Axel Toupane : The Grind by Toups, un camp au format inédit en France

Julien DeschuyteneerPar Julien Deschuyteneer Publié

Fin juin, une douzaine de pros français se réunissaient à Levallois pour un camp au concept inédit en France organisé par Axel Toupane.

Dimanche 23 juin. Au terme d’un week-end harassant, Bandja Sy a entretenu la tradition familiale : une nouvelle victoire au Quai 54 pour La Fusion, un trophée de MVP et la perpétuation de la dynastie Sy qui règne sur la rue française depuis des années. De quoi mériter quelques jours de repos ? Pas vraiment. L’ailier du Partizan Belgrade était en fait bien décidé à participer dès le lendemain à l’excellente initiative lancée par Axel Toupane. A savoir un camp au format inédit en France : The Grind, by Toups.

Alors que certains d’entre nous - ou de leurs collègues - prenaient des vacances bien méritées ou vivaient au ralenti sous cette foutue canicule, Bandja, Axel et une douzaine de pros français se réunissaient pour transpirer à grosses gouttes et taffer leur jeu. Pendant quatre jours, l’ancien NBAer a organisé dans la salle des Levallois Metropolitans un camp comme il n’en existait malheureusement pas en France, inspiré de ce qu’il a connu aux Etats-Unis. Là-bas, les pros, universitaires ou lycéens bossent tous sur leur jeu individuellement avant d’enchaîner sur des pick-up games, comme on peut en voir sur des spots célébres comme UCLA ou dans des ligues comme la Drew League ou la Seattle Pro-Am chère à Jamal Crawford. Ça leur permet à la fois de mettre en pratique ce qu’ils ont taffé et de ne pas perdre le rythme des matches.

Bandja Sy
Bandja Sy, le joueur du Partizan Belgrade.

Chaque jour, pendant une heure et demie, une douzaine de pros français, dont Mathias Lessort, Lahou Konaté, Bathiste Tchouaffé, Boris Dallo ou encore le néo-Celtic Vincent Poirier, ont travaillé leurs skills avec Lamine Sambe (anciennement Pau, Antibes et Evreux, et qui bosse en tant que coach individuel avec de nombreux pros), Coach Mam’s Carter (U18 France) et Julien Zoa (assistant - Gries Oberhoffen, en Pro B). Du taf à la fois très technique et précis, sur des fondamentaux, des combos de moves et du tir, mais aussi très intenses. Dans la foulée, ils enchaînaient sur des pick-up games pendant 1h30 à nouveau, là aussi très intenses puisqu’ils n’avaient que 14 secondes pour marquer histoire de mettre du rythme. Des matches où ils étaient encouragés par les coaches à sortir de leurs zones de confort et à appliquer ce qu’ils avaient vu avant. A tel point qu’il n’était pas rare de voir des big men comme Mathias Lessort ou Landing Sané pousser la balle et jouer le coast-to-coast. Pour finir, tout ce petit monde se retrouvait pour aller reprendre des forces au Chipotle.

Bref, un concept qui comble un vrai vide en France où chacun taffe habituellement l’été de son côté sans pouvoir jouer des matches réguliers avec des joueurs de leurs niveaux. Et surtout un concept qui a séduit les participants avec lesquels on a pu s’entretenir.

On a d’ailleurs interrogé le créateur de ce camp The Grind by Toups, Axel Toupane ; puis Bandja Sy pour avoir son ressenti sur ce concept nouveau.

Axel Toupane : « Quelque chose qui n'existait pas en France »

BasketSession : Qu’est-ce qui t’a poussé à créer The Grind by Toups ?

Axel Toupane : A la base, c'est une idée que j'ai eu avec mon meilleur ami, Etienne. Je pense que c'était important pour moi de prendre ce genre d'initiative car c'est quelque chose qui n'existait pas en France. J'ai eu la chance de beaucoup voyager, notamment aux Etats-Unis et c'est quelque chose qui est monnaie courante là-bas. Et c'est quelque chose qui m'a vraiment aidé à passer un cap, le fait de faire ces workouts et d'enchaîner avec des pick-up games. Pour moi c'était normal de revenir et d'offrir cette opportunité dans mon pays. Et aussi, c'est un bon moyen pour nous de nous préparer pour le championnat du Monde et récupérer notre rythme de match, un peu.

BS : Comment as-tu sélectionné les joueurs ?

Axel Toupane : Je suis parti sur un concept de camp entre guillemets « élite ». Qui dit élite, dit joueurs de haut niveau et je pense qu'on a fait du bon boulot là-dessus. Ce ne sont que des professionnels. Certains évoluent à l'étranger et même au niveau international. Donc c'était du très lourd en terme de niveau. J'ai également essayé de faire en fonction des matchups pour essayer de créer des bons duels et rendre les pick-ups compétitifs.

BS : Comment tu as choisi les coaches ?

Axel Toupane : Alors d'abord Lamine (Sambe), j'ai travaillé avec lui l'été dernier quand je faisais ma préparation en France. Et j'ai vraiment adoré ce qu'il faisait. Lamine, il fait du skill work donc c'est beaucoup de techniques, de moves, etc. Et en complément de ça, j'ai choisi de travailler avec Coach Mams et Zo (Julien Zoa) qui font équipe depuis de nombreuses années et sont aussi de très bons coaches. Eux sont plus dans la dureté, la force, l'intensité. C'était la parfaite alchimie, c'était un très bon équilibre. Tous les jours, on alternait les groupes : un jour avec Lamine, un jour avec Mams et Zo et au final ça a fait un très bon mélange.

