On connaissait leur rivalité. On est peut-être en train de découvrir leur duo. Depuis le début de cette Coupe du monde, et plus encore à mesure que les matches prennent de l’importance, Caitlin Clark et Angel Reese donnent l’impression d’avoir trouvé quelque chose que l’on n’avait finalement presque jamais eu l’occasion de voir : à quel point leurs jeux peuvent être complémentaires.
Pendant des années, les deux joueuses ont été présentées comme les deux faces d’une même génération. Elles se sont affrontées à l’université, avec évidemment cette finale NCAA 2023 entre LSU et Iowa comme point de départ de tout ce qui allait suivre, avant de débarquer presque simultanément en WNBA. Leur rivalité sportive a très vite dépassé le terrain.
Clark et Reese sont devenues, souvent malgré elles, les porte-drapeaux de deux camps qui avaient parfois beaucoup moins à voir avec le basket qu’avec les fractures de la société américaine. Leur opposition a été racialisée, politisée et transformée en guerre culturelle par une partie du public et des réseaux sociaux. Chacune a attiré une communauté de fans extraordinairement investie, parfois jusqu'à franchir largement les limites de ce que devrait être une rivalité sportive.
Reese a subi des attaques racistes et un harcèlement considérable, notamment des deepfakes pornographiques qu'elle avait évoqués dans son podcast. Clark a elle aussi dû composer avec une forme de fanatisme autour de sa personne et a plusieurs fois pris ses distances avec ceux qui utilisaient son nom pour tenir des discours haineux ou s’en prendre à d’autres joueuses.
Elles se cherchent et leur connexion est idéale
Il serait beaucoup trop ambitieux de raconter que leur association sous le maillot américain réconcilie soudainement quoi que ce soit. Mais l’image reste assez forte. Après avoir passé des années à être utilisées comme des symboles de ce qui oppose, Clark et Reese montrent tout simplement qu’elles peuvent extrêmement bien fonctionner ensemble. Et pas uniquement parce qu'elles ont laissé leurs supposées rancœurs au vestiaire. Sur le terrain, leurs qualités semblent presque avoir été conçues pour se répondre.
Contre la Hongrie, cela a été particulièrement évident. Clark cherche énormément Reese. Dès qu’elle attire deux défenseuses, dès qu’un espace s’ouvre derrière la première ligne ou que Team USA parvient à courir, son regard semble très vite se tourner vers elle. Et Reese paraît elle-même beaucoup plus confortable à la finition lorsqu’elle reçoit les ballons de Clark, souvent dans le bon timing et dans des positions où elle n’a plus qu’à exploiter son énergie et sa puissance.
Les Bleues expédient la Chine et foncent dans le dernier carré
C’est une association assez logique. Clark adore accélérer le jeu, manipuler les défenses et trouver une partenaire avant même que l’avantage ne soit totalement visible. Reese court, se déplace énormément sans ballon, attaque le cercle et possède cette science extraordinaire du rebond qui lui permet de créer des possessions supplémentaires en permanence.
La menace extérieure de Clark écarte les défenses. L’activité intérieure de Reese leur interdit de trop s’éloigner du cercle. L’une crée des espaces pour l’autre, et inversement. Cette Coupe du monde ressemble presque à une révélation mutuelle. Elles ont passé tellement d’années à jouer l’une contre l’autre qu’elles connaissent peut-être mieux que personne les qualités de leur nouvelle partenaire. Il fallait simplement les réunir suffisamment longtemps pour s’en rendre compte.
« On a tellement joué l’une contre l’autre que je pense qu’on connaît le jeu de l’autre par cœur. Du coup, c’est assez naturel : je lui donne le ballon, elle me le donne, elle connaît ma façon de jouer. C’est vraiment sympa. On continue simplement à construire cette alchimie, parce qu’on sait qu’on va être coéquipières avec Team USA pendant encore un bon moment. », a expliqué Angel Reese au micro de TNT.
Ce qui rend l’histoire encore plus intéressante, c’est que leur rapprochement paraît également dépasser le basket. Pas au point d’en faire soudainement deux meilleures amies, elles ne l’ont jamais prétendu, mais suffisamment pour rappeler quelque chose que le bruit extérieur avait fini par faire oublier. Clark et Reese n’ont jamais été les ennemies que certains avaient besoin qu’elles soient.
Elles étaient avant tout deux compétitrices incroyablement ambitieuses, placées face à face depuis leur jeunesse, et dont chaque duel était ensuite analysé comme le nouvel épisode d’un affrontement personnel. Les voir aujourd’hui célébrer ensemble, se chercher sur le terrain et parler avec enthousiasme de leur association crée donc forcément une image particulière. Deux joueuses autour desquelles des communautés parfois extrêmement agressives se sont construites réussissent, elles, à faire exactement ce que certains de leurs supporters semblent incapables de faire : apprécier ce que l’autre apporte. Et Team USA pourrait en profiter pendant longtemps.
L’Amérique du basket les a longtemps regardées comme deux joueuses qu’il fallait absolument opposer. Team USA découvre peut-être qu’elles sont encore plus intéressantes lorsqu’on les associe.
