Le choix de LeBron James, le tir de Green : Ce que l’on doit retenir de cette dernière action cruciale

Le choix de LeBron James, le tir de Green : Ce que l’on doit retenir de cette dernière action cruciale

LeBron James a fait la passe à Danny Green et les Los Angeles Lakers ont perdu le Game 5. C'était certainement le bon choix. Mais était-ce le meilleur choix ?

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Analyse

La pression est retombée. Les réseaux sociaux enfin calmés après des heures de débats houleux à la suite du Game 5 des finales NBA. Le plus beau match de la série jusqu’à présent, sans aucun doute, avec du suspense, de l’engagement, de l’intensité, des émotions, du suspense, un duel d’anthologie entre LeBron James et Jimmy Butler pour une victoire sur le fil, à l’arrachée, du Miami Heat. Mais de cette superbe partie, la communauté basket retient principalement les seize dernières secondes. Celles qui pouvaient tout faire basculer. Seize secondes et une dernière possession pour les Los Angeles Lakers, menés d’un petit point.

De héros à zéro : Danny Green avait le shoot du titre dans les mains

La suite, maintenant, tout le monde la connait. Le King est parti au cercle, attirant la moitié de la défense sur lui, avant de ressortir la balle sur un Danny Green aussi ouvert que… laissez tomber la comparaison, sur un Danny Green grand ouvert. Avec la balle du match, que dis-je, la balle du titre, entre les mains. Manqué. Trop court.

Le tir crucial raté par Danny Green

Dans la foulée, des discussions plus ou moins houleuses mais toutes très enflammées entre ceux qui estimaient que James a fait le bon choix et ceux, un peu moins nombreux, qui pensaient qu’il devait tirer. Avec donc des arguments des deux côtés. Au premier regard, la décision du triple champion NBA paraît évidente. La première lecture est simple : deux voire même trois défenseurs sont sur lui. Il y a donc forcément un coéquipier démarqué quelque part. C’est Green, face au cercle, derrière l’arc. Parfait. Une passe pour un tireur complètement libre. Un principe collectif : il est seul, je ne le suis pas.

« J’ai toujours joué de cette manière », prévient James, qui se justifie : « J’ai réussi à attirer deux défenseurs sous la ligne des lancers-francs pour trouver l’un de nos tireurs grand ouvert. Nous avons cru en lui, j’ai cru en lui et ce n’est juste pas rentré. On vit avec. »

Une philosophie qu’il applique finalement quel que soit le contexte : finales NBA ou match de saison régulière, premier ou quatrième quart temps. Encore une fois, c’est une logique. Il est seul, je ne le suis pas. Je fais la passe. Surtout avec autant d’espace pour celui à la réception.

Ce choix, d’autres l’ont fait avant LeBron James. Celui de déléguer, même dans les plus grands moments, parce que la logique le voulait. Michael Jordan pour Steve Kerr en 1997. Kobe Bryant pour Metta World Peace en 2010. Et oui, même le « Black Mamba ». Même les plus grands « assassins » de l’Histoire de ce sport, même les plus grands ego, ont su un jour laisser le tir crucial, celui pour la gagne, à un coéquipier moins talentueux. Parce que la situation l’exigeait. Le King a fait le bon choix.

Un tir en course de LeBron James, une mauvaise idée ?

Mais ce n’est pas parce qu’il a fait le bon choix que la question ne se pose pas. Ce n’est pas parce qu’il a fait le bon choix qu’il n’aurait pas pu faire autrement. En regardant Green, en se concentrant sur Green, on reste branchés sur l’espace dont il disposait pour prendre son tir. Mais l’arrêt sur image peut se faire quelques instants plus tôt. Une poignée de dixièmes de secondes avant, quand James est au cercle.

LeBron James

En bloquant sous cet angle, l’analyse est différente. Ou peut être différente. Parce que là, qu’est-ce que l’on retrouve ? Un joueur de 2,06 mètres, costaud comme un bœuf, l’un des basketteurs les plus doués de tous les temps, avec deux défenseurs plus petits, plus frêles, essentiellement dans son dos, un Bam Adebayo certes prêt à venir en aide mais un peu en retard. Il est à trois mètres du panier, excentré sur la droite. Il y a la place pour tirer. Peut-être que ce n’est pas un bon choix. Mais il y a la place.

Aucune action ne peut être décortiquée avec véracité sans prendre en compte le contexte. Là, le contexte, c’est donc une balle de titre. Un moment important de la «fameuse « legacy » de LeBron James. S’il y a bien un joueur qui doit prendre le dernier tir aux Lakers – oublions l’action, pensons juste à cette notion de dernier tir – c’est lui. Ce serait la conclusion d’un superbe duel avec Jimmy Butler, quand les deux superstars ont échangé les paniers pendant plus de trois minutes avant. Et ça aussi, ça a son importance. Pourquoi ? Parce que ça faisait justement trois minutes que PERSONNE d’autre ne touchait le ballon.

LBJ, et éventuellement KCP, était le seul en rythme à ce moment du match. Les autres couraient, défendaient, posaient des écrans, mais aucun d’entre eux n’a vraiment eu l’occasion de caresser le cuire, de le sentir, de poser deux ou trois dribbles pour se mettre en route. Si vous avez déjà joué au basket, vous savez que c’est important. C’est une notion qui revient souvent dans la bouche des coaches ou des joueurs. C’est ainsi l’un des objectifs de la circulation du ballon : créer des décalages dans la défense, évidemment, mais aussi permettre à chacun de se mettre dedans. Encore une fois, c’est un sport collectif.

