Eric Bledsoe, 70 millions de questions…

Eric Bledsoe a prolongé hier soir avec les Phoenix Suns pour un contrat de 70 millions sur 5 ans, mais est-ce qu'il mérite vraiment une telle somme ?

Damien Da SilvaPar Damien Da Silva | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Eric Bledsoe, 70 millions de questions…
70 millions de dollars sur 5 ans après une seule saison au haut niveau, le lock-out devait réguler les salaires, mais le constat n'est pas vraiment brillant quelques années plus tard. La nuit dernière, Eric Bledsoe n'est pas parvenu à obtenir le contrat max qu'il demandait depuis le début de la free agency, mais il a fait plier les Phoenix Suns sur un point : il y a eu un contrat sur 5 ans. À la base, les dirigeants de la franchise lui proposaient "seulement" 48 millions sur 4 ans, un deal semblable à celui de Kyle Lowry et qui était totalement justifié par rapport aux performances de Mini LeBron cette saison : 17,7 points, 4,7 rebonds, 5,5 passes décisives. Représenté par l'excellent Rich Paul, l'ancien back-up de Chris Paul aux Los Angeles Clippers a parfaitement joué le coup en adoptant une stratégie d'attente, il a joué la montre, il a mis la pression aux Suns en déclarant qu'il était prêt à accepter la qualifying offer et on est forcé de constater qu'il a réussi à obtenir un sacré pactole. Eric Bledsoe est d'ores et déjà le grand gagnant de ce deal, mais plusieurs interrogations restent sans réponses sur sa situation aux Suns et l'une d'entre elles reste d'actualité, est-ce qu'il mérite réellement 70 millions de dollars ?

Oui, selon sa progression et le marché actuel

Eric Bledsoe a fait ses armes aux Los Angeles Clippers dans l'ombre de Chris Paul, le jeune homme brillait par son impact en sortie de banc et il démontrait sur certaines séquences tout son talent. Après trois saisons convaincantes mais sûrement un peu frustrantes, le meneur a rejoint les Phoenix Suns dans le cadre de l'échange de Jared Dudley et JJ Redick. À son arrivée, des doutes subsistaient sur son association avec Goran Dragic, mais les blessures ont permis aux deux hommes de faire leurs preuves et ils ont même réussi à jouer ensemble lors de certaines rencontres. Au final, les deux joueurs ont réalisé tous les deux la meilleure saison individuelle de leurs carrières, et c'est aussi l'une des raisons de ce gros contrat pour Bledsoe. Sur les 34 rencontres disputées par les Suns avec Dragic ET Bledsoe dans le 5, l'équipe dispose d'un bilan positif de 23 victoires pour 11 défaites, soit le rythme des meilleures équipes de la ligue. L'autre inconnue le concernant était sa capacité à être performant lorsqu'il était sur le parquet plus de 30 minutes par rencontre, le meneur de 24 ans a balayé ces critiques en s'améliorant dans l'ensemble de ses statistiques (points, rebonds, % de tirs, % sur transition, % sur isolation, % sur pick-and-roll) et surtout dans son efficacité. Pour Ryan McDonough, le GM des Suns, il ne fait aucun doute que son joueur va devenir l'un des meilleurs joueurs de la ligue s'il continue sa progression :
"Eric est l'un des joueurs les plus spectaculaires et dynamiques défensivement et offensivement de cette ligue. Il joue vraiment très bien des deux côtés du parquet et on a le sentiment qu'il peut devenir l'un des joueurs d'élites de la NBA", a expliqué le GM des Suns sur le site officiel des Suns.
Car c'est bien l'une des forces de Bledsoe, il est aussi un formidable défenseur. Il ne rechigne pas à donner de sa personne et il parvient à prendre le dessus physiquement sur de nombreux extérieurs adverses. C'est un joueur complet et c'est une qualité rare dans une NBA en manque de two-way players. L'autre élément à prendre en compte c'est aussi l'augmentation du salaire moyen en NBA. Sur cette intersaison, on a pu se rendre compte de la flambée des contrats, on pense notamment à Gordon Hayward (63 millions sur 4 ans !!!) et Chandler Parsons (46 millions sur 3 ans). Les franchises n'ont pas hésité à sur-payer des joueurs car ils vont pouvoir compter sur l'augmentation progressive du salary cap et surtout sur l'explosion des revenus télévisuels dans les années à venir pour minimiser les frais. Pour résumer, les Suns ont fait un investissement sur l'avenir, Eric Bledsoe a démontré l'an dernier qu'il était capable d'assumer un statut de titulaire et les dirigeants de l'équipe pensent qu'il a même les épaules pour devenir une superstar, ils l'ont payé en conséquence en se projetant sur ses performances à venir.

