Zaccharie Risacher à Dallas : reculer pour mieux sauter

Zaccharie Risacher va avoir l’occasion de montrer que son début de carrière à Atlanta n’était qu’un mauvais mariage. Le Français devrait pouvoir s’épanouir à Dallas.

Zaccharie Risacher à Dallas : reculer pour mieux sauter

Voir un ancien numéro 1 de Draft être échangé après seulement deux saisons n’est jamais très rassurant. Mais pour Zaccharie Risacher, quitter Atlanta pour rejoindre Dallas pourrait moins ressembler à un échec qu’à une véritable libération. Dans un environnement moins pesant, au sein d’un projet tourné vers la jeunesse et autour d’un coach réputé pour son travail de développement, le Français a peut-être trouvé l’endroit idéal pour relancer sa carrière.

À première vue, le constat paraît brutal. En juin 2024, les Atlanta Hawks faisaient de Zaccharie Risacher le premier choix de la Draft. Deux ans plus tard, ils l’envoient aux Dallas Mavericks dans un échange à trois équipes sans récupérer en contrepartie une jeune star ou un choix de premier tour. Atlanta accueille Lu Dort et Ryan Nembhard, tandis que Dallas mise sur le potentiel encore largement inexploité du Français.

Sur le papier, cela ressemble forcément à un recul. Dans les faits, ce départ pourrait pourtant être l’une des meilleures choses qui soient arrivées à Risacher depuis son arrivée en NBA.

Atlanta était devenu une impasse

La première saison du Français n’avait pas été parfaite, mais elle avait offert suffisamment de promesses pour entretenir l’espoir. Risacher avait tourné à 12,6 points en étant titulaire à 73 reprises, terminé dans le meilleur cinq des rookies et pris la deuxième place du vote pour le Rookie of the Year. Il avait aussi montré, par séquences, qu’il pouvait devenir bien davantage qu’un simple ailier de complément.

Sa deuxième année a changé la perception de son début de carrière.

Ses statistiques sont tombées à 9,6 points, 3,8 rebonds et 1,1 passe en 22 minutes par match. Plus problématique encore, son rôle s’est progressivement réduit. Sorti un temps de la rotation de Quin Snyder en janvier, puis utilisé de manière très irrégulière, il n’a disputé qu’un peu plus de 23 minutes au total pendant les six matches de la série de playoffs perdue par Atlanta contre New York.

Il ne s’agissait donc plus simplement d’une mauvaise passe ou d’un sophomore slump. Le coach des Hawks ne lui faisait visiblement plus confiance. Chaque entrée était scrutée, chaque tir manqué renforçait l’idée qu’Atlanta s’était trompé en le sélectionnant au sommet d’une Draft jugée faible, et chaque minute passée sur le banc alimentait le procès en « flop ».

Zaccharie Risacher envoyé à Dallas, Dort à Atlanta !

À seulement 21 ans, Risacher semblait déjà enfermé dans une histoire écrite par les autres : celle du numéro 1 qui ne justifiait pas son statut.

Pourtant, son profil n’a pas fondamentalement changé. C’est toujours un ailier de grande taille, mobile, capable de défendre plusieurs positions, de courir le terrain et de sanctionner derrière l’arc. Malgré cette deuxième saison difficile, il a même converti 36,8 % de ses tirs à trois points. Il n’a pas cessé d’avoir du potentiel. Il a surtout cessé d’avoir un contexte favorable pour l’exprimer.

À Dallas, toute la lumière sera braquée sur Cooper Flagg

Le premier avantage de Dallas pour Risacher est presque paradoxal : personne ne lui demandera d’être le visage du projet.

Ce rôle appartient déjà à Cooper Flagg. Après une saison de rookie à 21 points, 6,7 rebonds et 4,5 passes de moyenne, l’Américain est devenu le centre de gravité des Mavericks et l’un des jeunes joueurs les plus observés de toute la NBA. C’est autour de lui que l’équipe sera construite, sur lui que porteront les attentes et vers lui que se tourneront les regards après chaque victoire ou chaque défaite.

Pour Risacher, cette situation peut être idéale.

À Atlanta, il devait sans cesse répondre à une question qui ne dépendait même pas de lui : méritait-il vraiment d’avoir été choisi en première position ? À Dallas, il ne sera plus « le numéro 1 de la Draft 2024 ». Il sera d’abord un jeune ailier recruté à faible coût, avec des qualités à développer et une carrière à reconstruire. Cette nuance peut tout changer.

