ITW Nicolas Batum : « Ma meilleure saison »

Nicolas Batum est revenu en début de semaine dernière, à l'occasion de l'adidas Eurocamp de Trévise, sur sa folle saison avec les Portland Trail Blazers.

FX RougeotPar FX Rougeot | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Interview
ITW Nicolas Batum : « Ma meilleure saison »
De passage à l'adidas Eurocamp de Trévise, le 9 juin dernier, Nicolas Batum a pris le temps de commenter la folle saison des Blazers, tombés avec les honneurs (1-4) face aux Spurs en demi-finales de conférence, après un premier tour homérique face à Houston (4-2). Auteur d'une saison remarquable, symbolisée par sa série face aux Rockets (15,8 pts à 46,7% et 10/33 à 3-pts, 5,8 rbds et 5,1 assists en 42,5 minutes), "Batman" estime avoir clairement franchi un cap, lui qui, en l'absence de Tony Parker, mènera aux côtés de Boris Diaw l'attaque des Bleus lors de la prochaine Coupe du monde (30 août - 14 septembre en Espagne). Entre deux mots d'encouragement à son petit protégé Bathiste Tchouaffé (INSEP) et à quelques heures de s'envoler pour l'Asie, l'ailier de RIP City regarde dans le rétroviseur... BasketSession : D'abord, peux-tu nous parler du shoot au buzzer de Damian Lillard. Au moment où il déclenche, tu te retournes, on dirait que tu pars sans trop y croire... Nicolas Batum : (Il rigole.) Nan, tout le monde croit que je pars parce que je crois qu'il va louper… BasketSession : De par ton attitude, oui… NB : En fait, je sais pas. Je lui donne la balle et je fais : "Je t'en supplie, mets-là, j'ai pas envie de retourner à Houston, j'ai pas envie de jouer un match 7, j'ai pas envie !" BasketSession : Et la salle a explosé… NB : C'était un volcan. Tu pouvais sentir la terre trembler. [superquote pos="d"]Le p'tit tir step back sur Dwight, on s'en bat les reins, hein ? Nan j'déconne ![/superquote]BasketSession : Tu avais déjà ressenti ça en basket ? NB : Rarement. (Il insiste.) Rarement ! Là, c'était un truc de fou. Ça faisait 14 ans que le club n'avait pas gagné de série en playoffs, tir au buzzer… C'était abusé ! En plus, au début, le système, c'était pour Aldridge. Et je vois le petit… (Il se coupe et fait des gestes.) En fait, moi je suis comme ça, en train de regarder Aldridge et je vois Lillard qui sort de l'écran et qui claque des mains. Quand je tourne la tête, je le vois tellement déterminé, avec des grands yeux, limite en train d'hurler, que je fais : (Il fait mine de se débarrasser du ballon) "Tiens ! T'as intérêt à la mettre par contre ! Sinon j'suis mort ! Là Aldridge il va me tuer, et le coach il va me tuer, donc t'as intérêt à la mettre !" Et là, BANG !!! Et là il y a une ou deux secondes où je fais : (Il prend un air étonné, incrédule, naïf) "Oh merde, on a gagné. Oh oui ! Ouaaaaaaais !!!" Nan, c'était génial. C'était cool. BasketSession : Tu as vécu cette saison des shoots très importants dans le 4ème quart-temps… NB : (Il coupe et sourit, l'air taquin.) Nan, mais ce qu'on dit pas, c'est ce que c'est moi qui égalise juste avant, hein. A 30 secondes de la fin. Mais ça on s'en fout, ça ! Le p'tit tir step back sur Dwight (Howard), on s'en bat les reins, hein ? Nan j'déconne ! Tu sais, le mec qui veut du crédit pour lui… (Il reprend, sérieux.) Oui, j'avais pas mal la balle en fin de match. Pour la dernière balle, c'était souvent Lillard. Mais pour les dernières actions d'avant, dans la dernière minute, il voulait que j'ai la balle, parce qu'il disait que je prenais les bonnes