Non, à cause du risque de blessure et des qualités de l'effectif

Eric Bledsoe est un bon joueur, personne ne doute de son talent, mais son physique est trop fragile pour miser autant d'argent sur lui. Sur les 4 dernières saisons NBA, il a manqué 94 matches et c'est pas vraiment un bon signe quand un joueur est diminué physiquement dans ses jeunes années. D'ailleurs, le meneur a sûrement conscience de cette limite puisqu'il n'a pas pris le risque d'accepter la qualifying offer de 3,7 millions de dollars sur un an. Car à l'inverse de Greg Monroe, les risques de blessure le concernant sont très élevées. La "bonne nouvelle", c'est qu'il ne souffre pas d'un pépin physique récurrent. Son dernier problème au ménisque était opérable et par exemple, un souci similaire lors de sa dernière année universitaire n'a pas empêché Dwyane Wade de dominer la NBA. Il y a quelques semaines, un dirigeant de la ligue avait d'ailleurs émis des doutes sur les capacités physiques de Bledsoe sur le long temps :
« Je suis surpris de ce qu’ils lui offrent (48 millions), ils n’ont pas besoin de donner autant. C’est vraiment juste et même généreux. Il est talentueux mais il ne l’a jamais vraiment démontré sur le long terme et il n’a jamais été en bonne santé. C’est difficile de tout miser sur lui », a commenté un dirigeant anonymement pour le AZ central.
Avec son jeu très physique, Eric Bledsoe est de toute façon exposé aux coups plus que les autres joueurs et les Suns n'ont pas vraiment eu le choix de prendre ce risque s'ils souhaitaient le conserver. Par ailleurs, la blessure reste un danger pour l'ensemble des contrats en NBA, le cas Paul George est le parfait exemple. Cependant, les Suns n'avaient pas vraiment besoin de garder Eric Bledsoe à tout prix. Le signal envoyé par la franchise est d'ailleurs un peu trouble puisque les dirigeants avaient recruté Isaiah Thomas dés le début de la free agency. Excellent meneur (lui aussi en pleine progression), l'ancien des Sacramento Kings était tout à fait capable de remplacer Bledsoe en cas de départ et l'effectif des Suns semble bien plus faible à d'autres postes (à l'intérieur notamment). Alors pourquoi miser plus de 97 millions sur deux meneurs ? Et ça sans prendre en compte la future prolongation de Goran Dragic. On se doute bien qu'ils seront amenés à évoluer le plus souvent au poste 2 cette saison, mais les Suns se retrouvent avec un groupe très déséquilibré avec une multitude de force à l'extérieur (avec quasiment le même profil) et un secteur intérieur plutôt faiblard. Actuellement, il y autant de réponses à donner que de questions à poser sur l'énigme Eric Bledsoe, seul le temps va nous permettre de juger si ce deal était une bonne décision pour la franchise de l'Arizona. Le premier élément de réponse sera donné lors de la prochaine saison NBA et le classement des Phoenix Suns au sein d'une conférence Ouest relevée sera révélateur. Une non-qualification en playoffs serait un échec après un tel investissement.
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