On savait que Cooper Flagg était un phénomène. On savait aussi qu'après une saison rookie aussi aboutie, ponctuée d'un trophée de Rookie of the Year, le jeune ailier de Dallas était probablement destiné à devenir rapidement une superstar. Ce qu'on mesure peut-être un peu moins, c'est à quelle vitesse il pourrait franchir les différentes étapes qui séparent un immense espoir d'un joueur appartenant à l'élite de la NBA.
Lundi soir, face à Miami, Flagg a livré l'un de ces matches qui donnent envie de s'emballer, même lorsqu'on sait qu'il faut garder la tête froide. De retour après une absence liée à une entorse de l'épaule gauche, conséquence d'une vilaine faute d'Aaron Nesmith contre Indiana, il n'a semblé ressentir aucune gêne. Résultat : 29 points, 6 rebonds, 11 passes décisives, 5 interceptions et 3 contres, avec une victoire à la clé (113-109).
Le plus savoureux ? Son contre sur Andrew Wiggins, à 31 secondes de la fin, alors que Miami avait l'occasion de repasser devant. Flagg s'est ensuite chargé de sceller le succès des Mavericks en attaque. Le genre de séquence qui rappelle qu'il est possible d'être le joueur le plus déterminant d'une rencontre aux deux extrémités du terrain.
Après ses 32 points pour ouvrir la saison contre Houston, le prodige confirme en tout cas qu'il n'a pas l'intention de connaître le fameux sophomore slump. À 19 ans, avec une année de NBA dans les jambes, il semble déjà avoir franchi un cap dans sa lecture du jeu, sa gestion des possessions et sa capacité à prendre les choses en main.
D'où une question : faut-il simplement attendre de Cooper Flagg qu'il confirme son énorme potentiel cette saison, ou peut-on déjà lui fixer des objectifs beaucoup plus élevés ?
Cooper Flagg, Kyrie Irving, Zaccharie Risacher : et si Dallas surprenait tout le monde ?
All-Star, ça ressemble presque à une évidence. All-NBA, pourquoi pas ?
Il faut évidemment se méfier des conclusions tirées après trois matches disputés. Surtout lorsqu'un joueur vient de signer une performance aussi spectaculaire. Néanmoins, la saison rookie de Flagg était déjà suffisamment exceptionnelle pour autoriser un certain optimisme.
Avec 21 points, 6,7 rebonds, 4,5 passes, 1,2 interception et 0,9 contre de moyenne, il avait immédiatement montré qu'il n'était pas simplement un jeune talent à développer. Il avait déjà les moyens d'influencer significativement les rencontres.
Ce début de deuxième saison laisse entrevoir un joueur encore plus complet. Son playmaking, notamment, est assez bluffant. Face à Miami, il ne s'est pas contenté d'être un finisseur ou un scoreur capable de créer son propre tir. Il a véritablement organisé des séquences offensives, manipulé les aides défensives et distribué le ballon avec une maturité remarquable.
Sa progression dans ce domaine pourrait d'ailleurs être presque aussi importante que celle de son scoring. Un Flagg capable d'approcher les 25 points tout en distribuant 5 ou 6 passes par match, avec son activité défensive, aurait déjà un dossier très sérieux pour une première sélection au All-Star Game.
La concurrence à l'Ouest reste féroce, évidemment. Shai Gilgeous-Alexander, Victor Wembanyama, Nikola Jokic, Luka Doncic, Anthony Edwards et plusieurs autres occupent déjà une place considérable dans la hiérarchie, mais Flagg possède le talent, l'exposition et les responsabilités pour se mêler à cette discussion.
Une sélection All-NBA représenterait un palier encore supérieur. Il ne suffirait plus de produire de grosses statistiques ou d'impressionner régulièrement. Il faudrait s'installer parmi les quinze joueurs les plus influents de la saison, avec une efficacité offensive sensiblement supérieure à celle de son année rookie.
C'est notamment sur son tir extérieur que Flagg doit progresser. Ses 29,5 % à trois points l'an dernier restent une vraie limite, et son 2/8 contre Miami rappelle que le problème n'est pas encore réglé. Pour devenir une première option offensive difficile à contenir soir après soir, il doit rendre les défenses plus hésitantes lorsqu'elles lui laissent de l'espace.
Sa maîtrise du ballon, ses décisions sous pression et sa capacité à limiter les pertes de balle doivent également gagner en constance. Rien d'insurmontable, surtout pour un joueur aussi jeune. La différence entre une formidable deuxième saison et une campagne All-NBA se jouera probablement sur ces détails.
Et si son véritable atout était sa défense ?
