Personne ou presque ne mentionne le jeu de Jayson Tatum. C’est peut-être la superstar la moins discutée de toute la ligue. Sauf quand il s’agit de commenter son éventuelle dispute avec Jaylen Brown. Là, son nom revient dans les conversations. Alors, les deux All-Stars et anciens coéquipiers sont-ils brouillés ? Peu importe. En revanche, ce qui compte réellement pour les Boston Celtics, c’est le niveau de jeu affiché par son leader depuis la reprise de la saison.
Brown assure qu’il n’y a rien avec Tatum… mais envoie des piques
L’échantillon est tout petit. Quatre matches. Un (le premier) où il passe complètement à côté en termes de réussite, un autre à peu près correct et déjà deux masterclasses au compteur. Contre les deux équipes new-yorkaises. 36 points pour faire plier les Knicks et 40 punktos, la nuit dernière, pour finalement se défaire des Nets après prolongation. Avec en prime le panier pour la victoire inscrit au buzzer. En patron.
« On a donné la balle au MVP et il nous a fait gagner le match », résumait Paul George, son nouveau lieutenant qui, contrairement au précédent, est évidemment à un stade de sa carrière où il est beaucoup plus facile d’accepter un rôle légèrement plus secondaire. La décla du vétéran se veut juste flatteuse envers son camarade. Mais citer Tatum et le trophée individuel le plus prestigieux dans la même phrase n’est pas si anodin. Parce que même s’il a parfois été considéré comme un candidat lointain à la récompense, le chef de file des Celtics n’a finalement jamais fait mieux que quatrième du vote (deux fois). Et ça tout en étant pourtant le meilleur joueur d’une franchise constamment au-dessus, voire bien au-dessus, des 60% de victoires depuis 2021.
Et si ça changeait enfin ? Et s’il entrait réellement dans cette course ? Alors, attention. Il est bien évidemment trop tôt dans la saison pour commencer à se concentrer de façon sérieuse sur la lutte pour n’importe quelle distinction. Mais en se projetant, il existe des raisons de croire à une candidature vraiment plausible de Tatum, sans qu’il décroche nécessairement la timbale d’ici quelques mois.
Il faut déjà comprendre d’où il vient ou plutôt d’où il revient. Sa déchirure au tendon d’Achille remonte à mai 2025, soit 18 mois en arrière maintenant. Le joueur de 28 ans retrouve de plus en plus ses sensations. « Il y a des moments pendant les matches, que j’ai la balle ou non, que ce soit en coupant ou en faisant autre chose et d’un coup je me dis ‘ça commence vraiment à ressembler à ce que je faisais avant ma blessure.’ Que je marque ou que je rate, je suis de plus en plus excité par la manière dont je me déplace sur le terrain », confie l’intéressé à la presse.
Seul un Jayson Tatum au sommet de sa forme, et donc au niveau qui était le sien avant son terrible pépin, peut prétendre au MVP. Parce que les talents sont trop nombreux en NBA. Shai Gilgeous-Alexander, Victor Wembanyama, Luka Doncic, Nikola Jokic… ces gars-là ne se trouent quasiment pas. Pour se mêler à la bataille avec eux, il faut être présent tout le temps ou presque. En étant régulier dans les performances et en tenant le choc physiquement. Ce sera encore évidemment le premier défi pour la star de Boston, revenue à la hâte l’an dernier mais finalement diminué pendant les playoffs et lors de la série perdue d’entrée contre les Philadelphia Sixers.
Les prestations du natif de Saint-Louis sont encourageantes. Il gravite déjà à nouveau parmi les dix meilleurs basketteurs de la ligue. Mais le plus intéressant, c’est peut-être la suite de sa progression au playmaking. Cela fait des années qu’il évolue dans cet aspect du jeu et la première semaine de compétition met en avant une lecture de plus en plus fine de ce qui se passe sur le parquet en temps réel. Comme si sa longue absence l’avait aidé à mieux comprendre son sport.
