Marc Gasol a de l’immobilier dans la tête de Joel Embiid

Shaï MamouPar Shaï Mamou Publié

Malade ou non, Joel Embiid a toujours eu des difficultés contre Marc Gasol. A quelques heures du game 3, on a voulu évoquer l'apport discret mais formidable de l'Espagnol à cette équipe des Raptors.

Les Toronto Raptors commencent vraiment à réaliser que Masai Ujiri a visé juste en février dernier. Juste avant la deadline, Marc Gasol avait rejoint la franchise dans un trade où les Canadiens ont envoyé Jonas Valanciunas, CJ Miles, Delon Wright et un 2e tour 2024 en contrepartie. Sur le coup, on se disait que l'opération était belle, mais comportait la part de risque qu'Ujiri affectionne tant (cf le trade Kawhi Leonard/DeMar DeRozan). A savoir la possibilité que le joueur lui file entre les doigts quelques mois plus tard durant la free-agency. Après bientôt 3 mois dans l'Ontario, c'est maintenant que le recrutement de Gasol s'avère être le plus pertinent.

L'Espagnol a pris le temps de trouver sa place, Nick Nurse adoptant une posture souple en termes de rotation chez les intérieurs avec l'indispensable Pascal Siakam et Serge Ibaka. En plein coeur des playoffs, il est désormais impossible d'imaginer celui qui était surnommé le "Big Burrito" à l'université hors du cinq et des responsabilités les plus cruciales. Avec son âge grandissant (34 ans) et la confidentialité dans laquelle il évoluait à Memphis, on avait sans doute oublié à quel point Marc Gasol était fort. Plus tellement en attaque, où sa moyenne de points a logiquement baissé et où il fait parfois preuve d'un peu trop d'altruisme tant il aime jouer "de la bonne manière". Mais toujours autant en défense, où son talent est un atout formidable pour les Raptors, engagés dans une lutte encore très incertaine avec les Sixers pour une place en finale de Conférence.

Au 1er tour, Gasol a fait vivre un cauchemar à Nikola Vucevic, l'un des intérieurs les plus doués en attaque de toute la ligue. Le Monténégrin vivait certes ses premiers playoffs, mais c'est Gasol, plus que son incapacité à gérer la pression, qui l'a fait déjouer. Le pivot du Magic, comme beaucoup d'observateurs de cette série, n'a peut-être pas assez pris au sérieux la vitesse de déplacement, le flair et l'envergure du n°33. La science défensive du Catalan tient quasiment du génie. Et Joel Embiid, qui sera à nouveau confronté à Marc Gasol la nuit prochaine pour le game 3, est confronté à la même problématique.

Notre entretien avec Marc Gasol sur la défense dans le MOOK REVERSE #2

 

Lors des deux premiers matches de la série, même celui lors duquel Philadelphie est reparti avec la victoire, Embiid a été considérablement gêné et limité dans son expression. Dieu sait que lorsque le Camerounais est en action, on ne voit que lui sur le terrain. Le pivot des Sixers est de la race des joueurs qui prennent de la place et crèvent l'écran. Intelligemment géré par Gasol et limité à la fois par un genou récalcitrant et une gastro-entérite, Embiid n'a inscrit que 16 et 12 points, avec seulement 7 shoots rentrés sur 25 tentés en tout et pour tout. Ses défenseurs invoqueront sa santé. Les autres, plus objectifs, constateront que les statistiques du "Process" lors des 7 rencontres de saison régulière où les deux hommes se sont retrouvés face à face, il a inscrit en moyenne 14 points à... 32.6% d'adresse. Contre tous les autres intérieurs de la ligue, "Jojo" tourne à 24.3 points par match et 48.1%. Une baisse plus que significative...

Contrairement à d'autres mutants comme son coéquipier Kawhi Leonard, Gasol ne peut pas compter sur des qualités athlétiques et physiques surnaturelles. Leonard pense plus vite que beaucoup d'autres en matière de défense, mais la longueur de ses bras, la taille de ses mains et sa silhouette ciselée sont des atouts réels. Chez Gasol, c'est le cerveau qui est avant tout à la base de l'excellence.

En mars dernier, Marc Gasol avait accepté de nous livrer sa vision de la chose pour le dossier défense de notre Mook REVERSE n°2. Un extrait  passionnant de son intervention permet de comprendre de quelle manière il aborde par exemple ce duel avec Joel Embiid, qu'il a spontanément cité parmi les adversaires les plus redoutables, sans savoir qu'il devrait l'affronter quelques semaines plus tard.

"Quand tu défends sur quelqu'un, tu dois avoir des priorités. Tu ne peux pas tout gérer. Tu es obligé de lui laisser une porte ouverte quelque part. C'est un peu comme les échecs, tu espères qu'il ne devine pas ton mouvement ou ce que tu essayes de faire. Il ne doit pas savoir pourquoi tu laisses un côté faible. Je considère que les attaquants ont forcément l'avantage en général parce qu'ils ont plus d'options pour marquer, donc tu dois couvrir le maximum de choses et espérer que ça fonctionne".

Avec  Marc Gasol (2013) et Kawhi Leonard (2015 et 2016), les Raptors ont deux anciens meilleurs défenseurs de l'année. Une association rare, qui a fonctionné à merveille pour Michael Jordan (1988) et Dennis Rodman (1989 et 1990) chez les Bulls dans les années 90, nettement moins pour Dwight Howard (2008, 2009 et 2010) et Ron Artest (2004) en 2013 chez les Lakers. Le Barcelonais et le Californien ont la chance d'être accompagnés par d'autres défenseurs valeureux. Avec Pascal Siakam, Serge Ibaka, Danny Green ou Kyle Lowry, Toronto dispose de joueurs compétents défensivement à chaque poste et dans des registres un peu différents. C'est ce qui rend cette équipe terrifiante sur le papier et lui donne en grande partie l'espoir d'atteindre enfin les Finales NBA.

C'est pour connaître cette sensation avant la fin de sa carrière que Gasol a sollicité un trade sans le rendre public. Pour entretenir cette ambition, continuer de contenir Embiid et gagner l'un des deux matches de la série à Philadelphie est essentiel. Le Camerounais est conscient d'être ciblé et essaye de faire preuve de lucidité face à ses difficultés.

"Je dois faire ce que me demander la coach. Si c'est de seulement poser des écrans ou de trouver mes coéquipiers quand il y a prise à deux ou à trois, et bien je dois continuer de le faire. Je ne peux pas forcer juste parce que je n'ai pas ma moyenne de points habituelle. S'il faut shooter cinq fois dans le match et prendre les bonnes décisions, je le ferai", a expliqué Embiid sur ESPN.

Lors du game 2, Embiid avait effectivement contourné ses difficultés à scorer en délivrant des passes intelligentes, dont une décisive pour Jimmy Butler dans le money time. Aura-t-il cette patience sur les trois matches minimum de cette série ? Début de réponse à 2h cette nuit.