Les campeurs en pleine discussion.

BS : Tu as fait les choses bien, puisque tu avais plusieurs partenaires. Notamment Chipotle, où vous pouviez prendre ensemble une grosse collation après la séance.

Axel Toupane : Oui, je voudrais d’abord remercier le club de Levallois, les Metropolitans et notamment Alain Weisz, qui a rendu ça possible en me prêtant la salle. Nike avec qui je travaille depuis quelques années et qui m'a accompagné sur ce projet. Je les remercie infiniment pour la confiance. Et enfin Chipotle effectivement, avec qui je travaille depuis peu et avec qui on partage la même philosophie et qui a aussi gentiment accepté de m'accompagner sur le projet, en nous offrant des repas à la fin de chaque entraînement. Ça collait bien avec l'esprit de performance du camp.

BS : Comment tu vois le futur pour le camp ?

Axel Toupane : On va essayer d'emmener ce projet le plus loin possible. Bien sûr, on va remettre ça l'an prochain. On va essayer de démarcher plus de partenaires, d'amener de nouvelles choses. La chose que je peux vous dire pour l'instant, c'est qu'on va tout faire pour rendre ce camp mixte. Ce type de camp n'existait pas jusqu'à présent, et les filles n'ont également pas la chance d'en avoir en France. Pour le reste, il faudra rester branché et continuer à nous suivre !

Bandja Sy - Partizan Belgrade

BS : Habituellement, comment bosses-tu l'été ? Tout seul ou avec un coach individuel ?

Bandja Sy : Ça dépend. Quand je suis à Belgrade, je travaille avec un assistant-coach, qui est très réputé pour le développement individuel. Par contre, quand je rentre en France, j'ai accès à la salle à Cergy, donc je m'entraîne là-bas avec des amis. Mais on n'a pas de coach personnel ou individuel. On s'entraîne en groupe sur ce qu'on veut améliorer, nos qualités, nos défauts. Ce n'est pas forcément structuré.

BS : Du coup, c'est quoi ton ressenti sur le camp ? Tu cherchais quoi en décidant d'y participer ?

Bandja Sy : Quand on m'a proposé de participer au camp, ça m'a directement intéressé. D'une, Axel c'est un ami avec qui j'ai eu l'occasion de m'entraîner en 2012, il me semble. J'avais fini l'université, on s'entraînait ensemble à Dallas. Je sais que c'est un gros bosseur et donc je savais que ce serait un camp de qualité. J'ai tout de suite été intéressé. La deuxième chose, c'est qu'on se connaît tous, que ce soit coaches ou joueurs. On sait qu'on est tous compétitifs et compétiteurs, donc on sait qu'on en sortira plus fort, avec plus de qualités.

BS : Sur ce camp, il y a l'avantage de combiner le travail individuel et les pick-up games.

Bandja Sy : Ce qui est bien dans ce concept, c'est qu'on bosse individuellement avant et ensuite on a directement l'occasion de mettre à l'épreuve les choses sur lesquelles on a travaillé. Le tout, c'est de prendre des risques, de ne pas rester dans une zone de confort.

BS : Dans le jeu, on a tendance à se reposer sur ce qu'on sait faire. Ce n'est pas trop dur de sortir de cette zone de confort pendant les matches ?

Bandja Sy : Personnellement, ça m'arrive de ne pas en sortir. Mais je me dis qu'il faut que j'essaie de replacer ce qu'on a vu avant. J'essaie d'utiliser au maximum les moves et les combos qu'on a travaillés avant. Et les coaches sont sur le côté, ils nous laissent jouer, mais ils nous rappellent aussi qu'on est là pour essayer de prendre des risques.

BS : Le premier jour, ça avait l'air d'être jeu libre sur les matches. Là, ça semble plus structuré en fin de semaine.

Bandja Sy : En fait le premier jour, c'était vraiment jeu libre. Ensuite on s'est regroupé à la fin et on a chacun donné un peu son opinion sur comment la première journée s'était déroulée. On s'est dit qu'on allait essayer d'améliorer le spacing, avoir des bonnes coupes. On ne voulait pas lâcher le jeu libre, parce qu'il faut aussi que chacun d'entre nous puisse mettre en place ce qu'on a travaillé individuellement.

BS : Il y avait des points sur lesquels tu souhaitais bosser particulièrement en arrivant ?

Bandja Sy : Mon dribble. Et mon coast-to-coast, essayer de pousser le ballon moi-même sans forcément toujours chercher le meneur de jeu après un rebond, et prendre des décisions.

BS : Tu as découvert des situations de travail nouvelles, que tu pourras utiliser plus tard ?

Bandja Sy : Sur le dribble, oui. Après je te cache pas que je n'en fais pas énormément. Donc tout était un peu nouveau pour moi, mais je me suis bien débrouillé. Ce sont des exercices que je pourrais reproduire plus tard. On n'est pas forcément obligé d'être deux pour les faire, donc je pourrai les refaire. Après il s'agira de prendre des risques. Quand tu travailles un mouvement ou un dribble et que tu le maîtrises, après il faut le faire plus vite et plus fort.

Crédit photos : Pierre Pontoizeau