Dream Team : comment la meilleure équipe de l’histoire a été construite

Dream Team : comment la meilleure équipe de l’histoire a été construite

Retour sur la manière dont s'est construite la plus incroyable armada à avoir foulé un terrain de basket.

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien Blondel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / G.O.D.
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Retour sur la façon dont USA Basketball (et les joueurs) ont constitué la Dream Team, la plus incroyable équipe de tous les temps, des choix évidents de Magic Johnson, Larry Bird ou encore Michael Jordan à l'éviction du paria Isiah Thomas. Cet article est paru dans REVERSE #58.

Le roster de la Dream Team est tellement parfait qu’on a tendance à penser que sa composition était évidente. Magic Johnson et Larry Bird, les deux idoles de l’Amérique, toutes deux en fin de carrière, enfin réunies sous le même maillot (si l’on excepte une série de matches amicaux obscurs dans leur prime jeunesse). Michael Jordan, LA star incontestée du sport-spectacle mondial. Huit superstars NBA qui ont marqué les années 80 et/ou 90. Et un universitaire contesté a posteriori, certes, mais qui a le mérite de fournir une punchline facile à tous ceux qu’un effectif aussi magnifique ennuie. Mais les trois premiers auraient très bien pu, pour des raisons différentes, décliner l’invitation et priver la planète du trio le plus glorieux imaginable à l’époque, et les huit autres étaient loin d’être des choix évidents et unanimes.

La fin de l’hypocrisie olympique (enfin presque)

Mais commençons par le commencement. Parce que si l’on parle autant de la Dream Team, si elle a été vécue à l’époque comme une véritable révolution, c’est grâce à un heureux concours de circonstances. Si les États-Unis n’avaient jusque-là jamais assemblé une équipe aussi forte, ça n’est pas parce qu’ils n’avaient jamais eu un tel réservoir de talents, c’est tout simplement parce que les joueurs NBA avaient toujours été exclus des compétitions internationales par la FIBA au nom du sacro-saint (et formidablement hypocrite) amateurisme des Jeux Olympiques. On ne traitera pas ici des travers de cette « institution » experte dans l’art de cacher corruption et cupidité derrière un voile de « valeurs olympiques » qui partent en fumée dès qu’on les examine d’un peu trop près. La liste est trop longue.

Mais c’est cette exigence d’amateurisme qui a obligé pendant des décennies les États-Unis à envoyer des sélections de joueurs NCAA (où l’amateurisme est aussi une belle excuse pour s’en mettre plein les poches, curieux hasard) affronter les mercenaires européens. Russes et Yougoslaves, notamment, pouvaient donc utiliser leurs meilleurs éléments, rompus aux joutes du plus haut niveau européen, tandis que le pays d’origine du basket en était « réduit » à choisir parmi ceux qui n’avaient justement pas encore pu prouver s’ils appartenaient bien à l’élite nationale. Et les JO ayant lieu tous les quatre ans, nombre de prodiges sont passés à côté, trop jeunes une année, fraîchement pros quatre ans plus tard. Comme Magic. Comme Bird. Et comme tant d’autres.

Le jour où la Dream Team est tombée

Si cette inégalité des chances n’a pas empêché les Américains de rafler l’or systématiquement (sauf en 1972 à la suite d’une fin de match grotesque et en 1980 à cause de leur boycott des Jeux de Moscou), les lents progrès des autres nations ont fini par montrer les limites d’équipes de jeunes universitaires face à des hommes au sommet de leur art. Et pour la première fois de l’histoire des Jeux, en 1988, à Séoul, les États-Unis, pourtant emmenés par David Robinson, ne réussissent pas à accéder à la finale du tournoi, sortis par les Russes en demi.

Dès l’année suivante, Boris Stankovic, le secrétaire général de la FIBA, réussit enfin à faire voter l’autorisation pour les joueurs NBA de participer aux compétitions internationales, au cours d’un vote dans lequel les États-Unis sont l’une des rares nations à voter non. Ironie de l’Histoire, c’est à Munich que se déroule cet événement capital pour la suite de notre récit, là même où, 27 ans plus tôt, la sélection US avait perdu l’or dans des circonstances si suspectes que ses membres n’ont jamais accepté leur médaille d’argent…

« C’est l’hypocrisie qui est venue me chercher », explique Stankovic à Jack McCallum dans son livre Dream Team.