Le Français n’a pas besoin de multiplier les isolations ou de devenir un créateur principal pour réussir. Dans un premier temps, il doit retrouver de la confiance, défendre avec intensité, courir aux côtés de Flagg, couper vers le cercle et convertir ses tirs ouverts. Il peut grandir sans avoir à prouver immédiatement qu’une franchise entière a eu raison de miser sur lui.

Et s’il retrouve progressivement le Risacher agressif et spontané aperçu lors de sa saison rookie, Dallas aura réussi un pari magnifique.

Dusty May peut lui offrir ce que Snyder ne lui donnait plus

L’autre élément central de ce transfert concerne le changement de coach.

Les Mavericks viennent de confier leur équipe à Dusty May, champion NCAA avec Michigan et reconnu pour sa capacité à créer une identité collective, à connecter ses joueurs et à définir des rôles cohérents. Lors de sa présentation, Dallas a clairement expliqué que le développement de son jeune noyau – Flagg, Dereck Lively II, Max Christie et désormais Risacher – ferait partie de ses missions prioritaires.

Rien ne garantit que May réussira immédiatement son passage du basket universitaire à la NBA. Mais son arrivée entraîne au moins une remise à zéro.

Risacher ne débarque pas dans une équipe dont la hiérarchie et les opinions à son sujet sont déjà figées. Il arrive en même temps qu’un nouveau staff, dans un projet qui cherche encore son identité. Il pourra être évalué sur ce qu’il montre désormais, et non sur les frustrations accumulées pendant deux saisons à Atlanta.

May a également bâti ses équipes universitaires autour du mouvement, de la circulation du ballon et de joueurs capables d’occuper plusieurs fonctions plutôt qu’autour d’une succession d’exploits individuels. Un cadre qui pourrait parfaitement convenir à Risacher, bien plus à l’aise lorsqu’il peut prendre des décisions simples et rapides que lorsqu’on lui demande de créer une possession à partir de rien.

À Atlanta, ses erreurs semblaient parfois réduire son temps de jeu. À Dallas, elles devront faire partie de son apprentissage.

La présence de Kyrie Irving peut aussi lui faire du bien

Les Mavericks ne sont pas pour autant une garderie sans ambition ni expérience. Kyrie Irving est toujours présent et constitue un relais précieux pour encadrer ce groupe. Dusty May a d’ailleurs insisté sur l’importance du meneur dans son projet et sur l’aide qu’il pourrait apporter à la progression des plus jeunes.

Pour Risacher, évoluer auprès d’un vétéran de ce niveau peut être extrêmement bénéfique. Irving attire les défenses, crée des tirs ouverts et possède l’expérience nécessaire pour aider un jeune joueur à traverser les périodes de doute inévitables d’une saison NBA.

Le Français ne sera ni abandonné au milieu d’une reconstruction totale, ni condamné à regarder des vétérans jouer à sa place dans une équipe obsédée par le résultat immédiat. Dallas tente de combiner les deux temporalités : développer Flagg et son jeune entourage tout en conservant suffisamment de talent et d’expérience pour rester compétitif.

C’est précisément le type d’équilibre dont Risacher avait besoin.

Un transfert humiliant seulement en apparence

Être transféré aussi rapidement après avoir été choisi numéro 1 peut laisser des traces. Risacher pourra difficilement ignorer tout ce qui sera dit sur lui dans les prochaines semaines. Certains verront ce départ comme la preuve qu’Atlanta ne croyait plus en lui. D’autres considéreront déjà sa carrière comme une déception. Mais à 21 ans, rien n’est joué.

Risacher a déjà démontré qu’il pouvait marquer 30 points dans un match NBA, défendre à un niveau intéressant et contribuer sans monopoliser le ballon. Il n’a pas besoin de devenir une superstar pour réussir sa carrière, pas plus qu’il n’est condamné à rester un simple joueur de rotation. Son plafond dépendra surtout de sa capacité à développer son dribble, son agressivité et sa régularité.

Dallas ne lui offre aucune garantie. La concurrence existera et les Mavericks construiront logiquement leur attaque autour de Flagg. Mais ils lui offrent quelque chose qu’Atlanta ne semblait plus en mesure de lui donner : une nouvelle lecture de son potentiel.

Il ne sera plus le "mauvais" numéro 1 des Hawks. Il pourra devenir le bon ailier des Mavericks.

Et parfois, pour recommencer à avancer, il faut accepter de donner l’impression de reculer. Pour Zaccharie Risacher, ce transfert à Dallas pourrait bien être le pas en arrière qui lui permettra enfin de prendre son élan.