Gabby Williams, la plus grande année de l’histoire du basket français ?

Euroleague, WNBA, Coupe du monde : Gabby Williams a vécu une année 2026 vertigineuse. Du jamais-vu dans l'histoire du basket français ?

Gabby Williams, la plus grande année de l’histoire du basket français ?

Deux titres majeurs sur deux continents, une finale de Coupe du monde, des récompenses individuelles à la pelle et un Game 7 pour l'éternité. En 2026, Gabby Williams a repoussé les limites de ce qu'une basketteuse française pouvait accomplir en une seule année. Au point de poser une question qui aurait semblé extravagante il y a encore quelques mois : vient-on d'assister à la plus grande saison individuelle de l'histoire du basket français ? Voire à l'une des plus impressionnantes jamais réalisées par un sportif ou une sportive tricolore dans une discipline collective ?

Il fallait déjà une sacrée année pour convaincre les votants du trophée Alain-Gilles de placer Gabby Williams devant Victor Wembanyama, finaliste NBA et meilleur défenseur de la ligue, et Evan Fournier, champion d'Euroleague et MVP du Final Four avec l'Olympiakos. Williams l'avait emporté de neuf petits points début octobre. À ce moment-là, elle n'avait pourtant pas encore réalisé son plus grand exploit.

Depuis, les Golden State Valkyries ont été sacrées championnes WNBA dès leur deuxième saison d'existence, avec une Williams élue MVP des Finales. Trente points dans le Game 7 contre Atlanta, dont 28 après la pause, un record pour une mi-temps dans l'histoire des Finales. Une performance qui n'a pas simplement permis de gagner un titre, mais qui a transformé une magnifique année en quelque chose d'historiquement difficile à comparer.

Gabby Williams est une légende, les Valkyries championnes WNBA

Trois compétitions, trois démonstrations de grandeur

Pour mesurer l'ampleur de cette année 2026, il faut revenir au printemps. Avec le Fenerbahçe, Williams a remporté sa deuxième Euroleague, quatre ans après celle conquise avec Sopron où elle avait été élue MVP du Finale Four. Le club turc a dominé son rival du Galatasaray en finale (68-55), au terme d'une campagne européenne complétée par les titres de champion de Turquie et de vainqueur de la Coupe nationale.

La Française n'était pas la principale option offensive d'une équipe qui comptait notamment Emma Meesseman, Iliana Rupert et Julie Allemand, MVP du Final Six. Elle n'a inscrit que quatre points en finale, mais a apporté huit rebonds, quatre interceptions et un contre. Une contribution représentative de son influence sur le jeu.

Avec trois interceptions de moyenne, elle a d'ailleurs été élue meilleure défenseuse de l'Euroleague pour la troisième fois de sa carrière, la deuxième consécutive. Une référence défensive sur le continent européen, capable de faire basculer une rencontre sans nécessairement monopoliser le ballon.

Quelques mois plus tard, changement de décor, mais pas de niveau d'exigence. Capitaine des Bleues, Williams a porté la France jusqu'à sa première finale de Coupe du monde, perdue contre les États-Unis (97-79). Ses statistiques sur la compétition parlent d'elles-mêmes : 18,7 points, 4,8 rebonds, 4 passes et 2,8 interceptions de moyenne. Une place dans le meilleur cinq du tournoi et un nouveau titre de meilleure défenseuse, après celui déjà obtenu aux Jeux olympiques de Paris.

Reste la WNBA, où son arrivée à Golden State a changé sa dimension. "Spooky" est devenue une véritable première option offensive, avec 14,4 points de moyenne en saison régulière, une place de titulaire au All-Star Game et une deuxième position au vote du Defensive Player of the Year, derrière Angel Reese. Surtout, elle a porté les Valkyries jusqu'au titre en produisant 19,6 points de moyenne sur les sept matches des Finales.

Championne d'Europe, vice-championne du monde et championne WNBA. Meilleure défenseuse en Europe et sur la scène internationale, membre du meilleur cinq mondial, MVP des Finales américaines. Il faut relire l'énumération pour réaliser à quel point elle est improbable.

Parker, Diaw, De Colo : les références du basket français

Le basket français a évidemment connu d'autres saisons exceptionnelles. En 2007, Tony Parker remportait son troisième titre NBA avec San Antonio et devenait le premier Européen MVP des Finales. Un accomplissement majeur, probablement le sommet individuel de sa carrière outre-Atlantique. En 2013, il atteignait encore les Finales NBA avant de conduire la France à son premier titre de championne d'Europe, avec le trophée de MVP de l'EuroBasket en prime.

