CQFR : La nuit la plus folle de l’année

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Kevin Durant, Kyrie Irving et la plupart des autres gros free agents ont déjà changé de crémerie. Retour sur une première nuit de free agency démente.

- Le premier enseignement est hors-terrain. Woj est plus que jamais le patron. Depuis que la rivalité entre Adrian Wojnarowski et Shams Charania s'est installée, ce dernier a réussi à tirer son épingle du jeu à plusieurs reprises. Malheureusement pour lui, dans les moments-clés, Woj est toujours un p***** de clutch player. Le type sait avant les joueurs eux-mêmes où ils vont atterrir. Woj sait même ce que vous mangerez demain au petit-déjeuner. Pour les lycéens, il sait même déjà si vous avez eu votre bac ou pas. La plupart de la quarantaine de moves qui ont été enclenchés cette nuit ont été sortis par le pape du scoop. Injouable, que ce soit en période de free agency ou en période de Draft.

- On savait que les Warriors n'arriveraient pas forcément à garder leur équipe intacte au moment du déménagement à San Francisco, mais il y avait quand même encore de l'espoir chez Bob Myers. Le General Manager a été confronté à la dure réalité. Kevin Durant est parti découvrir le marché new-yorkais à Brooklyn - la news a même fuité avant l'ouverture du marché - et Myers a ravalé ses sanglots pour montrer qu'il avait encore quelques tours dans son sac. Et des culottés... Il a tout simplement sacrifié Andre Iguodala, l'un des hommes-clés de la formation de cette équipe mythique, tradé à Memphis avec des futurs picks. Dans quel but ? Faire de la place pour le contrat à 117 millions de dollars sur 4 ans de D'Angelo Russell, arrivé via un sign-and-trade avec ces mêmes Nets.

- En attendant le retour de blessure de Klay Thompson, les Warriors vont donc jouer avec un backcourt Stephen Curry-D'Angelo Russell archi-excitant en phase offensive, mais complètement flippant dans le sens premier du terme lorsqu'il faudra défendre... L'ADN de jeu de D-Lo n'est pas forcément calquée sur celle de Golden State et on est curieux de voir si sa maturité aperçue à Brooklyn l'an dernier va aussi se traduire dans son adaptation dans la Bay Area.

- Dans l'opération, les Warriors ont récupéré Shabazz Napier. Ça peut paraître insignifiant, mais vu l'incapacité de l'équipe à trouver des solutions offensives en sortie de banc lors des dernières Finales, c'est toujours ça de pris dans cette free agency.

Brooklyn frappe fort, les Knicks amers

- L'apocalypse avait démarré dès 23h, avec l'arrivée du tandem Kyrie Irving-Kevin Durant. Les indices étaient là. n n'a fait mine de ne pas les voir. Les deux sont sous contrat avec Roc Nation, l'agence de Jay-Z, dont l'ombre plane toujours au-dessus des Nets. Kyrie était fan des New Jersey Nets et "KD" crevait d'envie d'exploiter le marché new-yorkais grâce à son business partner Rich Kleiman, mais ne voulait pas bosser pour le propriétaire le plus antipathique de la ligue. Brooklyn a bien bossé et en récupère les fruits. Il y aura une saison intermédiaire sans Durant, mais la patience est le fort de ce front office. Sean Marks aura peut-être droit à une statue dans quelques années, lui qui a récupéré une situation critique et humiliante pour transformer "BK" en "place to be".

- Les Nets ne se sont pas contentés de dévoiler leur paire d'as. Ils ont aussi poursuivi la construction du roster autour d'eux. DeAndre Jordan (qui était peut-être une condition de son ami Kevin Durant) a signé pour 40 millions sur 4 ans. On n'imagine pas Jordan sortir du banc même s'il a franchement régressé ces dernières années. Du coup, Jarrett Allen, très prometteur, officiera sans doute comme back-up dans un premier temps. "DJ" a été suivi par Garrett Temple, un coéquipier très estimé dans la ligue et capable d'apporter une dimension "3 and D" à l'équipe.

- On a eu envie de s'enflammer pour les Knicks et d'y croire, en souvenir du bon vieux temps et du fait qu'on aime tous la ville de New York. C'était oublier que les joueurs ne veulent plus défendre les couleurs de n'importe qui. James Dolan n'est pas n'importe qui, mais ça ne joue pas en sa faveur. Outre son incapacité à trouver des gens compétents pour faire tourner la boutique, Dolan a des amis embarrassants (Harvey Weinstein, Donald Trump...), un comportement de fieffé connard avec les fans, les anciennes gloires, mais aussi quelques uns de ses subordonnés. Du coup, on ne peut pas s'étonner que les Knicks aient fait chou blanc, même si ce bon vieux Jim avait annoncé des recrues clinquantes il y a quelques mois.

- Les recrues clinquantes, donc, se nomment Julius Randle, Bobby Portis et Reggie Bullock. Individuellement, on aime bien ces joueurs. Surtout Randle, qui a signé pour 63 millions sur 3 ans. Mais ça ne consolera pas les fans des Knicks de voir débarquer des seconds couteaux après avoir rêvé de All-Stars. Dolan avait promis une Ferrari. Les fans doivent se contenter d'une Saxo Bic. Seule une improbable arrivée de Kawhi Leonard changerait la donne pour eux dans cette free agency.

- Et Kawhi au fait ? Le MVP des Finales 2019 a sans doute tranquillement regardé la ligue exploser depuis son canapé. "Tonton Dennis" et son neveu vont tranquillement jauger les options restantes et décider de l'équipe à renforcer pour bousculer encore l'échiquier de la NBA.