décisions. Donc ça mettait un peu Lillard hors ballon. Comme ça je pouvais driver, comme ça je fixais un peu, et après je la ressortais sur Lillard, qui pouvait attaquer encore plus derrière ; ou sur Aldridge, qui prenait ses tirs. BasketSession : Et ça rentrait dans ton processus personnel de te responsabiliser davantage… NB : Bah oui. Il (Terry Stotts) me fait énormément confiance. Donc, c'est sûr que quand un coach te dit : "Prends la balle parce que je sais que tu feras la bonne décision", ça te met en confiance. Ça a été une saison charnière pour moi, j'ai passé un cap. C'est peut-être pas ma plus grande saison niveau scoring, mais niveau responsabilités, prises de risques dans le jeu…, ça a été ma meilleure saison cette année, la meilleure de ma carrière. BasketSession : Penses-tu que Portland a encore une marge de progression ? On voit comment il est difficile de sortir de la conférence Ouest… NB : Ouais, il va falloir répéter maintenant. Ça va être le plus dur. Mais bon, on a une bonne équipe, on a des joueurs talentueux, et on sait ce qu'on veut. Donc on ne va pas se reposer et se dire "On a fait une bonne saison, maintenant ça va être facile". BasketSession : Parce que quand vous avez débuté fort (24-5 fin décembre), beaucoup pensaient que vous alliez baisser le pied, comme par le passé… NB : Ouais, après, en février, Aldridge a été bloqué trois semaines. Et on a été un peu en galère. Mais tu sais, quand tu retires LaMarcus Aldridge, bon, tu retires 23 points - 12 rebonds quand même, et puis un impact et une attention de fou à l'intérieur. On a eu du mal à s'adapter par rapport à ça, on a eu un petit trou d'air, mais quand il est revenu, après, on est repartis. BasketSession : Quelles choses souhaites-tu améliorer dans ton jeu ? NB : Mon maniement de balle, essayer de m'ajouter deux ou trois mouvements au poste bas. Et le tir, après. Enfin bon, c'est un ensemble. Mais ces trois secteurs-là, surtout. BasketSession : Et la main gauche, c'est trop tard ? NB : Nan, c'est jamais trop tard ! Surtout la main gauche ! (Il rigole.) [superquote pos="d"]Quand on me dit des fois "Tu nous rappelles quand Scottie était là", c'est la plus belle chose qu'on puisse me dire.[/superquote]BasketSession : Toi et ton cousin Fabien Ateba (Fos-sur-Mer, Pro B), vous partagez une admiration pour Scottie Pippen. Tu as notamment eu l'occasion d'en parler dans SLAM (cf. le portrait réalisé l'an passé par Lang Whitaker, intitulé "Five-Tool Player"). Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ? NB : C'est mon modèle, c'est mon idole depuis que je suis gamin. Encore maintenant. C'est mon joueur préféré et ça restera mon joueur préféré. Je crois que j'ai commencé à regarder la NBA à l'époque d'Atlanta 96 (les JO - ndlr). Ce qui m'a donné goût à la NBA, en regardant Team USA, il y avait Pippen à l'époque. J'ai regardé ce joueur, je suis tombé amoureux de son jeu, et j'ai toujours aimé depuis. Après, j'ai continué à suivre les Bulls, il y avait Jordan, plus Pippen. Après Pippen est parti à Houston, et puis… Portland. C'est pour ça que quand les gens… (Il se coupe.) Bon, je sais très bien que je suis très loin de ce joueur, attention, mais quand on me dit des fois "Ouais, tu nous rappelles quand Scottie était là…", c'est la plus belle chose qu'on puisse me dire au monde… (Ce que j'aime chez Pippen), c'est son jeu, c'est l'homme qui peut tout faire, des triple-doubles, une grosse défense sur n'importe quel poste. C'est clairement