Comment Steve Kerr et les Warriors se sont ajustés pour étriller les Lakers

Après la défaite au Game 1, Steve Kerr et les Golden State Warriors ont trouvé les ajustements pour limiter Anthony Davis et taper les Lakers.

Comment Steve Kerr et les Warriors se sont ajustés pour étriller les Lakers

A l’approche du deuxième tour, les médias n’ont cessé d’évoquer le choc entre LeBron James et Stephen Curry. Et c’est logique. Mais, sur le terrain, comme Antoine et Shaï l’évoquaient dans le podcast de la semaine, le duel-clé de cette série entre les Lakers et les Warriors était plutôt celui opposant, à distance, Curry à Anthony Davis. Après le Game 1 monstrueux de ce dernier, les ajustements opérés par un Steve Kerr attendu au tournant en ont apporté une nouvelle preuve. Et c’est en jouant sur le rayonnement et l’impact de ces deux joueurs-clés que Golden State a étrillé L.A.

Retrouver du spacing et sortir Anthony Davis de la raquette

Lors de la première manche, les Warriors avaient été pénalisés par leur manque de spacing. Evoluant principalement avec deux big non-shooteurs, Kevin Looney et Draymond Green, ils avaient autorisé Anthony Davis à ne s’occuper que de la raquette et d’y régner en maître.

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En périphérie, les défenseurs angelenos pouvaient se permettre d’être en top-lock (se positionner totalement sur la ligne de passe ou totalement sur le chemin de la prise d’écran) et de couper les scoreurs de la balle. Ce type de défense ouvre la possibilité à toutes sortes de backdoors et de coupes létales. Sauf quand un défenseur du calibre de Davis peut faire du roaming et dissuader tout accès à la peinture, en n’ayant pas à se préoccuper de son joueur qui n’est pas une menace.

Au match 2, les Warriors devaient donc éloigner Unibrow de la raquette. Et Steve Kerr a répondu à ce défi grâce à deux ajustements :

  • en mettant plus la balle dans les mains de Stephen Curry, là où il avait beaucoup joué off ball deux jours plus tôt. En plus d’avoir été coupé du ballon par un Jarred Vanderbilt impressionnant, le meneur avait joué seulement 22 pick-and-rolls dans le Game 1, son 10ème plus bas total de la saison. Jeudi, il en a initié 24, MAIS en jouant 8 minutes de moins.
  • et en insérant JaMychal Green dans le 5. Bon, là, ce n’était peut-être pas à proprement parler un ajustement, puisque Kevon Looney ne se sentait pas bien et ne pouvait visiblement pas être titulaire. Mais le fait est que ce bon vieux JaMychal tourne à 37,8% à trois-points cette saison (et quasi 37% en carrière) et que son intronisation dans le 5 a étiré l’attaque de son équipe. Il a ainsi planté trois paniers derrière l’arc.

Draymond Green libéré grâce à Stephen Curry et JaMychal Green

La combinaison de ces deux ajustements a donc permis de générer bien plus de spacing et de désengorger la peinture des Lakers, offrant des rolls, des coupes et des décalages qui ont fait une différence énorme. C’est Draymond Green qui en a le plus profité, comme le sous-entendait Steve Kerr après la partie :

« Si on peut avoir un peu plus de spacing, alors il y a plus d’intervalles pour driver pour Draymond et pour tout le monde. C’était l’idée avec JaMychal. Il sera derrière la ligne des trois-points et on aura un peu plus d’espace. Draymond a été plus agressif et il a eu plus d’espace pour attaquer. »

Dès le premier panier du match, on a vu l’impact des choix de Kerr. Après un drag screen pour Stephen Curry, JaMychal Green a pop derrière la ligne à trois-points, monopolisant Anthony Davis obligé d’être en dehors de la raquette pour éviter un tir primé. Résultat, Draymond Green a pu couper tranquillement dans la raquette, LeBron n’intervenant pas pour ne pas libérer Andrew Wiggins à l’opposé.

 

 

 

Cette action résume d’ailleurs bien les problèmes que ces ajustements ont posé aux Lakers. Davis était obligé de droper moins bas qu'au premier match sur les pick-and-roll pour contrôler Curry. Ce qui libérait l’axe pour les rolls et laissait un choix compliqué au défenseur à l’opposé : aider dans l’axe mais laisser libre son joueur ou rester sur son gars et laisser un panier facile. Choix d’autant plus compliqué quand la relation se fait entre deux joueurs du calibre de Stephen Curry et de Draymond Green.

Le premier, grâce à sa vista, sa vision et sa maîtrise du ballon, a pu gérer sans souci les défenses agressives, et notamment les quelques prises à deux, en sortie de pick ou non, que les Lakers ont essayées pour rendre plus difficiles ses tentatives de générer du jeu par la passe. En vain, car il a systématiquement trouvé une solution.

Notamment en trouvant sur short roll un Green qui s’est amusé avec la défense des Lakers, obligée donc de choisir son poison : l’intérieur a aussi bien su finir seul - puisque les quatre autres sur le terrain étaient capables de shooter - que lâcher des caviars quand l’aide venait quand même. Résultat un gros match bien dense, à la limite du triple-double (11 pts, 11 rbds et 9 assists).

 

 

Logiquement, JaMychal (15 pts) en a bien profité. Son homonyme lui a lâché deux très balles passes, une dans le corner, l’autre dans le dunker spot, quand respectivement LeBron et AD sont venu du côté faible pour aider sur le roll.

Stephen Curry en meneur presque traditionnel

Les 12 assists de Curry, certes impressionnantes, ne disent pas tout de son emprise sur le jeu des Warriors dans ce Game 2. Il est à l’origine de bien plus d’assists. Comme évoqué, si Draymond Green s’est éclaté, c’est parce que Steph a parfaitement exploité le spacing que lui et JaMychal ont permis aux Warriors de retrouver.

