Tony Parker-The Final Shot : son réalisateur nous raconte le docu événement

Tony Parker-The Final Shot : son réalisateur nous raconte le docu événement

On a discuté avec Florent Bodin, le réalisateur du documentaire événement sur Tony Parker, "The Final Shot", sorti cette semaine sur Netflix.

Shaï MamouPar Shaï Mamou  | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Interview

Impossible de passer à côté du documentaire sur Tony Parker, "The Final Shot", sorti cette semaine sur Netflix. Rassurez-vous, le buzz autour de l'oeuvre réalisée par Florent Bodin est totalement justifié et il est essentiel de prendre le temps de le regarder pour tout fan de basket qui se respecte, mais aussi pour le grand public qui découvrira le parcours et l'ascension de l'un des plus grands athlètes français de l'histoire.

Florent Bodin, un ancien de la maison REVERSE/BasketSession, a pris le temps de discuter avec nous de ce documentaire événement.

BasketSession : Florent, raconte-nous un peu la genèse du projet "The Final Shot" et comment tu t'es retrouvé à faire ce documentaire.
Florent Bodin : Je travaille depuis quelques années chez Black Dynamite Production et on est assez connus pour faire de grands et beaux portraits de personnalités, notamment du sport. Il y a eu un documentaire sur Teddy Riner, qui est très ami avec Tony Parker, et c'est à l'été 2018 où on a a su qu'il y aurait peut-être quelque chose de possible avec lui. TP connaît Eric Hannezo, le créateur de Black Dynamite, et est proche d'Alessandra Sublet, qui nous a apporté le projet. Il se trouve en plus que TP nous a dit à ce moment-là que c'était possiblement sa dernière saison en tant que joueur professionnel. Donc l'angle d'attaque était plutôt cool, même s'il n'avait pas encore pris sa décision. Il semblait prêt à documenter sa carrière et à raconter son histoire.

BasketSession : Avant de savoir que tu allais réaliser un documentaire sur lui, c'était quoi ton rapport à Tony Parker et ta perception de lui ?
Florent Bodin : Quand j'étais chez BasketSession, je l'avais croisé deux ou trois fois pour des petites interviews avec l'équipe de France lors de rassemblements ou d'opérations promo. Je n'avais vraiment aucun rapport privilégié avec lui. Le truc marrant, c'est que j'ai fait un an de lycée dans le nord du Texas en échange scolaire, dans une famille d'accueil. Je suis arrivé en même temps que lui là-bas, en 2001. Ça a été mon angle d'attaque pour essayer de créer une complicité avec lui. La première fois qu'on s'est rencontrés, c'était à Charlotte, même si on s'était parlé par Skype avant. Je lui ai raconté que j'étais arrivé moi aussi au Texas en 2001 et qu'en tant que fan de basket je racontais à tout le monde qu'il y avait un petit Français qui allait éclater en NBA. Quelques semaines après, il a fait la une de NBA.com et j'étais tout fier de montrer ça à tout le monde à la bibliothèque du lycée (rires). Quand je lui ai dit ça, j'ai senti qu'il avait apprécié et que ça se passerait bien.

A la Draft, il a la casquette des Celtics dans les mains pendant 15 secondes, avant qu'on ne lui dise que Boston a changé d'avis

BasketSession : Est-ce que tu as eu des surprises à son sujet ou découvert des choses auxquelles tu ne t'attendais pas ?
Florent Bodin : Le truc le plus surprenant, peut-être, quand on n'est pas habitué à côtoyer des gens très connus, c'est que Tony arrive à simplifier ses rapports avec les gens. Il est très impliqué dans plein de choses - on l'a suivi alors qu'il était encore joueur, mais aussi dans ses autres business comme son académie, l'ASVEL, sa boîte de prod - mais il connaît le prénom de tout le monde. Il n'a pas ce côté star, alors que dans des endroits comme la Chine, où on l'a accompagné, il ne peut même pas sortir de son hôtel tellement il est populaire là-bas. C'est compliqué pour quelqu'un comme lui d'avoir une vie normale, mais il reste pourtant simple et arrive à avoir des attitudes totalement normales malgré son statut. C'est ce qui frappe quand on passe un peu de temps avec lui.

Tony Parker raconte comment Tim Duncan ne croyait absolument pas en lui

BasketSession : On est beaucoup à avoir suivi la carrière de Tony Parker depuis le début et certains ont peut-être l'impression de déjà connaître sa vie et son oeuvre par cœur. Qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un pour le convaincre de regarder ce documentaire ?
Florent Bodin : Je lui expliquerais déjà l'ambition du documentaire. Il s'adresse à tout le monde et pas seulement aux puristes. Il y a cette volonté de graver dans le marbre la légende de Tony Parker. Le côté transmission est important dans les histoires de sport. L'autre ambition, c'est de raconter une histoire, certes connue en France mais qui l'est un peu moins dans le monde. On va sans doute faire découvrir des choses au public étranger, parce que les fans en Asie, en Amérique du Sud et ailleurs ne connaissent pas tout de lui. Notamment sa carrière en France, les images d'archives de lui enfant, son business...