mon modèle. BasketSession : Jouer dans la conférence Ouest, c'est la jungle, non ? NB : C'est bien ! C'est mortel, parce que chaque match est intense. Tu peux jouer contre le 9e ou le 10e et ce sera un match de fou quand même. Quand tu vois qu'il y a onze équipes qui sont à plus de 50% de victoires… BasketSession : D'autant que toi, tu évolues à un poste où tu te retrouves face aux meilleurs scoreurs de la ligue tous les 2-3 jours… NB : Ouais, je joue Kevin Durant quatre fois, je joue Stephen Curry quatre fois… Bon, je ne joue LeBron que deux fois. Mais tu vois, tu joues Chris Paul et les Clippers trois ou quatre fois, tu joues les Spurs quatre fois, tu joues Houston quatre fois… Wesley (Matthews) et moi, on alterne sur les meilleurs scoreurs. Ça dépend des postes. Des fois, c'est moi tout le match, des fois, c'est lui tout le match. Des fois, il fait une mi-temps, je fais une mi-temps. BasketSession : Ça te prend beaucoup d'énergie de défendre sur de tels joueurs… NB : Ouais, mais tu prends du plaisir, entre guillemets. Bon, après, y'a des soirs où voilà, il va t'en mettre 45, comme j'ai pris par Durant, une fois. Y'a des soirs où c'est leur soir, ils mettent dedans, qu'est-ce que tu veux ? [caption id="attachment_165657" align="alignleft" width="400"] A l’Eurocamp, avec Axel Toupane, Bathiste Tchouaffé, Louis Labeyrie, Olivier Sarr, Hugo Invernizzi, David Michineau et Yannis Morin[/caption] BasketSession : Quand tu en prends 46 par Durant (voir la vidéo ici), comment tu te sens ? NB : Bah tu passes à autre chose, écoute. Il l'a fait avant toi, et il le fera après toi, de toute façon. Ça ne sert à rien de pleurer et galérer… Voilà, t'as pris 45, bah tu "move on"… Qu'est-ce que tu peux faire ? BasketSession : Peux-tu nous parler du public de Portland ? NB : Le meilleur de la NBA ! C'est un truc de fou chez nous. Il n'y a jamais eu autant de ferveur, de solidarité, de loyauté… J'ai jamais vu ça ! C'est des fous ! On a fait deux mauvaises saisons avant (28-38 en 2011-2012 et 33-49 en 2012-2013 - ndlr), l'affluence n'a pas bougé. Parce que ces mecs sont derrière nous, quoi qu'il arrive. Victoire ou défaite, ils nous pousseront tout le temps. Alors quand on gagne, c'est encore mieux, parce que voilà, ils méritent d'avoir une grosse équipe. Ils sont tellement derrière nous, à fond. Ils méritent qu'on soit forts. Déjà, rien que pour eux, on se doit de bien jouer. BasketSession : En conclusion, peux-tu nous dire un mot sur le club de Caen. Où l'imagines-tu, dans cinq ans, par exemple ? NB : En Euroligue, dans cinq ans ! (Il rigole.) J'ai dit à TP "On se rejoint !" Bon, il faut qu'on monte déjà, parce qu'on a foiré la montée (défaite 68-71 lors du match 3 de la finale, sur un tir au buzzer de Pierrick Moukenga, contre GET Vosges). C'est pas évident de monter. La N2 est un bon championnat, avec de bons joueurs. Y'a du niveau. Mais voilà, c'est un projet intéressant, et c'est bien de rendre aux clubs qui nous ont aidés et de faire monter le basket français, comme TP a pu le faire juste avant moi. J'essaye de faire ça de mon côté avec l'équipe que j'ai à Caen, et on essaye de faire de bonnes choses. BasketSession : Ça te prend beaucoup de temps ? NB : Surtout en ce moment ! Il y a le recrutement à refaire, il faut tout refaire. Mais ce sont des moments intéressants. T'apprends des trucs. C'est différent. C'est un autre métier que le tien que tu apprends. Mais c'est sympa.
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