On parle naturellement beaucoup de ses qualités offensives, tant il paraît capable de développer un arsenal très complet. Pourtant, c'est peut-être en défense que Flagg possède aujourd'hui la plus grande avance sur les joueurs de son âge. Ses instincts sont assez remarquables. Sa compréhension des aides, sa capacité à anticiper les lignes de passe, son timing au contre et sa mobilité lui permettent déjà d'être influent sur un nombre considérable de possessions.
Il ne possède évidemment pas l'impact dissuasif de Victor Wembanyama près du cercle. Il n'est pas non plus un défenseur individuel aussi accompli que les meilleurs spécialistes de la ligue. Certains extérieurs très explosifs peuvent encore le mettre en difficulté, tandis que les ailiers les plus puissants peuvent profiter de son manque relatif de force physique.
Néanmoins, il a quelque chose de précieux. La possibilité de devenir un défenseur extrêmement polyvalent, capable de perturber une attaque de multiples façons. Surtout, il semble prendre un plaisir réel à défendre. Ce n'est pas une dimension secondaire de son jeu, ni une activité à laquelle il se consacre uniquement lorsqu'il lui reste de l'énergie après avoir marqué 25 points. Flagg défend avec une intensité qui ne paraît pas incompatible avec ses responsabilités offensives grandissantes. C'est peut-être là que se trouve son plafond le plus intrigant.
Beaucoup de superstars sont devenues tellement indispensables offensivement qu'elles ne peuvent plus maintenir le même investissement défensif. D'autres dominent avant tout grâce à leur défense et cherchent encore à devenir des attaquants suffisamment complets. Flagg pourrait trouver un équilibre particulièrement rare entre les deux. Devenir un scoreur de premier plan, un véritable créateur et un défenseur capable, à terme, de prétendre à une All-Defensive Team.
Dès cette saison ? Ce serait rapide, particulièrement dans une équipe de Dallas qui doit encore prouver sa solidité collective. Il lui faudra progresser dans ses duels individuels, gagner en puissance et montrer qu'il peut conserver cette intensité sur plusieurs mois. Mais il ne serait pas absurde de voir son nom commencer à circuler dans les discussions autour des meilleurs défenseurs polyvalents de la ligue. Ce serait déjà une sacrée réussite pour un sophomore.
Un top 5 MVP ? Il y a encore quelques obstacles...
C'est évidemment le scénario le plus ambitieux. Peut-être même trop, à ce stade. Pour intégrer le top 5 du vote pour le MVP, Flagg devrait non seulement franchir un cap statistique considérable, mais aussi entraîner les Mavericks vers une saison bien supérieure aux attentes.
Dallas sort tout de même d'un exercice à 26 victoires. Le retour de Kyrie Irving est précieux, P.J. Washington reste un joueur utile, Zaccharie Risacher a du potentiel et quelques autres éléments peuvent apporter une contribution intéressante. Ce n'est pas un effectif sans talent, mais on est encore loin des armadas qui entourent plusieurs candidats naturels au MVP.
L'arrivée de Dusty May sur le banc constitue aussi une variable importante. Le nouveau coach va devoir trouver un équilibre entre le développement de son jeune franchise player, l'utilisation d'Irving et la nécessité de rendre Dallas plus compétitif, notamment sur demi-terrain. En réalité, c'est peut-être la principale limite aux ambitions individuelles de Flagg cette année : le niveau collectif de son équipe. Même avec une saison statistique extraordinaire, il sera difficile d'intégrer le cercle des favoris au MVP si les Mavericks restent dans les profondeurs de la Conférence Ouest.
Pour que son nom apparaisse sérieusement dans un top 5, il faudrait probablement un énorme bond collectif, accompagné d'une production individuelle proche de celle des superstars confirmées. Ce n'est pas impossible dans l'absolu, mais il semble prématuré d'en faire un objectif raisonnable dès octobre. On peut en revanche parfaitement imaginer Flagg devenir, dès cette saison, un joueur dont on parle régulièrement lorsqu'il s'agit d'identifier les futurs candidats au trophée. Ce serait déjà une progression spectaculaire.
Car finalement, c'est ce qui rend sa situation aussi excitante. Après une seule saison NBA, Cooper Flagg possède déjà un bagage technique, physique et intellectuel exceptionnel. Il peut scorer, organiser le jeu, défendre plusieurs positions, prendre ses responsabilités dans le money time et influencer les rencontres sans nécessairement dominer le ballon.
Tout cela ne signifie pas qu'il va devenir une superstar dans les prochaines semaines, ni que ses imperfections vont disparaître du jour au lendemain. Sa régularité au tir, ses progrès défensifs et sa capacité à porter une équipe encore en construction seront autant d'éléments à surveiller.
Ce qui est assez vertigineux, en revanche, c'est qu'on puisse déjà envisager toutes ces possibilités pour un garçon qui ne fêtera ses 20 ans qu'en décembre.
