LeBron James se plaint des votes mais Giannis méritait largement son MVP

LeBron James se plaint des votes mais Giannis méritait largement son MVP

Second du classement pour le MVP, LeBron James ne comprend pas pourquoi il n’a pas reçu plus de votes pour la première place.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Edito

Vous pouvez d’entrée me qualifier de « hater » envers sa sacro-sainte majesté LeBron James, je sais que je n’en suis pas un. Pour être honnête, j’ai même tellement défendu le King à une époque où ses détracteurs le descendaient injustement que j’ai été catalogué comme un partisan de la superstar par les lecteurs d’un autre site sur lequel je commente également la NBA. Deux salles, deux ambiances. La vérité, c’est que j’essaye, le plus possible, de lire entre les lignes et de donner des avis objectifs sur les joueurs. Y compris James. Ceci étant dit, je ne peux encore une fois qu’être agacé en écoutant sa dernière tirade après la victoire des Los Angeles Lakers contre les Denver Nuggets (126-114) hier soir.

Il est évidemment revenu sur la nomination du MVP 2020, à la demande des journalistes. Giannis Antetokounmpo réussit le doublé. Sans surprise. D’ailleurs, les votes confirment qu’il n’y avait pas de débat, ce que nous écrivions déjà ici il y a quelques mois – récoltant au passage la colère des sympathisants de Bron. LBJ n’a reçu que 16 premières places sur 101 votes. Et en excellent fruit de son environnement et de son époque, il exprimait d’abord son indignation sur Twitter. Puis en conférence de presse.

« Ça me gonfle. Ça me gonfle parce que je n’ai eu que 16 premières places. Je ne dis pas que celui qui a gagné ne méritait pas le MVP. Mais ça m’énerve. C’est juste que le système de vote me semble bizarre parfois. Si on regarde en 2012-2013 par exemple, j’avais une chance d’être MVP et DPOY la même saison. Cette année-là, Marc Gasol a finalement été élu DPOY alors qu’il était seulement dans le deuxième cinq défensif. Donc ça n’a pas de sens.

Je ne sais pas si on regarde vraiment les matches de basket ou si on se concentre juste sur la… narration. »

Wow, wow, wow. Je vais revenir plus longuement sur cette dernière phrase après avoir mis une patate dans un mur, m’être brisé la main, avoir fait les cent pas en tournant en rond dans mon salon, révolté et en lâchant des « putain il a vraiment dit ça », « non mais sérieux », « il se fout de notre gueule ». Calme. Zen.

D’abord, il paraît clair que LeBron James digère mal le fait que Giannis Antetokounmpo ait rejoint Michael Jordan et Hakeem Olajuwon dans le cercle très, très fermé des joueurs à avoir décroché le MVP et le DPOY la même année. En ressortant un exemple de 2013-2013… y’a sept ans ! Apparemment, le seum, ça se mange aussi bien chaud que congelé. Mais ça, honnêtement, je comprends. Shaquille O’Neal se plaint encore de ne pas avoir été le premier MVP à l’unanimité (et James aurait pu l’avoir aussi en 2013 !!!). Puis c’est vrai que Marc Gasol DPOY et dans le deuxième cinq défensif… c’est ridicule. Même Bron-Bron s’est fait voler au moins un trophée de MVP. Mais pas celui-là.

OK, donc 16 premières places, ce ne serait pas assez ? Pour moi, ça semble complètement logique. Parce que dans un classement pour le MVP, le « Greek Freak » méritait d’être en tête et lui deuxième. Et ce quelle que soit la méthode retenue pour donner le trophée. Quel que soit le système de vote. Quelle que soit la définition.

Commençons par la plus simple et la plus communément admise : le meilleur joueur de la meilleure équipe. Si les playoffs couronneront peut-être (sans doute) les Los Angeles Lakers, qui restent sans doute la formation la plus forte de la NBA cette année, les Milwaukee Bucks ont roulé sur la saison régulière. Meilleur bilan, meilleur rating offensif que LA., meilleur rating défensif également. Ça calme un peu. Et la star des Bucks, c’est Giannis. Donc le MVP, c’est lui. Voilà pour le système très simpliste. Après, les Lakers ont aussi fait une très grande saison. Ça mérite au moins de décortiquer un peu plus les performances individuelles des deux bonhommes.

