Les Warriors « cheatés » ? Non, juste très bien construits

Les Warriors « cheatés » ? Non, juste très bien construits

La mise en place de l'effectif des Golden State Warriors est un modèle du genre. Ils n'ont pas seulement signé Kevin Durant, ils ont abattu un boulot monstre depuis des années.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié
Si vous prêtez attention aux commentaires sur les forums, les sites spécialisés de basket ou sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute lu un peu partout que, au choix, « Kevin Durant est un lâche », « le titre des Golden State Warriors ne vaut rien », « les Warriors ont tué la NBA » ou « c’est trop n’importe quoi (le mot « cheaté » étant fréquemment employé) cette équipe ». Alors, chacun son opinion. Mais il y a bien un point sur lequel une partie de la planète basket va un peu trop vite en jugement : les Warriors. Ils ont une armada incroyable, c’est indéniable. L’arrivée de KD les a renforcés comme jamais. Mais cette équipe n’est pas le fruit d’un rassemblement soudain de trois superstars ou de transferts forcés comme dans NBA 2K. Ce groupe, il s’est construit grâce au talent, à la chance et aux burnes d’un front office qui se dit lui-même « à des années lumières d’avance. »

Stephen Curry déniché en 2009

Tout a commencé en 2009. Lors de la draft 2009, plus précisément. Il faut savoir qu’à cette époque, les Golden State Warriors n’étaient clairement pas réputés pour leur capacité à trouver les talents de demain. Jugez plutôt : Andris Biedrins en 2004 (onzième choix), Ike Diogu en 2005 (neuvième choix), Patrick O’Bryant en 2006 (neuvième choix) ou encore Anthony Randolph en 2008 (quatorzième choix). A part ce dernier qui brille en Europe, les autres ont tous disparu de la surface. Mais en 2009, les dirigeants ont su avoir du flair. Ou juste de la chance. Ou peut-être ont-ils profité des erreurs des autres. Voire un peu des trois. Il y a avait un paquet de bons meneurs disponibles cette année-là. Ils ont récupéré le meilleur de tous. Titulaires du septième choix, ils ont donc drafté Stephen Curry. Le garçon avait détruit les défenses NCAA tout au long de la saison mais son âge (21 ans) et son cursus de trois ans au sein d’une petite faculté (Davidson) ont joué en sa défaveur. La palme revient d’ailleurs aux Minnesota Timberwolves du tristement légendaire David Kahn. Les loups ont choisi deux meneurs avec les choix cinq et six, Ricky Rubio et Jonny Flynn, le tout sans prendre Curry. Il est aujourd’hui le visage de la franchise et l’une des superstars les plus populaires de la NBA. Et lui, les Dubs n’ont pas eu besoin de le signer.

Les drafts 2011 et 2012, des tournants pour les Golden State Warriors

En 2011, Bob Myers était embauché par l’organisation en tant qu’assistant GM. Il a donc contribué aux travaux de recherche qui ont poussé les dirigeants à drafter Klay Thompson en onzième position en juin suivant. C’est là que tout s’est accéléré. Ils ont certes manqué Kawhi Leonard (quinzième pick) mais ils ont su miser sur un joueur resté lui aussi trois ans à l’université à une époque où la majorité des équipes misent sur des freshmen.
Les Cavaliers possédaient les deux choix précédents celui de Draymond Green en 2012
Un an plus tard, les Warriors ont peaufiné leur effectif en ajoutant deux jeunes joueurs qui auront plus tard un rôle majeur lors du sacre en 2015. D’abord Harrison Barnes, drafté en septième position après des joueurs comme Michael Kidd-Gilchrist, Dion Waiters ou Thomas Robinson. Ensuite un superbe « steal » avec Draymond Green, 35ème choix. Pour l’anecdote, les Cleveland Cavaliers possédaient les deux choix précédents. Ils ont opté pour Bernard James et Jae Crowder plutôt que Green. L’intérieur leur serait bien utile aujourd’hui… de même que Crowder, typiquement un « 2 way player » qui manque à la rotation des champions en titre.

Des décisions courageuses... et vivement critiquées !