Philly voit grand, les Clippers gardent leur âme

- Les Sixers étaient déjà des fétichistes du tall ball. Ils en ont remis une couche avec le trade (pas encore validé) de Jimmy Butler vers Miami, pour récupérer Josh Richardson et, surtout, Al Horford. Tobias Harris a prolongé. On aura donc droit, sous réserve de validation, à un cinq Simmons-Richardson-Harris- Horford-Embiid. Sur le papier, ça a de la gueule et de la taille. Mais dans les faits, on a un tout petit peu peur pour leur spacing.

- Butler, lui, avait visiblement très envie de découvrir South Beach et le soleil après avoir vécu à Chicago, Minneapolis et Philadelphie. On te comprend, Jimmy. Sur le plan sportif, c'est un peu plus étonnant et on pensait le voir rester aux Sixers ou chercher un autre contender pendant cette free agency.

- Milwaukee a perdu Malcolm Brogdon, qui pouvait difficilement refuser l'argent des Pacers. 85 millions de dollars sur 4 ans, c'est quand même sacrément propre pour un joueur drafté en 36e position et sur lequel peu fondaient de vrais espoirs. Indiana paye cher, mais récupère un élément super intéressant à adjoindre à Victor Oladipo. Bonne pioche aussi avec Jeremy Lamb, qui quitte Charlotte pour la terre des Hoosiers pour faire le 6e homme.

-  A côté de ça, les Bucks ont réussi à conserver Khris Middleton. C'était leur priorité et surtout celle de Giannis Antetokounmpo, qui tenait énormément à son lieutenant All-Star. Lorsqu'il naviguait un peu en G-League, jamais on aurait cru que Middleton signerait un jour un contrat à 178 millions de dollars. C'est ce qui est beau dans ce business. George Hill, un temps annoncé partant, reste également.

- Les frères Lopez - les basketteurs, pas les gitans du Puy-de-Dôme - vont jouer ensemble pour la première fois depuis l'époque Stanford. Robin a rejoint Milwaukee, où Brook a prolongé pour 52 millions sur 4 ans. Le Wisconsin est-il prêt pour le show post free-agency ?

- Les Clippers n'ont pas réussi à convaincre Kevin Durant, mais ils ont conservé leur âme. Patrick Beverley a prolongé pour 40 millions de dollars sur 3 ans et assure aux Californiens de casser des bouches à quiconque les prendra à la légère une nouvelle fois. Beverley est aussi un argument de vente pour Kawhi Leonard, qui cherche probablement plus un effectif déjà solide qu'un terrain en jachère.

- Donc les Hornets n'avaient pas assez d'argent pour faire une offre décente à leur franchise player Kemba Walker, officiellement membre des Celtics, mais suffisamment pour donner 58 millions de dollars à Terry Rozier durant la free agency ? OK...

- Les Kings étaient conscients que l'argent qu'ils avaient à dépenser ne leur serait d'aucune utilité avec les stars. Vlade Divac a donc fait chauffer les billets, mais pour Harrison Barnes (85 millions sur 4 ans), Dewayne Dedmon (41 millions sur 3 ans) et Trevor Ariza (25 millions sur 2 ans), qui continue de prouver qu'il se fout pas mal de gagner une autre bague et préfère remplir allègrement son compte en banque.

David Griffin continue son énorme run

- David Griffin continue d'être le MVP de ces derniers mois. Après avoir saigné les Lakers dans le trade d'Anthony Davis et gagné au loto avec Zion Williamson, le voilà qui pose des signatures intelligentes. Avec JJ Redick, Derrick Favors et l'Italien Nicolo Mellin, NOLA a renforcé un roster qui pourrait bien faire plus de dégâts qu'on ne le pensait...  Lonzo Ball, Jrue Holiday, JJ Redick, Brandon Ingram, Zion Williamson, Derrick Favors, ça ressemble plus au noyau d'un 7e ou 8e à l'Ouest que d'une équipe des bas fonds.

- Comme d'habitude, Utah fait du bon travail dans l'ombre. Le Jazz, qui avait déjà signé Mike Conley, a ajouté Bojan Bogdanovic et son shoot pour 73 millions sur 4 ans, et Ed Davis pour 10 millions sur 2 ans comme back up de Rudy Gobert. Si Utah finit sur le podium à l'Ouest, ça ne surprendra plus personne.

- Orlando a non seulement conservé deux de ses atouts majeurs de l'an dernier, le franchise player Nikola Vucevic et le 6e homme Terrence Ross, mais s'est offert un role player intéressant en la personne d'Al-Farouq Aminu. Ca ne fait pas du Magic un prétendant à la couronne de l'Est, mais il n'y aura a priori pas de dégringolade moche dans les mois qui viennent.

- Gregg Popovich n'a pas trouvé grand chose sur le marché de la free agency pour se consoler du sacre de Kawhi Leonard et des Raptors. Rudy Gay a prolongé et DeMarre Carroll est arrivé pour jouer les utilités. Pas de quoi déboucher une belle bouteille de rouge.

- Daryl Morey a raté Jimmy Butler, sans doute sa seule vraie cible. Du coup, le GM des Rockets est parti pioncer. Et a laissé Gerald Green et Danuel House décider eux-mêmes de rester un an de plus à Houston...

- Les fans des Bulls et de D-Rose ont donc vu l'ancien MVP rejoindre l'ennemi Detroit. On sait que la rivalité Detroit-Chicago ne veut pas dire grand chose pour les nouvelles générations, mais c'est quand même toujours curieux quand un Bull emblématique va dans le Michigan. L'arrivée de Thaddeus Young pour 3 ans et 41 millions ne va pas franchement les consoler.