Donovan Mitchell fête ses 30 ans aujourd'hui. Un anniversaire rond qui invite forcément à regarder un peu dans le rétroviseur. Neuf saisons NBA, 609 matches de saison régulière, 15 272 points, sept sélections au All-Star Game et trois apparitions dans une All-NBA Team. Une pointe à 71 points, quelques cartons absolument délirants en playoffs et, depuis quelques mois, enfin une finale de conférence à ajouter au CV. Sur le papier, c'est déjà une sacrée carrière.
Pourtant, il reste assez difficile de déterminer exactement où ranger Donovan Mitchell. Franchise player ? Assurément. Superstar ? Il en a le salaire, les responsabilités et les statistiques. Mais est-il de ces quelques joueurs qui suffisent presque à eux seuls à transformer une équipe en candidate au titre ? Là, la réponse est moins évidente. Mitchell a passé une bonne partie de sa carrière dans cet entre-deux, suffisamment fort pour être jugé comme les meilleurs lorsque son équipe échoue, mais rarement cité spontanément parmi les cinq ou six joueurs les plus dominants de la ligue.
Beaucoup plus fort en playoffs que sa réputation
Le premier élément à rappeler est que Mitchell n'a absolument rien d'un joueur de saison régulière qui disparaît au printemps. C'est même exactement l'inverse. En 81 matches de playoffs, il affiche 27,8 points de moyenne. À l'heure actuelle, c'est tout simplement la septième meilleure moyenne de l'histoire de la NBA, derrière Michael Jordan, Luka Doncic, Allen Iverson, Kevin Durant, Jerry West et LeBron James, et devant Devin Booker, Nikola Jokic, Giannis Antetokounmpo, Stephen Curry ou encore Damian Lillard. Évidemment, comparer directement des joueurs d'époques différentes uniquement avec une moyenne de points serait absurde. Mais la statistique donne tout de même une idée du niveau auquel Mitchell est capable de monter lorsque les matches comptent vraiment.
Donovan Mitchell est toujours hanté par cette terrible défaite
On se souvient évidemment du duel complètement fou avec Jamal Murray dans la bulle en 2020. Des 45 puis 37 points contre les Clippers en 2021. Des 50 points contre Orlando en 2024, suivis de 39 dans le Game 7 pour qualifier Cleveland. Sur ces deux derniers matches de la série, Mitchell avait inscrit 89 points, soit le deuxième plus gros total de l'histoire sur un enchaînement Game 6-Game 7 derrière Iverson en 2001.
Le problème, c'est que beaucoup de ces performances sont attachées à des éliminations. Utah a gâché un avantage de 3-1 contre Denver en 2020, puis un 2-0 contre les Clippers l'année suivante. Cleveland s'est fait sortir sans gloire par les Knicks dès le premier tour en 2023. Après une saison régulière à 64 victoires en 2025, les Cavs ont été éliminés 4-1 par Indiana en demi-finale de conférence. Cette année, ils ont enfin franchi ce plafond en atteignant la finale de conférence, mais... les Knicks les ont balayés 4-0.
Mitchell n'est pas toujours responsable de ces échecs, loin de là. Mais c'est aussi le lot des joueurs de ce niveau : au bout d'un moment, le contexte disparaît et le palmarès reste.
Surcoté ou sous-coté ?
Donovan Mitchell a connu différentes périodes durant lesquelles il était possible de le trouver surcoté. Dès son arrivée spectaculaire dans la ligue, par exemple, lorsqu'il était parfois présenté comme une future superstar absolue alors que son profil avait encore de vraies limites. Ou lorsqu'il était devenu l'option offensive numéro un d'Utah et que chaque possession importante semblait devoir finir par un tir de Mitchell.
Aujourd'hui, le mouvement paraît presque s'être inversé. Il vient de terminer la saison 2025-2026 à 27,9 points, 5,7 passes et 4,5 rebonds de moyenne, avec 48,3% au tir et un excellent 61,3% de True Shooting. Il était 5e du vote pour le MVP en 2025 et encore 7e cette saison, avec une sélection dans la All-NBA First Team puis dans la Second Team sur les deux dernières campagnes. Autrement dit, depuis deux ans, les votants le placent concrètement parmi les dix meilleurs joueurs de la ligue.
Cela ne veut pas dire qu'il appartient au tout premier étage. Mitchell n'est pas Jokic, Doncic ou un créateur capable de contrôler absolument tous les paramètres offensifs d'un match. À 1,88 m, il peut toujours être ciblé défensivement malgré ses qualités athlétiques. Il n'est pas non plus un meneur naturel qui organise chaque possession et transforme automatiquement des coéquipiers moyens en excellents joueurs.
Mais combien de basketteurs sont réellement capables de faire tout ça ? La catégorie de Mitchell est probablement juste en dessous : celle des superstars qui peuvent être le meilleur scoreur d'une équipe championne, éventuellement son meilleur joueur, mais qui ont besoin d'une structure suffisamment forte autour d'elles. Une catégorie dans laquelle sont passés Lillard, Booker ou d'autres arrières extraordinaires auxquels on reproche parfois de ne pas être des joueurs qu'ils n'ont jamais prétendu être.
Ce qu'il lui manque désormais
À 30 ans, Mitchell n'a plus énormément de choses à prouver individuellement. Il possède déjà un match à 71 points, performance qui constituait alors le record de Cleveland et faisait de lui seulement le septième joueur de l'histoire à atteindre les 70 unités. Il a dépassé les 15 000 points en carrière. Il est All-Star depuis sept saisons consécutives et son dossier pour le Hall of Fame commence déjà à devenir très sérieux.
Avec une longévité normale, les 20 000 points devraient être largement accessibles. Les 25 000 ne sont pas irréalistes non plus s'il reste plusieurs années autour des 25 points par match. Il peut encore empiler les sélections au All-Star Game et les All-NBA Teams.
Un MVP ? Ce n'est pas totalement délirant puisqu'il s'est déjà rapproché du haut du scrutin, mais il faudrait probablement une saison presque parfaite, individuellement et collectivement. À son âge et dans une NBA où plusieurs monstres statistiques sont dans leur prime, ce n'est pas l'objectif le plus probable.
Non, ce qui peut réellement changer la perception de Donovan Mitchell, ce sont les playoffs. Une qualification pour les Finales NBA, et son CV prend immédiatement une autre allure. Un titre comme leader offensif de Cleveland, et tout le débat changera. Parce que c'est souvent aussi simple et parfois aussi injuste que ça pour les stars NBA...