Une grande partie des 9 pds du power forward a ainsi été rendue possible grâce au génial meneur. Un meneur au profil atypique, certes, mais qui a rappelé à tous ceux qui se demandent s’il en est vraiment un qu’il a le profil distributeur dans sa panoplie. Et qu’il fait surtout ce dont son équipe a besoin, qu’il s’agisse de mettre 50 pions à l’extérieur ou de faire vivre le ballon.

Et là, il a plus joué comme un meneur classique, comme un facilitateur, ainsi que le rappelait Kerr :

« Steph était satisfait d’être plus un point guard traditionnel ce soir. »

Et, avec l’utilisation de Green, c’est ce qui a permis aux Warriors de se libérer de l’emprise défensive d’Anthony Davis. Et à Klay Thompson de prendre feu. Car, pour le coup, si ce n’est pas Steve Kerr qui décide que son arrière passe de 36% aux tirs à 61,1%, ses ajustements, ainsi que la vista de Curry, ont forcément été des éléments-clés dans l’énorme performance et l’incandescence retrouvée de « Game 6 Game 2 Klay ».

Anthony Davis limité par Draymond Green…

Bien évidemment, les Golden State Warriors ont également dû s’adapter de l’autre côté du terrain. Au premier match, ils avaient encaissé un terrible 54 à 28 dans la peinture. Après le monstrueux 30 & 23 réalisé par Anthony Davis, ils n’avaient pas le choix. Il leur fallait éloigner AD et les Lakers de la raquette.

Pour ce faire, Steve Kerr a notamment choisi de lui coller Draymond Green bien plus souvent dans les basques. Un choix payant puisque Davis a fini la partie à 11 pts à 5/11. Pourtant, le big man des Lakers a défendu sa prestation après-coup. Pour lui, il a pris les mêmes shoots qu’au Game 1, ils ne sont juste pas rentrés :

« Les tirs au coude de la raquette, les floaters après pocket pass, exactement les mêmes positions… je n’ai pas pris un tir que je n’ai pas pris au Game 1, je les ai juste manqués », expliquait-il après la rencontre.

Mouais. Certes, un visionnage rapide des stats et des shot charts pourrait confirmer qu’il a shooté des mêmes spots :

Sauf que, s’il a pris les tirs dans des spots identiques, il en a pris moins. Et avec une pression défensive plus forte. La faute à un Draymond Green dont le mix d’activité (qui était suspecte au Game 1), de mobilité et de dureté physique l’a vraiment gêné. Dans sa prise de position sur ses spots préférentiels et dans sa création du shoot, d’une part :

 

 

Et sur pick-and-roll d’autre part : en droppant, l’intérieur des Warriors a réussi à dissuader les arrières des Lakers de pénétrer tout en étant capable de vite récupérer AD pour contester ses tirs et baisser son pourcentage.

 

 

Outre le fait de lui assigner Green, les Warriors ont également haussé le ton collectivement pour le contenir. Notamment sur pick-and-roll en « gelant » son pick (ICE, en gros en orientant le porteur de balle à l'opposé du pick, comme plusieurs fois sur la vidéo ci-dessus), empêchant tout décalage lui donnant un avantage sur le roll. Et en blindant un peu plus la raquette, notamment grâce à des aides venant du côté faible bien plus au point qu’au Game 1.

…et par Anthony Davis ?

Tout cela l’a empêché d’entrer vite dans son match et l’a installé dans cette nonchalance qui le pénalise parfois autant que ses blessures. On connaît en effet sa propension à alterner les performances incroyables et les games quelconques où son envie et son intensité sont plus que douteuses. Souvent des matches où il est contesté dès le début d’ailleurs.

Contre les Grizzlies, il a connu deux sorties à 4/13 et 4/14, et un match 6 à 16 points et seulement 9 tirs pris. Son investissement, son attitude globale semblaient souvent sur courant alternatif. Et mine de rien, ça arrive très souvent avec lui. Si on ajoute à ses matches contre Memphis celui d’hier, ça fait beaucoup sur un total de 8 rencontres de playoffs disputés cette année... Surtout que, si ça peut passer contre les Grizz, ce sera forcément sanctionné face aux Warriors.

Quoi qu’il en soit, les Lakers l’ont par conséquent moins alimenté près du cercle et Anthony Davis a été plus utilisé et/ou s’est complu - un peu des deux à vrai dire - comme un shooteur à mi-distance et un joueur de pick-and-pop :

 

 

Sauf que Los Angeles a besoin qu’il joue plus près de l'arceau - surtout qu’il n’affiche pas avec constance l’adresse dans le midrange, même à trois-quatre mètres, qu’il a pu avoir dans le match 1. Contre les Grizzlies 47 des 100 tirs qu’il a pris étaient dans la zone restrictive - et 63 tirs à moins de 8 feet. En deux matches contre les Warriors, sur ses 30 shoots tentés, il est passé à 4 dans la restricted area (13,3%) et 13 à moins de 8 pieds (43,3%).

Ça fait donc un paquet de tirs à haut pourcentage en moins. Mais aussi beaucoup de rebonds en moins. Eloigné du cercle en attaque, Anthony Davis a pris 1 seul rebond offensif, contre 4 au Game 1. Attiré en périphérie en défense, il est passé de 19 rbds déf à seulement 6.

Steve Kerr et les Golden State Warriors ont donc su parfaitement rebondir en effectuant des choix gagnants. C’est maintenant à Darvin Ham et aux Lakers d’apporter des réponses aux questions que ce Game 2 a soulevées. La troisième manche risque d’être passionnante.

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