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Les Cavs frappent fort : ils arment LeBron et préparent l’avenir

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Analyse des nombreux mouvements opérés par les Cleveland Cavaliers le soir de la deadline NBA. La franchise de l'Ohio sort grande vainqueur des événements.

En 30 minutes et trois échanges, les Cleveland Cavaliers ont réussi à faire ce que peu de franchises parviennent à réaliser en NBA : jouer sur deux tableaux en même temps. Comme le résumait parfaitement Trevor Booker, joueur des Philadelphia Sixers improvisé analyste le temps d’un tweet, la franchise de l’Ohio a « ajouté des pièces pour se reconstruire dans le futur si LeBron James part cet été tout en s’assurant dans le même temps que les joueurs récupérés puissent aider l’équipe immédiatement. » En deux mots, du génie. Le GM Koby Altman a donc parfaitement géré sa première deadline à la tête de l’équipe. Son organisation s’impose comme la grande de la soirée. Parce qu’elle a su s’armer pour une campagne de playoffs tout en (et surtout en) préparant le terrain d’une intersaison qui s’annonce déjà épique.

Additions par soustractions

Pour expliquer la possible amélioration instantanée des Cleveland Cavaliers, il faut paradoxalement se pencher d’abord sur la colonne des départs et non celle des arrivées. Montée à la hâte après la demande de transfert de Kyrie Irving, cette équipe ne tournait pas bien depuis le début de la saison. Elle courait même tout droit à la catastrophe – osons-le : la sortie prématurée en playoffs. Bien que troisièmes, les triples finalistes sont actuellement plus proches de la neuvième place à l’Est que des Boston Celtics, qui caracolent en tête. Ils restent même sur treize revers au cours des vingt derniers matches.

Trop de dysfonctionnements, trop de lacunes et peu de motifs d’espoir au sein de ce groupe largement remanié ce soir. Isaiah Thomas est le principal joueur à avoir été échangé (envoyé aux Los Angeles Lakers). Environ huit mois après avoir été acquis dans le transfert d’Irving vers Boston. A l’époque, l’ex-starlette des Celtics était – faussement – perçu par de nombreux passionnés et journalistes comme la pièce majeure récupérée par les Cavaliers. Son statut de meneur All-Star à 29 points par match expliquant cela. Mais une poignée d’insiders ont rapidement mis en avant l’atout désiré par le management à Cleveland : le fameux pick non protégé des Brooklyn Nets. Pas Thomas.

Assainir le vestiaire

Les quinze rencontres disputées par le bonhomme après des mois de convalescence ont vite fait comprendre pourquoi. IT et LeBron James n’ont jamais été connectés. A l’image du premier qui levait les bras en l’air pour demander la balle sans que le second lui adresse un regard. L’agent de Thomas a même reconnu après l’annonce du transfert que « à Cleveland, c’est James qui a la balle et ça ne pouvait pas marcher. » Effectivement, rien ne fonctionnait. Et ce bien au-delà de son duo avec le King. Plus petite version de lui-même possible, le meneur de poche était à court de rythme. Hésitant sur ses drives. Court sur ses tirs. Comme si les Cavs l’avaient forcé à revenir à la compétition plus tôt, avant qu’il ne soit réellement prêt.

Il aura donc joué 15 matches avec son ex-nouvelle tunique. Le temps d’y compiler 14,7 points et 4,5 passes à 36% aux tirs et 25% à trois-points. Ne vous fiez pas au scoring ou aux statistiques brutes (qui sont néanmoins bien en-deca de ses standards de l’an dernier). Thomas était un handicap pour son équipe. Au point où nous nous sommes demandé s’il n’était pas mieux de le faire sortir du banc. Avec 118 points encaissés sur 100 possessions et un différentiel de -8,8, il se classait en dernière position dans ses deux catégories chiffrées très importantes auprès des coaches et des GM. Il était trop faible défensivement et pas assez rayonnant en attaque pour vraiment contribuer.

Le même constat s’applique finalement à Derrick Rose, souvent blessé et catastrophique en défense, ou Dwyane Wade, trop vieux et plus assez mobile. La frustration de Thomas était de plus en plus palpable, au point où il n’hésitait plus à attaquer ses coéquipiers de manière plus ou moins frontale dans la presse. Les Cleveland Cavaliers ont fait le ménage. Les dirigeants ont sauté tous ceux qui ne voulaient pas vraiment être là : IT et ses états d’âmes, Jae Crowder pas adapté, Iman Shumpert qui se plaignait de son temps de jeu, D-Rose et ses envies de retraite, Wade et sa fin de carrière qui approche. Channing Frye était un pilier du vestiaire mais lui aussi est en bout de course.

Un effectif plus moderne

Le roster s’est soudainement rajeuni. En une soirée, la moyenne d’âge de l’équipe a chuté de 30 à 27 ans. L’arrivée imminente de Kendrick Perkins devrait la faire remonter légèrement. Le pivot expérimenté devrait débarquer pour justement reprendre le rôle qu’assumait Frye, à savoir tenir un vestiaire qui a tendance à partir dans tous les sens. Mais les Cleveland Cavaliers ont presque changé de style en obtenant coup sur coup Jordan Clarkson, Larry Nance Jr et Rodney Hood puis le vétéran George Hill. Et c’est tant mieux !