Boris Diaw avait lui aussi vécu une année 2014 magnifique, champion NBA avec les Spurs puis médaillé de bronze à la Coupe du monde avec les Bleus. Quant à Nando De Colo, sa saison 2016 au CSKA Moscou lui avait permis de réaliser un grand chelem individuel européen : champion d'Euroleague, MVP de la compétition et MVP du Final Four.

Toutes ces références ont leur légitimité. Les accomplissements de Parker au plus haut niveau NBA gardent une dimension considérable, tandis que De Colo a davantage dominé individuellement sa compétition continentale que Williams cette année. La différence se situe dans l'accumulation. Aucun de ces grands noms n'a associé, au cours d'une même année, un titre majeur en club en Europe, un sacre dans la grande ligue nord-américaine et une finale mondiale avec l'équipe de France, tout en jouant un rôle aussi déterminant à chacune de ces étapes.

Williams a également réussi quelque chose de rare. Elle a changé de statut sans perdre son identité. Défenseuse d'élite dans une armada européenne, leader offensif et défensif de l'équipe de France, puis closer d'une équipe championne WNBA. Trois environnements, trois responsabilités différentes, une même capacité à peser sur le résultat.

Dupont, Karabatic, Zidane : et si l'on regardait au-delà du basket ?

La comparaison devient encore plus intéressante en élargissant le regard aux autres sports collectifs français. La saison 2024 d'Antoine Dupont représente sans doute l'un des parallèles les plus saisissants. Vainqueur de la Champions Cup et du Top 14 avec Toulouse, le demi de mêlée a ensuite changé de discipline pour décrocher l'or olympique en rugby à 7 à Paris, en étant décisif en finale contre les Fidji. Une triple réussite avec une dimension presque irréelle, comparable à la faculté de Williams de triompher dans plusieurs contextes au cours d'une même année.

En handball, difficile de faire beaucoup mieux que Nikola Karabatic en 2015. Champion du monde avec la France, champion d'Europe avec Barcelone et MVP du Final Four de la Ligue des champions, sans oublier le titre national espagnol. Là encore, on retrouve cette combinaison de victoires collectives et de distinctions individuelles au plus haut niveau.

Le football propose également quelques monuments. Zinedine Zidane en 1998, champion du monde, champion d'Italie et Ballon d'Or. Antoine Griezmann en 2018, vainqueur de la Coupe du monde et de la Ligue Europa avec l'Atlético de Madrid. Kylian Mbappé, la même année, sacré mondialement à 19 ans après un triplé national avec le PSG. Sans oublier Karim Benzema en 2022, vainqueur de la Ligue des champions, de la Liga et du Ballon d'Or, mais sans titre international avec les Bleus.

La différence essentielle ? Plusieurs de ces sportifs ont remporté la plus prestigieuse compétition internationale de leur discipline, ce que Williams n'a pas encore réussi. Elle a disputé deux grandes finales consécutives avec la France, aux Jeux de Paris en 2024 puis à la Coupe du monde en 2026, sans parvenir à renverser les États-Unis.

L'argument compte. Il interdit notamment de décréter sans discussion qu'elle vient de réaliser la plus grande année de toute l'histoire du sport collectif français.

Une année qui dépasse même la question du palmarès

En revanche, dans le basket français, le dossier est immense. Il existe des accomplissements individuels plus prestigieux dans une compétition précise, des médailles plus belles avec les Bleus et des parcours plus dominants statistiquement. Il est beaucoup plus difficile de trouver une année présentant une telle richesse, avec cette continuité au plus haut niveau de janvier à octobre.

Il faut aussi se souvenir du contexte. Williams n'est pas arrivée en WNBA comme une inconnue, mais elle n'avait jamais été championne et n'avait jamais disputé les Finales. Elle termine l'année au sommet, en ayant pris ses responsabilités offensives dans les moments les plus importants, sans jamais renoncer à ce qui a fait sa réputation : sa défense, son activité, sa polyvalence et son intelligence de jeu.

La question de la plus grande saison de l'histoire restera forcément subjective. Comparer les époques, les compétitions masculines et féminines ou encore la portée des différentes récompenses n'a rien d'une science exacte. Néanmoins, en termes de diversité des accomplissements, de rayonnement international et de capacité à être décisive sur plusieurs des plus grandes scènes du basket mondial, l'année 2026 de Gabby Williams est peut-être sans équivalent dans l'histoire du basket français.