbre numéro 9 des Spurs avait pour mission de partager la gonfle avec Tim Duncan et David Robinson puis Tim Duncan (toujours) et Manu Ginobili et enfin Kawhi Leonard.
Il ne doit pas être jugé sur ses stats. S’il avait joué ailleurs, son palmarès aurait été moins fourni mais il aurait probablement pu prétendre à quelques saisons autour des 25 points par match dans des équipes plus faibles. Par contre, et c’est déjà un indice qui peut donner une réponse à notre question, on ne pense pas réellement qu’il se serait affirmé comme un franchise player à même de mener une équipe jusqu’en finales NBA s’il n’avait pas eu d’autres Hall Of Famers à ses côtés. Le raisonnement peut paraître injuste puisqu’il a été la première option offensive et le maître à jouer de Spurs qui sont allés au bout. Mais d’une manière ou d’une autre, Duncan était la pièce centrale de l’effectif. Tout comme Wembanyama l’est aujourd’hui à Sacramento. Inversez Steve Nash et Tony Parker à Phoenix au début des années 2000 et les Suns, même avec beaucoup de talents, ne seraient peut-être (sans doute) pas allé en finales non plus.
Si l’on se concentre sur le moment où il était vraiment à son apogée, de 2007 à 2013, il maîtrisait sans doute un peu mieux ses supers pouvoirs offensifs que ce que Victor Wembanyama ne le fait aujourd’hui. Et c’est logique vu que ce dernier n’a que 22 ans ! La comparaison est faussée par la différence de poste sur le terrain mais Parker savait, à son sommet, trouvé ses spots possession après possession. D’où sa forte efficacité (49% en carrière) pour un meneur de sa taille (1,85 m) qui ne dunkait pas (l’arceau de Bercy s’en souvient).
Le nouveau phénomène du basket découvre encore ses talents. Il les travaille. Mais sa version actuelle reste exceptionnel. De par sa dimension physique, il réalise des choses sur un terrain que Parker ou n’importe qui d’autres sont incapables de faire. Comme capter et dunker ses propres rebonds après un flotteur ou un dunk. Voire un trois-points. C’est d’ailleurs déjà un meilleur shooteur extérieur que TP9. Une affaire d’évolution du jeu, peut-être, mais pas seulement. Parce qu’il est aussi plus adroit aux lancers. Il en provoque plus, aussi. Sa mécanique est plus propre.
Sur plusieurs secteurs, il ne serait pas fou de penser qu’il est déjà un meilleur scoreur et un meilleur attaquant. Tout en étant évidemment un rebondeur plus prolifique et un défenseur bien plus fort. Doit-on nécessairement en conclure qu’il est déjà plus fort que ce qu’aucun autre Français ne l’a jamais été ?
La combinaison des deux côtés du terrain pourrait lui donner l’avantage mais c’est une conclusion peut-être un peu trop facile. Nikola Jokic est un moins bon défenseur que 200 à 300 joueurs NBA et ça ne l’empêche pas d’être dans le top-3, voire même le numéro un. On peut imaginer que Tony Parker soit éventuellement supérieur en attaque, et encore ça se discute, mais si c’est le cas, ce serait serré.
Victor Wembanyama est l’un des trois meilleurs basketteurs de la planète aujourd’hui. TP n’a jamais été proche de ce niveau, même à son sommet. C’est sans doute pourquoi il est déjà le plus fort. Comme le dit Parker lui-même, il est « dans la lignée des Kobe, des LeBron. » Et peut-être qu’à la fin de sa carrière, non seulement il sera le plus grand joueur français de tous les temps aussi une légende absolue de l’Histoire de la NBA.