Ce lifting était plus que nécessaire. L’été dernier, ils ont aligné des noms sans vraiment monter une équipe en adéquation avec le basket pratiqué en NBA. Les « 2-way players » polyvalents sont plus précieux que jamais. Ils sont le moteur du succès des Golden State Warriors. Et s’en priver rend impossible toute victoire finale contre les Californiens et leurs quatre All-Stars. Là, Cleveland a enfin misé sur des joueurs capables d’avoir un impact des deux côtés du terrain.

Hill était démotivé à Sacramento mais il a démontré la saison dernière qu’il est encore capable de contribuer au sein d’une franchise ambitieuse. Il était la deuxième option d’un Utah Jazz qualifié pour le second tour à l’Ouest. Autant au scoring (17 points) qu’à la création (4 passes). C’est peut-être le meneur parfait à associer à LeBron James ou à tout autre ailier qui a besoin de la monopoliser la balle. Il est plus efficace dans son rôle de second playmaker. Mais il a surtout la capacité à étirer le jeu grâce à son adresse extérieure. Encore 45% de réussite à trois-points cette saison. Cette menace fantôme pèse sur les défenses et elle devrait créer des décalages pour les drives de James. Leur tandem promet.

Une alchimie à construire

La relation entre Rodney Hood et le Jazz s’était dégradé et c’est ce qui explique sans doute pourquoi la formation de Salt Lake City n’était pas prête à payer le prix pour le conserver en juillet prochain. Les dirigeants ont préféré le transférer pour ne pas le perdre sans contrepartie. Mais le joueur passé par Duke a un talent indéniable ! Il peut défendre sur plusieurs postes, courir, attaquer le cercle ou shooter de loin. Le profil de l’ailier moderne. Il réalise aussi sa meilleure saison avec près de 17 points par match.

Jordan Clarkson est l’un des meilleurs sixièmes hommes de la ligue et il va donner du tonus au banc des Cavaliers. Larry Nance Jr va lui jouer à Cleveland, comme son All-Star de papa avant lui. L’intérieur peut donner une touche athlétique à la raquette de son nouveau club. Il est long, costaud, rapide. Un pivot « small ball » qui manquait dans l’Ohio. Tout ce petit monde n’aura en revanche pas beaucoup de temps pour s’adapter à ce nouvel environnement.

Il leur reste un peu plus d’un mois pour glaner des repères et monter en puissance avant les playoffs. Seul hic, les Cleveland Cavaliers ne s’entraînent pas beaucoup pendant l’année (presque pas). Et en plus, ils sont coachés par Tyronn Lue. Le manque d’alchimie est complet. Heureusement, ils vont pouvoir profiter du break offert par le weekend spécial All-Star pour se mettre au travail. Le timing reste toutefois très juste.

Des Cleveland Cavaliers … déjà tournés vers la suite ?

L’effectif est intrigant. Plus cohérent. Mais à y regarder de près… il est quand même plus tourné vers du post-LeBron James qu’autre chose. OK, Hood, Hill, tout ça, c’est intéressant individuellement. Ça reste beaucoup trop léger pour essayer d’accrocher les Warriors. L’an dernier, les Cleveland Cavaliers comptaient trois superstars dont LeBron James. Et ils ont pris 4-1. Cette saison, ils n’en ont plus que deux dont un Kevin Love qui ressemble justement de moins en moins à une star au sein de ce système.

Le basket est un sport collectif. Mais ce sont les meilleurs joueurs qui font gagner. Les additions de joueurs de devoir, aussi bons soient-ils, valent rarement une star majeure. Les Denver Nuggets ont obtenu un paquet de bons basketteurs en échange de Carmelo Anthony. Ils n’ont pourtant jamais dépassé le premier tour des playoffs depuis alors qu’ils avaient atteint les finales de Conférence avec Melo. Et il y a des tas d’exemples du même type. Aujourd’hui, même mis ensemble, les joueurs acquis par Cleveland ne peuvent remplacer Irving.

Le Roi est mort, vive le roi

Clarkson, Hood et Nance n’ont aucune idée de ce que représente l’atmosphère tendue des matches couperets. Les vraies rencontres sous haute tension. Le niveau d’intensité en finales NBA est encore plus élevé que celui en finales de Conférence qui est lui-même plus important qu’au premier tour et ainsi de suite. Si Dan Gilbert et Koby Altman ont misé sur la jeunesse, ce n’est pas complètement un hasard. Les deux joueurs obtenus des Lakers ont 25 ans et ils sont sous contrat jusqu’en 2019 (Nance) et 2020 (Clarkson). Rodney Hood est free agent protégé cet été et les Cleveland Cavaliers pourront donc s’aligner sur toutes les offres. Hill est plus âgé mais il a quand même 19 millions garantis la saison prochaine !

Tout ça, c’est de l’argent en plus dans la masse salariale. Et donc de la marge de manœuvre en moins cet été. Cet effectif peut aller en finales, et après ? Une défaite contre les Warriors ? Sévère en plus ? Comment se renforcer sans espace sous le Cap ? Ces moves compliquent toutes signatures en juillet. Et sans renforts, LeBron James ne va pas accepter continuellement de se faire détruire par Golden State. Pas bon pour sa « legacy ». Quelque part, les décisions prise par la franchise ce soir prouvent presque que l’organisation est prête à tourner la page la plus glorieuse de son Histoire. Mais en attendant, elle a offert un dernier run héroïque à son champion.