Mais cette superbe équipe, victorieuse de 73 matches lors de la saison régulière 2015-2016, ne s’est pas seulement construire via la draft. Les Golden State Warriors ont osé faire des paris, considérés comme risqués à l’époque. Les contextes s’oublient… prenons donc le temps de resituer. En mars 2012, Oakland s’est débarrassé de l’une des coqueluches de son public. Monta Ellis a été envoyé aux Milwaukee Bucks, en compagnie de Kwame Brown et Ekpe Udoh et en l’échange du seul Andrew Bogut. Le transfert a été vivement critiqué à ce moment-là. D’abord parce qu’avec ses statistiques, Ellis était considéré comme une star par des fans qui ne faisaient pas attention à son impact négatif sur le succès de son équipe. Il était même préféré à Curry… Alors que c’est justement dans le but de libérer le jeune joueur prometteur que les dirigeants ont sacrifié Ellis. De plus, Bogut était souvent en proie aux blessures. Comme tout au long de sa carrière. Et pourtant, moins de trois ans plus tard, il était lui aussi un joueur clé de l’équipe sacrée championne. D’ailleurs, sa blessure, une de plus, a aussi joué un rôle dans le comeback héroïque des Cavaliers l’an dernier. Et ça aussi, c’est trop vite oublié.

Steve Kerr, un coach inexpérimenté mais brillant

Ce n’est pas la seule décision difficile et contestée prise par le management. En 2014, alors qu’il venait de mener les Golden State Warriors en playoffs deux années de suite et malgré un bilan positif (121 victoires et 109 défaites), le coach Mark Jackson est viré par la franchise. Un licenciement dont les fans se sont plaints pendant des semaines. Notamment en France, où une partie des passionnés ne comprenaient pas comment un entraîneur dont l’équipe a terminé la saison avec 51 victoires pouvait se faire évincer. Mais les dirigeants sont allés au-delà du simple basket justement. C’est ce qui fait leur force. De même que c’est ce qui fait la force des San Antonio Spurs.
Le licenciement de Mark Jackson avait choqué une partie des fans à l'époque
Les Warriors ne voient pas que les joueurs ou les coaches. Ils regardent aussi les hommes. Les personnalités. Et Jackson, dont les méthodes un peu étranges, voire déplacées, ne collait pas au profil. Il a été remplacé par Steve Kerr, un homme inexpérimenté. Nouvelles plaintes. Un an plus tard, le rookie menait Golden State au Graal en osant lancer Draymond Green dans le cinq majeur. Un changement tactique qui a donné un nouvel élan à une révolution en NBA.

Les bons paris auxquels personne ne croyaient

Autour de ce noyau dur mis en place grâce à des paris et des bonnes intuitions, les Warriors ont aussi réussi à se renforcer en embauchant les bons joueurs de complément. En juillet 2013, alors que la moitié de la ligue attend la décision de Dwight Howard en espérant recruter le pivot All-Star, les Californiens mettent en place un deal à trois avec les Denver Nuggets et le Utah Jazz. Ils s’offrent ainsi Andre Iguodala, signé pour 48 millions sur quatre ans. A l’époque, ils hésitaient à s’offrir Howard, qui était visiblement intéressé. Ils ont finalement mis l’argent là où il fallait. En 2014, les Golden State Warriors ont eu une autre occasion de recruter un intérieur All-Star. Les Minnesota Timberwolves étaient prêts à offrir Kevin Love en l’échange de Klay Thompson. Ce dernier n’était même pas encore All-Star. Il tournait à 18 points par match. Les stats de Love ? 26 points, 12 rebonds et 4 passes. Les dirigeants se sont fait incendier pour ne pas avoir accepté le transfert. Le même été, ils signaient Shaun Livingston pour seulement 16 millions sur trois ans.

La hausse du Cap voulue... en partie par LeBron James et compagnie

Alors nous pouvons tous nous plaindre du manque d’équilibre de la NBA après la décision de Kevin Durant. Mais si les Warriors se sont mis en position de le recruter il y a un an, c’est aussi grâce à tous les choix osés qu’ils ont effectué en amont. Pas seulement en raison d’une soudaine hausse du Salary Cap.
Chris Paul, LeBron James et les vétérans ont milité pour cette hausse soudaine du Cap
En parlant du Cap, vous savez qui a fortement milité pour l’obtenir ? Les joueurs et leur syndicat. Une union dont Chris Paul, ami proche de LeBron James, est le président. Le King a d’ailleurs souvent son mot à dire dans les négociations. Ces trentenaires superstars voulaient cette forte augmentation du Cap pour signer des contrats mirobolants. C’est logique. C’est un métier. Une carrière. Bien sûr que l’argent compte. Mais la ligue avait souhaité un adoucissement de la hausse du Cap sur plusieurs saisons. Le syndicat en a voulu autrement. Et derrière, les Warriors se retrouvaient en mesure de signer Kevin Durant. Vous pouvez trouver cette équipe « cheatée » nous rétorquerons quelle était d’abord construite très intelligemment.
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