« Et il y avait un côté pratique. Mon souci était de rendre le basket fort, de le faire grandir et, malgré ça, il y avait cette séparation. C’est devenu impossible à tolérer. »

Mais ouvrir les portes des Jeux aux « professionnels » ne suffisait pas. La NBA allait maintenant devoir convaincre la secte de pro-amateurs de USA Basketball (alors appelé ABAUSA) qu’inclure ses stars dans l’équipe nationale ne constituerait pas le sacrifice de toutes les belles valeurs qui animent l’exploitation d’athlètes noirs non-payés par des riches blancs profitant grassement du système l’univers amateur américain.

Principalement contrôlé par des gens issus du milieu NCAA, USA Basketball voyait à juste titre dans ce changement de règles la fin (ou presque) de la participation des universitaires aux grandes compétitions seniors, et donc celle probable de son contrôle sur le processus de sélection. C’est Dave Gavitt, président de l’institution « amatrice », créateur de la fameuse Big East et l’un des personnages les plus respectés du basket universitaire, qui réussit à consolider le compromis qui laisse aux pontes de USA Basketball le contrôle de l’organisation et ouvre à la NBA de nouvelles possibilités en matière de marketing.

MJ + MJ = 10 stars pour la Dream Team

C’est d’ailleurs lui, devenu en 1990 vice-président des Celtics, qui est l’année suivante en charge de convaincre les stars de participer.

«Dave était malin », raconte Larry Bird dans sa deuxième autobiographie, Bird Watching.

« Il s’est d’abord attaqué à Magic, parce qu’à ce moment-là il était ‘‘à la retraite’’ parce qu’il était séropositif, mais jouer le démangeait toujours. Magic a dit oui immédiatement. Ensuite, Dave est venu me voir et m’a dit qu’il allait jouer et qu’ils me voulaient dans l’équipe. Ma première réaction a été de dire ‘‘Pas moyen !’’. Je lui ai dit ‘‘Écoute, je suis trop vieux pour ça. Ça devrait être une chance pour des gars plus jeunes’’. (…) Je voulais être sûr qu’ils me voulaient parce qu’ils pensaient que j’étais toujours assez bon, pas pour une espèce de rôle honoraire. »

Pour Magic, mis en retraite forcée et qui n’a jamais eu la chance de participer aux Jeux, la question ne se pose même pas. Il en sera.

« Jordan a l’impression que d’avoir autant de stars NBA, c’est un peu comme vouloir régler un conflit mineur avec des ogives nucléaires. » David Falk

Jordan, par contre, est plus difficile à convaincre, d’autant qu’il a déjà eu la chance de remporter l’or olympique à Los Angeles en 1984.

« Michael craint que l’on ne soit en train de réagir de façon disproportionnée au fait que le reste du monde nous aurait rattrapés au basket », explique alors son agent David Falk dans des propos relayés par Cameron Stauth dans son livre The Golden Boys.

« Il a l’impression que d’avoir autant de stars NBA, c’est un peu comme vouloir régler un conflit mineur avec des ogives nucléaires. »

L’adhésion de Jordan au projet est importante pour le comité de sélection, puisqu’elle l’assurerait virtuellement de l’accord de toutes les autres stars qu’il souhaiterait ajouter à l’effectif.

Qui pourrait réellement refuser de jouer avec Magic, Michael et Larry  dans une Dream Team pour le festival que promet d’être cette première compétition internationale ? Le choix de Rod Thorn pour tenter de convaincre Jordan est loin d’être anodin, puisque c’est lui, lorsqu’il était GM des Bulls, qui l’a drafté en 1984. Officiellement, les excuses pleuvent pour expliquer pourquoi le meilleur joueur de la ligue n’a pas encore donné sa réponse. Officieusement, Thorn en connaît la raison, que Jordan lui a exprimée de la façon la plus claire possible : il ne jouera qu’à condition qu’Isiah Thomas soit banni de l’équipe.

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