Kevin Durant et Michael Beasley : Les deux faces d’une même pièce

Au premier regard, tout semble opposer Kevin Durant et Michael Beasley et pourtant ils ne sont que les deux faces d’une même pièce.

Kevin Durant et Michael Beasley : Les deux faces d’une même pièce
Il existe un paquet de films cultes sur le basket, mais il serait temps que HBO ou Netflix produise une série digne de ce nom sur le meilleur sport du monde. De notre côté, on a déjà une idée de scenario toute prête. L’histoire de deux potes d’enfance qui ont le même rêve : s’extirper de la zone en brillant plus fort que tous les autres sur le terrain, briser les chaînes invisibles qui ont maintenu leurs aînés ligotés au ter-ter pour passer de l’autre côté de l’écran multicolore au travers duquel ils admirent leurs idoles, en espérant un jour les imiter et les rejoindre sur les parquets scintillants de la NBA. Pour rendre l’intrigue plus prenante, il faudrait imaginer des personnalités et des trajectoires diamétralement opposées à ces deux personnages principaux, trouver comment leur faire traverser des épreuves terribles, tester leur résilience et leur amour du jeu pour vérifier la solidité du lien qui les unit. Des réussites, des déceptions, des joies intenses, des larmes, de l’argent, des histoires de drogue, des trahisons et des retrouvailles. Du sang, des larmes et du basketball. Oui mais voilà, cette histoire existe déjà, c’est celle de Kevin Durant et Michael Beasley.

Identité en crescendo

Beas et KD. Difficile d’imaginer deux carrières plus éloignées l’une de l’autre, entre celui qui a tout réussi et celui qui a failli tout foirer. Pour comprendre la relation qui les unit dans toute sa complexité, il faut revenir là où ils ont grandi. PG County, dans le Maryland. Ni vraiment Washington, ni tout à fait Baltimore. Des quartiers résidentiels et des zones bien plus pauvres, le tout enfermé dans un anonymat quasi complet. Les oreilles curieuses auront peut-être entendu parler de cet endroit sur les disques de Kev Brown ou Oddisee, mais sans ça et une ou deux mentions dans « The Wire », on n’aurait sans doute jamais eu l’idée d’en savoir plus sur ce bled. C’est pourtant ici qu’ils se sont rencontrés et qu’ils ont grandi. Comme on peut se l’imaginer, c’est dans une salle de basket que s’est faite la rencontre. Deux gamins de dix-onze ans avec une même passion pour ce sport et du talent plein les mains, qui découvrent qu’ils partagent bien plus qu’un hobby.

« On se retrouvait tous au gymnase et, de tous les gars qui étaient avec nous, c’est avec Mike que la connexion s’est le mieux faite », racontait Durant à Chris Haynes d’ESPN dans un entretien passionnant.

« On a commencé à bouger ensemble et il y avait toujours une bonne vibe entre nous. Même chose sur le terrain, on se trouvait bien. »

Comme pour bien d’autres gamins avant eux, le basket est rapidement devenu plus qu’un passe-temps, c’était une bouffée d’oxygène pour échapper à la morosité asphyxiante du quartier. Sans vrais exemples de réussite desquels s’inspirer, c’est sur les stars du ballon orange qu’ils ont braqué leurs yeux et calqué leurs ambitions.

« La seule stabilité pour nous, c’était le basket. » Kevin Durant

 

« Le basket était notre ticket de sortie », résume Kevin Durant sans détour.

[caption id="attachment_427179" align="alignright" width="300"] Cet article est issu du numéro 67 de REVERSE.[/caption] Un billet simple pour quitter la pauvreté, mais avant tout pour découvrir le monde, même si ce n’était que pour quitter momentanément son pâté de maison.

« Rien que de bouger au sein de PG County, c'était déjà une aventure pour nous. On ne sortait jamais, sauf si c'était pour aller jouer au basket. On vivait dans notre monde. »

Michael Beasley renchérit : « On n'avait pas grand-chose, mais on ne s'en rendait pas compte. C'est à partir du moment où on a commencé à voyager qu'on s'est rendu compte de la différence avec d'autres régions. »

Alors qu’ils n’habitaient qu’à quelques kilomètres de la capitale des Etats-Unis, ils avouent tous les deux n’avoir vu la Maison-Blanche pour de vrai que dans les années 2010 !

« Je pensais que c'était une maison normale, je ne savais même pas que ça faisait tout un bloc. »

Mais le basket et, surtout, le gymnase, c’était également un havre de paix, un pilier inamovible sur lequel s’appuyer quand tout le reste n’est que mouvement perpétuel. Durant leurs jeunes années, Kevin et Mike ont déménagé à de multiples reprises, changeant d’adresse au gré des expulsions ou des hausses de loyer. Pas simple dans ces conditions de s’ancrer et de ne pas se sentir à la dérive.

« La seule stabilité pour nous, c’était le basket », explique Kevin Durant.

C’est pour ça qu’aujourd’hui encore ils chérissent à ce point ce jeu et les souvenirs qui y sont liés. Sur un terrain, ils ont découvert pour la première fois de leur vie qu’ils n’étaient pas seuls au monde et qu’ils pouvaient puiser dans le groupe de l’inspiration et de la force.

« Avant de rencontrer Kevin et Nolan (Smith, un ancien joueur de Duke qui a également grandi avec eux – ndlr), je n'avais jamais vraiment eu d'amis », raconte Mike.

« Le gymnase, c'était un endroit où je pouvais aller tous les jours et où les gens m'acceptaient tel que j'étais, c'était super. »

On peut apprécier le joueur ou non, mais Mike Beasley est souvent déconcertant de sincérité. Derrière le masque du clown de service sûr de lui, on perçoit clairement les fissures, les failles. Auprès de KD, il a trouvé à la fois son semblable et son opposé, une source d’inspiration et d’apaisement. Dans le jeu comme dans la vie, ces deux-là se complétaient à merveille, comme les deux faces d’une même pièce. D’un côté le mec réservé et en manque de confiance qui ne jure que par le travail et de l’autre le gars rigolard avec une gouaille incroyable et un sens inné du jeu. Ils étaient si différents, intrinsèquement, que chacun enviait les qualités de l’autre.

« Toute ma vie, mon objectif était de pouvoir me hisser à son niveau », raconte Beas.

« Quand je l'ai rencontré, je n'avais jamais joué au basket ailleurs qu'en street et lui il bossait déjà sur son jeu et sur ses fondamentaux. Je n'y connaissais rien, moi. Et il a toujours eu cette confiance en lui. »

« C'est marrant, parce que ma version des choses est différente », avance Kevin.

« C'est vrai que je passais beaucoup de temps au gymnase, mais Mike avait un meilleur feeling que moi pour le jeu, parce qu'il jouait dehors alors que je m'entraînais tout seul à la salle. J'ai dû bosser dur avant que mon coach ne me laisse jouer dehors. Je lui enviais la facilité avec laquelle il arrivait à s’exprimer en match. »