Kawhi Leonard, veni, vidi, vici

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Débarqué aux Toronto Raptors l'été dernier, Kawhi Leonard a révolutionné la franchise en neuf mois pour la mener sur le toit du monde.

Veni, vidi, vici. Kawhi Leonard est venu, il a vu et il a vaincu. Un retour incroyable sur le devant de la scène pour une superstar NBA qui a longtemps été considéré comme un « system player », dixit Kevin Durant, alors qu’il avait pourtant déjà les caractéristiques de l’un des meilleurs basketteurs du monde. Une superstar dont le mutisme a d’abord séduit – son fameux côté « je ne parle pas, je joue » – avant d’agacer quand il a pris de la distance avec les San Antonio Spurs. La franchise texane est une référence dans le monde du sport. Aller au clash avec ses dirigeants est donc la certitude de se faire une mauvaise publicité. Et comme il le dit rien, Leonard n’a jamais donné réellement sa version des faits.

Hormis les parties concernées, personne n’a d'ailleurs su ce qui s’était vraiment passé entre l’organisation et le joueur. Mais c’est quand même Kawhi qui est devenu le vilain petit canard aux yeux d’un grand public bercé, et c’est logique, par le rythme fou d’internet. Alors il a été vivement critiqué. Pour sa saison blanche, l’an dernier (9 matches joués), pour sa demande de transfert.

« Beaucoup de gens ont douté de moi. Certains pensaient que je simulais ma blessure ou que je n'avais pas envie de jouer pour mon équipe. C'était une immense déception pour moi, car j'aime tellement le basket. En traversant tout ça, j'ai dû croire en moi. Je sais la personne que je suis, je sais ce que je ressens. J'avais un objectif et je me suis concentré là-dessus. Je joue au basket pour ça, j'ai bossé dur pour ça. Je suis heureux d'être récompensé de tout ça », notait l’intéressé devant les journalistes en conférence de presse après le titre hier soir.

La roue a tourné. Et de quelle manière. Le voilà désormais sur le toit du monde : champion NBA pour la deuxième fois de sa carrière. MVP des finales, là aussi pour la deuxième fois de sa carrière. Le premier à le faire dans les deux Conférences. Il est aujourd’hui le meilleur joueur de la planète – parce que le niveau de jeu exact de Kevin Durant à son retour, dans plusieurs mois, est évidemment encore incertain.

Il est venu dans l’Ontario, il a vu le passé maigrichon de l’organisation et l’amour costaud des supporters canadiens pour leur équipe. Et il leur a offert la plus belle campagne de l’Histoire de la franchise. Vince Carter et DeMar DeRozan ne seront pas oubliés. Mais Kawhi Leonard a balayé leurs accomplissements en neuf mois. Le temps de faire plein de petits fans en herbe des Raptors avec ses exploits. Son run était magistral. 15 pointes à 30 unités ou plus en 22 matches. 30 points de moyenne. 49% aux tirs. 37% à trois-points. 9 rebonds. 4 passes. Légendaire. D'ailleurs seuls Michael Jordan, Hakeem Olajuwon, LeBron James et Allen Iverson ont mis plus de points que lui sur une campagne de playoffs (720).

Kawhi Leonard en route pour un nouveau défi ?

Il est venu, il a vu et… il s’en est allé ? Ce titre ne doit pas faire oublier que Leonard sera libre de signer où bon lui semble dans quelques semaines. Au moment de partir de San Antonio, son désir semblait on ne peut plus clair : jouer à Los Angeles, la ville où il a grandi. Mais tellement de choses ont changé depuis. LeBron James a signé aux Lakers. Et il a évidemment mené les Raptors au sommet. Son état d’esprit est-il toujours le même ? Lui seul le sait.

La logique voudrait donc qu’il reste dans l’Ontario. Pour défendre le titre au sein d’une franchise bien gérée, dont la masse salariale n’est pas encore bouchée et avec un Pascal Siakam en plein développement pour l’aider à gagner d’autres bagues dans les années à venir. Mais Kawhi Leonard est un briseur de dynastie. Pas un homme qui les lance. Il a poussé les Warriors à la fin de cycle, lui qui avait démantelé le Heat de James, Dwyane Wade et Chris Bosh. Quelque part, il a aussi mis fin à la domination de San Antonio, devenue une équipe logiquement moins percutante sans lui.

Avec ce titre, il a peut-être gagné son bon de sortie. Il sera idolâtré quoi qu’il arrive à Toronto. Il a révolutionné cette franchise en lui apportant son « instinct du tueur ». Ce serait beau qu’il reste, histoire, pour une fois, d’y construire sa propre lignée au royaume du Nord.