Tirer comme ça, à blanc, sans avoir touché la balle depuis cinq minutes, sans avoir pris sa chance depuis cinq minutes, reste compliqué. Même pour un pro. Même pour Danny Green. Ça ne veut pas dire que lui passer la gonfle était un mauvais choix. Encore une fois, c’est un bon choix. C’est le bon choix à faire. Mais James était le seul vraiment en rythme à ce moment du match. Même si ça reste effectivement un tir difficile à prendre, décalé sur le côté. Ça demande une maîtrise Kyrie Irving-esque de la planche.

Les Los Angeles Lakers et LeBron James pouvaient-ils faire mieux ?

Ça amène à une autre question : pourquoi Danny Green ? Pourquoi donner autant de responsabilités à un homme qui n’a pas eu à prendre un tir depuis un long moment ? Le vétéran en a mis, des gros tirs, au cours de sa carrière. Mais peut-être qu’un Kentavious Caldwell-Pope – qui venait de balancer un airball quand même – était plus en position de le rentrer. Ou même Anthony Davis.

Frank Vogel n’a pas vraiment mis un système en place. Il a donné la balle dans les mains de LeBron James, avec une feinte d’écran de Green pour laisser place à la pénétration. Même en gardant ce schéma, un autre joueur pouvait donc poser l’écran. Les Lakers possèdent deux des trois meilleurs joueurs du monde, peut-être fallait-il les faire combiner sur cette ultime possession. Un pick-and-roll monstrueux avec LBJ et AD. Davis est d’ailleurs tout à fait à même de planter de loin, peut-être plus que n’importe quel autre joueur de l’effectif. 50% de réussite à trois depuis le début des finales.

Ou alors, un autre système, un qui permet vraiment au natif d’Akron de prendre le dernier tir. C’est évidemment facile à dire après coup. Mais ce sont juste des pistes de réflexion. Des hypothèses pour alimenter le débat.

Le bien, l'ennemi du mieux ?

James a fait le bon choix. Mais le bon choix est-il toujours le meilleur choix ? C’est presque une question philosophique (vous pourrez en parler au bac de Philo pour ceux que ça concerne). Quand Damian Lillard prend un tir pour la gagne à dix mètres, pour conclure une série, c’est un mauvais choix. D’ailleurs, Paul George s’est fait allumer parce qu’il a qualifié cette tentative de « mauvais tir ». Là aussi, il y a débat, mais ce qui est sûr, c’est que la logique basket, celle du collectif, la même logique qui pousse LeBron à faire cette passe pour Green, ne s’applique pas à Dame.

Il prend un tir très loin du cercle, même s’il n’y a pas de vrai pression défensive, en sortie de dribble, sans passe, sans vrai mouvement d’équipe. Juste lui, la balle, et le cercle. Ça peut être perçu comme un mauvais choix. Mais il était le meilleur joueur sur le terrain. Et il l’a mis. Cette fois-là, le meilleur choix était finalement un mauvais choix. D’ailleurs, ce n’est évidemment pas un hasard si le meneur des Portland Trail Blazers a réagi à l’action du Game 5 en assurant que lui, à la place de Bron, aurait tiré sur la tête des deux défenseurs.

Alors, c’est quoi, le meilleur choix ? Et bien c’est très flou. On se rend compte que finalement, le meilleur choix, c’est celui où la balle finit par rentrer dans le panier. Comme Lillard met son tir, c’est le meilleur choix. Si Green la rentre, il n’y a pas de débat. Si James la joue solo et marque, pas de débat non plus. S’il rate, certains auraient mis en avant le fait qu’il n’aurait pas dû forcer, que DG était seul. La logique du résultat est encore plus forte que celle du collectif dans nos têtes : s’il y a panier, OK, c’était le meilleur choix. C’est souvent comme ça que ça se termine en tout cas. Tout est une question de perception, de prisme, de vision, mais aussi de personnalité.

Dis-moi ce que tu penses, je te dirai qui tu es

LeBron James l’a dit : il a « toujours joué comme ça. » C’est lui. C’est sa nature. Et c’est ça qui est beau, aussi. Il est resté lui-même sur cette action. C’est peut-être plus important que de savoir si c’est un bon, un mauvais ou le meilleur choix. Sa personnalité s’est exprimée. Il y a trois ans, il avait déjà fait la même chose. Il s’était retrouvé avec une potentielle balle de match. Il avait ressorti la balle sur Kyle Korver, libre. Qui avait raté dans le corner à trois-points. Kevin Durant, un autre personnage, un autre profil et une autre mentalité, avait pris seul son tir extérieur en tête de raquette. Pas forcément le « bon choix ». Mais il avait planté le game-winner et les Warriors l’avaient emporté.

Si j’avais été à la place de James, j’aurais fait la passe. Je me connais. Vous pouvez me mettre meilleur joueur (ce n’est pas le cas dans mon équipe actuelle) d’une départementale huitième division avec des anciens rugbymen ou handballeurs en surpoids qui balancent briques sur briques que j’aurais quand même fait la passe. Enfin, je pense. Parce que j’aurais appliqué la même logique : je suis pris par trois défenseurs, OK je suis le meilleur mais ce gars est seul, je vais devoir prendre un tir difficile alors que lui est seul. Et pourtant, moi, en regardant le match, j’aurais voulu voir LeBron tirer. J’aurais voulu le voir faire ce que je n’aurais pas fait.

Au final, la prise de position retenue illustre votre vision du basket. Ou même du sport. De ce que vous avez envie de voir, de ce que vous voyez vous, à travers votre prisme, mais aussi de ce que l’on nous vend, à savoir une ligue de super héros. C’est un sport collectif mais les individualités sont tellement sublimées que ça ne l’est souvent plus en réalité. Au final, en regardant du basket, en aimant ce sport, on apprend aussi à se connaître soi-même. Et ça, c’est beau.

 

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