« J’ai déjà été dans cette situation. Et c’est vrai qu’en revenant de convalescence, je voyais le jeu différemment », souligne George. « J’ai l’impression que l’on a un Jayson plus mature, qui fait les bons choix. Il implique les autres, il prend les bonnes décisions et il distribue les caviars. C’est comme si tout s’était ralenti pour lui. Il lit les actions avant qu’elles ne se produisent. »
Des passes, Jayson Tatum en envoie à la pelle. 11 sur le premier match, puis 7, 6 et enfin 8 lors de son match à 40 pions contre Brooklyn. Soit 8 de moyenne en plus de ses 28 points. 32 offrandes pour seulement 7 ballons perdus depuis le début de la saison. Le ratio est mignon. Et il le démarque d’un certain… Jaylen Brown, évidemment. « Si je faisais partie de l’équipe de com de Tatum, je rappellerai le nom du mec avec le plus de turnovers en NBA la saison dernière », ironisait Brian Scalabrine, ancien joueur des Celtics désormais consultant.
Il y avait bien plus de déchets dans le jeu tout en isolation de Brown, numéro un aux balles perdues devant Doncic, l’an passé. Sans pousser dans le cliché de la comparaison, Tatum peut parfois donner l’impression de forcer quelques tirs mais il est présent au cœur du jeu et il connecte les différences pièces des Celtics. Il n’est pas LeBron James. Mais il n’est pas non plus Carmelo Anthony. Et ses progrès constants à la création et à la passe le rapprochent plus du King que de Melo. C’est un aspect crucial pour éventuellement terminer sur le podium du MVP. La notion de polyvalence, de basketteur total, pèse dans l’esprit des votants. Et sur le côté « all-around », il a toujours été plus impactant que son ex-compère.
Ses lectures sur pick-and-roll sont intéressantes. Il repère plus facilement les duels avantageux. Il réagit plus rapidement à ce que propose la défense. Il sait lâcher la balle tôt en cas de prise-à-deux. Il aime fixer jusqu’à ce que l’attention de ses adversaires soit centrée sur lui pour ensuite envoyer le petit lob ou la passe à terre. Sur les 11 paniers inscrits par Neemias Queta jusqu’à présent, 6 ont pour origine l’un de ses caviars par exemple.
Le trophée de Most Valuable Player reste étroitement lié aux bilans collectifs. Tatum ira aussi haut que ce que les Celtics le permettront. Et réciproquement (ce qui est déjà un argument). Boston occupe pour l’instant la première place de sa Conférence, à égalité avec Philadelphia, Charlotte et Detroit. Le club du Massachusetts a beau avoir perdu Brown, il n’est pas impossible de le retrouver à nouveau dans le top-3 à l’Est d’ici avril.
Oui, la saison dernière était surprenante (et encore…) en termes de résultats. Certains s’imaginent que les hommes de Joe Mazzulla vont rentrer dans le rang, surtout avec une concurrence accrue dans leur moitié de pays. Mais avec une philosophie très claire, celle de leur coach, des joueurs de devoir continuellement sous-cotés, le renfort de Paul George, celui de Mitchell Robinson, la progression graduelle, même légère, de certains jeunes et un Jayson Tatum dans le costume du chef à la place de Jaylen Brown, les C’s ont en réalité de nombreux atouts à faire valoir pour finir haut placés.
Pour ramener encore une fois Brown dans la discussion, après tout, les deux joueurs sont liés à vie, il serait intéressant de se demander si Tatum n’a pas davantage de chances d’être nommé MVP maintenant qu’il est le seul maître à bord. Il n’y a plus de doutes sur l’identité du calife à Boston. Certains diront qu’il n’y en a d’ailleurs jamais eu. Mais là, au moins, c’est très clair. En tout cas, avec Boston dans le coup, des stats élevés, des moments mémorables comme des game winners, une belle histoire à raconter avec son retour de blessure et une progression à la passe, Jayson Tatum sera peut-être l’Américain dans la meilleure position pour mettre fin à l’hégémonie des joueurs internationaux sur le trophée.