Allons donc sur le terrain statistique. Avec une comparaison assez brute : Giannis Antetokounmpo devance LeBron James aux points, aux rebonds, au pourcentage de réussite, aux blocks, aux balles perdues… en jouant 4 minutes de moins ! Il est derrière à la passe, aux interceptions (de 0,2) et aux pourcentages à trois-points (de peu, en plus) et aux lancers. Globalement, les chiffres du jeune joueur de Milwaukee sont quand même plus impressionnants que ceux de son aîné. Deux stats avancées très importantes, au passage. Les « Win Shares », nombre de victoires qu’un joueur aurait rapporté à son équipe. 11,1 pour Big G. 9,8 pour LeBron. Puis le PER. Antetokounmpo a terminé avec le MEILLEUR PER DE L’HISTOIRE DE LA NBA. Impossible de ne pas le nommer. Il était juste au-dessus.

Quand je vois Kyle Kuzma déclarer en substance « si LeBron n’est pas MVP, les médias vont avoir des problèmes », je me dis que lui-même ne se rend pas compte qu’il a un coéquipier nommé Anthony Davis. Même si je comprends tout à fait la démarche du jeune homme. Et c’est un beau geste d’amour envers son leader. Oui, LeBron James est le leader. Mais est-il vraiment le meilleur joueur des Lakers ? Il l’est peut-être hein, je ne dis pas le contraire. Mais en est-on persuadé ? Encore plus au lendemain d’un match où A.D. vient de planter 37 points contre les Nuggets ?

Giannis est le patron incontesté à Milwaukee. Bien sûr qu’il ne gagne pas tout seul. Personne ne gagne tout seul. Mais si l’équipe est là où elle en est aujourd’hui (mauvaise tournure de phrase : elle est en vacances), c’est essentiellement grâce à lui. LBJ était déjà à Los Angeles l’an dernier. Les Lakers n’ont pas fait les playoffs (ça va, on sait, il était blessé, je provoque volontairement). Aujourd’hui, il a l’un des quatre meilleurs joueurs du monde à ses côtés. Comment affirmer que James est plus important que Davis ? Il est le visage de l’équipe, OK. Mais sur le parquet ?

D’ailleurs, pour la petite anecdote, Anthony Davis a fini avec plus de « Win Shares » (11,1, comme Giannis) que son camarade. S’il y a bien un trophée sur lequel les Californiens peuvent râler, c’est le DPOY. A.D. méritait lui aussi sa récompense.

Allez, je suis zen, je peux revenir à cette histoire de narration. La carrière entière de LeBron James est une narration. Et ça n’enlève rien à l’immensité de sa carrière, peut-être la plus grande de tous les temps – attention, je n’ai pas dit meilleur joueur, j’ai dit plus grande carrière. Arrivé en NBA à 18 ans, quadruple MVP, 9 finales – folle cette stat ! Les fans devraient retenir plus souvent le « 9 finales disputées » que le nombre de finales perdue – 3 titres, peut-être bientôt 4, encore dans le gratin de la ligue à 35 ans… c’est fou. Avec un excellent marketing de Nike derrière. Comme pour Jojo. Comme pour Kobe.

C’est le business. Et ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de talent. Mais le monde, c’est d’la com’. Et James a raison, le basket passe au second plan. Ce que regrettait d’ailleurs le regretté Black Mamba. Aujourd’hui, nos news sur les à-côtés du basket font (malheureusement ?) plus de stats qu’un papier tactique ou purement sur le jeu. Revenons au MVP. Toute l’année, et encore plus depuis hier, les partisans du natif d’Akron ont insisté sur le fait que c’était dingue ce que faisait leur idole à 35 ans. Et que rien pour ça, il devait être MVP. Alors, oui, c’est dingue. Mais non, ça ne doit pas être pris en compte.

Parce que si l’âge est pris en compte, alors la NBA a bien fait de le donner à Derrick Rose, étincelant dès ses 22 balais en 2011 non ? Je croyais que celui-ci devait revenir à LeBron James (troisième du vote cette année-là au passage). Les 35 ans, c’est beau, mais le MVP distingue le meilleur joueur de la saison. Il n’y a pas d’âge qui entre en jeu. Parce que c’est justement ça, du story-telling. James le sait, il passe son temps à essayer de contrôler la narration. Et croyez moi, ce n’est pas la haine qui parle. Juste un mec qui suit la NBA depuis des années tous les jours, comme bon nombre d’entre vous, par passion mais aussi pour le travail, presque dix ans à analyser le personnage qu’est LBJ.

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