Boston a encore cette étrange capacité à donner l’impression d’avoir tout compris… avant de se compliquer la vie tout seul. Les Celtics semblaient avoir repris le contrôle de leur série contre Philadelphie, ils avaient retrouvé leur rythme, leur défense, cette impression de supériorité froide qui accompagne les grandes équipes. Et puis, Game 5 à domicile, balle de qualification en main, tout s’est à nouveau grippé.
Défaite 113-97 contre les Sixers. Une série toujours menée, certes, mais prolongée. Un voyage de plus à Philadelphie. Un match de plus dans les jambes. Une porte entrouverte pour un adversaire qui n’attendait que ça.
Le problème n’est pas de perdre un match de playoffs. Ça arrive, même aux meilleures équipes. Le problème, avec Boston, c’est la manière. Cette sensation de relâchement déjà vue, déjà commentée, presque installée dans l’ADN récent de cette équipe. Comme si, dès que les Celtics pensent avoir trouvé la solution, ils s’autorisent à lever un peu le pied. Un demi-ton seulement. Mais en playoffs, un demi-ton suffit pour se faire punir.
Le mauvais vieux réflexe
On avait déjà vu ce scénario dans cette série. Après avoir dominé le Game 1, Boston avait laissé filer le Game 2 en donnant l’impression d’avoir pris le match par le mauvais bout. Moins de dureté, moins d’efforts constants, plus de tirs faciles concédés, et cette tentation permanente de régler tous les problèmes derrière la ligne à trois points.
Le Game 5 a réveillé exactement les mêmes signaux. Les Celtics ont été maladroits, mais ils se sont surtout enfermés dans cette maladresse. Quand les tirs extérieurs ne rentrent pas, il faut varier. Aller chercher autre chose. Attaquer le cercle, provoquer, forcer la défense à se tordre. Boston, trop souvent, s’est contenté de faire circuler le ballon en périphérie avant de reprendre un tir compliqué ou trop prévisible.
C’est là que la suffisance peut devenir dangereuse. Non pas une arrogance spectaculaire, pas des grands gestes ou des déclarations de travers. Plutôt une forme de confort. L’idée, peut-être inconsciente, que le talent finira par suffire. Que l’écart entre les deux équipes finira par se voir. Que Philadelphie pliera forcément.
Sauf que les Sixers, eux, n’ont pas plié.
Embiid a remis du poids dans la série
Il faut aussi rendre à Philadelphie ce qui lui appartient. Joel Embiid a été excellent. Dans un match où les Sixers jouaient leur survie, il a pesé de tout son volume, avec 33 points et 8 passes. Il a fait mal, il a puni les couvertures, il a redonné à son équipe une présence que Boston n’a pas su gérer.
Tyrese Maxey a aussi fait son match. Paul George reste une menace. Les Sixers ne sont pas une petite équipe bricolée qui attend gentiment la fin. Ils ont des individualités fortes, un public qui va pousser au Game 6 et désormais une raison d’y croire un peu plus.
Sur le papier, Boston reste supérieur. On le sent dans la série. On l’a vu sur les matchs précédents. Mais cette supériorité théorique n’a de valeur que si elle s’accompagne du bon niveau d’intensité. Et mardi soir, ce n’était pas le cas.
Embiid envoie un message fort à Boston
Un match de trop, ce n’est jamais anodin
Les Celtics finiront peut-être par passer. C’est même encore le scénario le plus probable. Mais ils viennent de s’offrir un déplacement inutile dans une salle qui n’aura aucune envie de les voir respirer. Et dans une campagne de playoffs, chaque match ajouté compte.
Il y a la fatigue. Il y a le risque physique. Il y a l’énergie mentale laissée dans une série qu’on aurait pu refermer plus tôt. Boston n’a pas forcément besoin de se rajouter ce genre de poids.
C’est d’autant plus vrai avec Jayson Tatum. Son retour est l’une des vraies bonnes nouvelles de cette série. Le voir jouer 38 minutes par match, produire autour de 24 points, 10 rebonds et 7 passes avec une telle propreté après une rupture du tendon d’Achille, c’est presque irréel. Il monte en puissance, il retrouve une place centrale, il ressemble à nouveau à l’un des meilleurs joueurs des Celtics.
Justement. Pourquoi lui rajouter des minutes ? Pourquoi prolonger une série quand elle pourrait être finie ? Pourquoi donner à Philadelphie une occasion de plus de transformer un simple sursaut en vraie menace ?
Boston doit se souvenir de ce qu’il est
Les Celtics n’ont pas besoin d’être parfaits. Personne ne l’est en playoffs. Mais ils doivent être sérieux. Durs. Constants. Capables de comprendre quand le tir extérieur ne suffit plus et quand il faut remettre les mains dans la boue.
C’est souvent là que se joue la différence entre une équipe talentueuse et une équipe championne. Dans la capacité à ne pas offrir de respiration à un adversaire déjà au bord du vide. Dans l’art de fermer une série sans traîner. Dans le refus de laisser un match vivre alors qu’il devrait être enterré.
Boston a encore le contrôle. Mais Boston a aussi rouvert une porte qu’il avait presque refermée. Et en playoffs, on ne sait jamais ce qui peut entrer par une porte laissée entrouverte.
