99,6 %... À 95-75 dans le dernier quart-temps, les Spurs avaient 99,6 % de chances de l'emporter. En tant que fan des Spurs, comment digérer une telle anomalie statistique ? Comment digérer l'indigeste ?
Quand on soutient corps et âme une équipe, qui plus est depuis longtemps (2003 en ce qui me concerne), on est certes habitué aux désillusions. Il n'y a qu'un seul gagnant chaque année, c'est le jeu (et encore, nous sommes des enfants gâtés avec les Spurs). Mais là où la plupart des défaites ou éliminations peuvent être analysées, celle-là est tellement absurde que la tâche paraît impossible.
En vieillissant, j'ai appris à ne plus prendre autant à cœur les défaites de mon équipe. J'ai appris à relativiser tout cela et, en vrai, heureusement que cette désillusion a eu lieu maintenant et pas il y a quinze ans, où j'aurais sans doute tout détruit autour de moi. Dès la dernière remise en jeu des Spurs, ratée of course, j'ai éteint mon écran, soufflé un grand coup et tenté de retourner me coucher, histoire de pouvoir dormir au moins une heure avant que le réveil ne sonne.
Évidemment, ce fut compliqué et je n'ai pas trouvé le sommeil. Dans un effort conscient de me détacher du match, j'ai contemplé mon fils d'un an en train de dormir, histoire, j'imagine, de me convaincre qu'il y a des choses plus essentielles dans la vie qu'un jeu de ballon. J'ai réussi à passer la journée correctement et, à tête reposée, je tente donc ce soir de mettre des mots sur ce qui s'est passé. Et là, je bugge à nouveau... Comment donner du sens à l'irrationnel ?
Rien ne fait sens, semble-t-il... En fait si. Ce qu'ont fait les Knicks offensivement, je parviens à le comprendre. Ça n'est pas si surréaliste. Ils ont joué avec l'énergie du désespoir, avec cette mentalité de chiens qui ne lâchent jamais, et surtout avec le talent immense de leurs deux meilleurs joueurs, Brunson et Anunoby. Ils ont eu la réussite qui arrive parfois aux équipes qui parviennent à la provoquer, et ça a permis à quelques gros shoots de tomber dedans, ainsi qu'à ce rebond offensif de la dernière seconde d'atterrir dans les mains du seul joueur non bloqué.
Mais au final, marquer 58 points sur une mi-temps n'a rien d'exceptionnel dans la NBA moderne. Étant donné leur réussite à trois points, on peut même presque dire que les Spurs ont tenu la route défensivement dans cette seconde période. En revanche, ce qui n'a aucun sens, ce sont ces 30 minuscules points marqués par les Spurs. J'ai beau tourner le problème dans tous les sens, je ne comprends pas comment c'est possible, d'autant que je n'ai pas remarqué de changement défensif majeur en face. Les Spurs se sont tiré un chargeur entier dans le pied tout seuls.
C'est une faillite collective et individuelle ahurissante pour une équipe d'ordinaire si solide mentalement. Il suffit de se dire qu'une mauvaise mi-temps à 40 points aurait suffi pour gagner le match sans trop s'inquiéter.
La bascule totale d'adresse entre les deux mi-temps, malgré des shoots plutôt comparables, est certes surréaliste. Mais ce qui l'est encore plus, c'est cet entêtement à continuer à artiller de loin sans rien proposer d'autre. Les deux dernières minutes ne sont même pas celles qui m'intéressent le plus. Elles ont servi à mettre en lumière la clutch attitude fabuleuse de Brunson et compagnie, ainsi que les énormes chokes individuels de Fox et Wembanyama. Mais ce money-time n'aurait jamais dû exister.
Quelle suite maintenant ? Tout le monde semble désormais dire qu'on ne peut pas se remettre mentalement d'une telle défaite, et il est difficile de leur donner tort. Car c'est une chose, en tant que fan, comme moi, de digérer l'indigérable. Mais c'en est une autre, pour eux qui ont vécu cet affront dans leur chair, de devoir retourner sur le parquet face à ceux qui leur ont arraché le cœur.