Il y a aussi la volonté de montrer qu'il a été un joueur assez exceptionnel, mais toujours un peu sous-coté. C'est un débat qui revient souvent avec lui. Certes il y avait Tim Duncan et Manu Ginobili, mais à un moment c'est lui qui a pris les rênes. Avec BasketSession et REVERSE, on avait bien documenté cet aspect-là à l'époque. Il était l'un des meilleurs joueurs de la NBA, dans une équipe qui a joué l'un des plus beaux basket de l'histoire. Je trouve que dans le sport et surtout en NBA, on a tendance à vite oublier les choses. On a l'impression que les Spurs 2014 c'était il y a une éternité.

Certes, ma ligne directrice a été le grand public parce que c'est Netflix, pas ESPN, mais je me suis quand même amusé à placer des petites anecdotes pour les fans de basket. A un moment, il raconte par exemple qu'à la Draft il a la casquette des Celtics dans les mains pendant 15 secondes avant que la dame de la NBA ne lui dise que Boston a changé d'avis et qu'il doit rendre la casquette. Tous ceux qui aiment le basket vont se dire : attends, si Parker est pris par les Celtics en 2001, qu'est-ce que ça donne ?

BasketSession : Il y a du très beau monde parmi les intervenants dans ce documentaire. Est-ce que l'une des rencontres t'a plus marqué que les autres ?
Florent Bodin : C'est assez simple, c'est la rencontre avec Kobe. J'ai fait l'une de ses dernières interviews, malheureusement, en novembre à Los Angeles. C'est quelque chose qui est toujours compliqué à caler, avec des mois et des mois de négociations. On a fait ça dans sa boîte de prod à côté de LA, deux jours avant la cérémonie du retrait du maillot de Tony. Il est arrivé à l'heure et a fait une interview superbe. Kobe a été très marrant et a sorti plein de petites vannes. Je lui ai demandé de se présenter et dans la première phrase de l'interview, il dit : "Je m'appelle Kobe Bryant. J'ai joué contre Tony Parker pendant des années et il est responsable du fait que je n'ai pas gagné autant de titres que j'aurais voulu". Je me suis dit tout de suite que ça allait être un moment exceptionnel. Quelques semaines plus tard, il s'est passé ce drame qui nous a tous marqués. C'est LE souvenir de ce tournage.

Tony Parker et Kobe Bryant avaient de grands projets ensemble

La première phrase de l'interview avec Kobe : "Tony Parker est responsable du fait que je n'ai pas gagné autant de titres que j'aurais voulu"

BasketSession : Tu as réalisé des documentaires sur Karim Benzema, Gims ou encore l'univers du stand-up, qui sont des sujets très différents. Est-ce que ton approche a été différente de d'habitude pour ce documentaire-là ?
Florent Bodin : C'était un peu le faux ami, parce que c'est clairement le sport que j'aime le plus. Même si je le connais moins aujourd'hui, parce que je travaille moins dessus, c'est quelque chose que je suis toujours avec passion. Parfois, quand on a trop d'affect sur un sujet, c'est plus dur de simplifier, de réexpliquer, reprendre les bases, savoir ce qui va intéresser les gens... J'ai kiffé avoir cette anecdote sur la casquette des Celtics dans ses mains de TP, par exemple. Si j'avais laissé parler le fan de basket en moi, j'en aurais fait 4 minutes et j'aurais essayé d'avoir des gens des Celtics de l'époque pour en parler, etc...

Gims, par exemple, ce n'est pas mon univers et je découvrais totalement le milieu. C'était du taf, de l'observation, pour comprendre les relations, ce qui se passe, comment ça marche... Tout ça, je le connaissais dans le basket. Je savais ce qu'était un match NBA, les coulisses, ce qu'il était possible de faire ou pas. L'approche était plus facile de prime abord que pour les autres documentaires, mais plus difficile ensuite parce que je gambergeais tout le temps en me disant : 'Est-ce que c'est parce que je suis fan de basket que je raconte ça ?' Et en même temps, je ne voulais pas que ce ne soit pas un film de basket.

BasketSession : Si demain on te dit que tu as la possibilité de réaliser un documentaire sur l'athlète de ton choix, avec zéro limite sur les accès, qui est-ce que tu choisis ?
Florent Bodin
: C'est une bonne question... J'aime bien qu'on me dise "voilà le sujet" et que je me demande ensuite ce que je peux amener. J'aimerai toujours la NBA et j'ai plein de chouchous. Il y a eu un superbe doc sur Rodman sur ESPN, ce genre de persos intéressants, torturés, des grosses performance sportives, des hauts, des bas, ce serait intéressant. J'aime beaucoup Asif Kapadia et ce qu'il a fait sur Senna ou Maradona. Toucher une icône, quelqu'un qui a été au top, ce serait kiffant. Le jour où quelqu'un fait un beau truc sur Tiger Woods. Je n'y connais rien en golf, mais la vie de ce mec mérite un énorme doc.

Le trailer de "The Last Shot", le documentaire sur Tony Parker

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