Il y a des joueurs dont on se demande s’ils auraient pu survivre au basket moderne. Pour Pau Gasol, la question se pose presque dans l’autre sens : jusqu’où son talent aurait-il pu aller dans une NBA qui valorise autant les qualités qui faisaient déjà de lui un intérieur à part ?
À première vue, certains éléments de son profil pourraient inquiéter. Gasol était un vrai grand, pas spécialement mobile latéralement, et les attaques actuelles auraient cherché à l’isoler loin du cercle. Switches, meneurs lancés face à lui, séquences répétées de pick-and-roll : défensivement, il aurait fallu construire autour de ses limites.
Réduire Pau Gasol à un pivot traditionnel condamné à souffrir aujourd’hui serait toutefois passer à côté de l’essentiel. Son jeu comportait déjà énormément de choses que la NBA moderne recherche chez ses intérieurs.
Sa compréhension du basket, d’abord. Gasol voyait le jeu remarquablement bien pour un joueur de sa taille. Il savait trouver les cutters, servir depuis le poste haut, jouer dans les petits espaces et faire circuler une attaque sans avoir besoin de monopoliser la balle. À une époque où les pivots sont de plus en plus utilisés comme des créateurs, cette dimension de son jeu aurait probablement pris encore plus de place.
Sans aller jusqu’à le comparer directement à Nikola Jokic, qui évolue dans une autre dimension en matière de création offensive, Gasol avait déjà plusieurs des qualités devenues centrales chez les grands modernes : vision du jeu, lecture des prises à deux, mains très sûres et finesse près du cercle.
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Son toucher faisait aussi partie de ses grandes forces. Main droite, main gauche, petits hooks, tirs en sortie de mouvement, face-up, mi-distance : Gasol disposait d’une palette offensive extrêmement large. Son tir extérieur ne s’étendait pas encore régulièrement jusqu’à trois points, simplement parce que ce n’était pas ce qu’on demandait à un intérieur de son époque.
Il est assez facile d’imaginer son jeu évoluer différemment aujourd’hui. Un joueur aussi adroit aux lancers, aussi à l’aise à mi-distance et doté d’une mécanique aussi propre aurait probablement été encouragé très tôt à reculer derrière l’arc. Pas nécessairement pour devenir un sniper, mais assez pour obliger les défenses à le respecter et ouvrir encore davantage le terrain.
La vraie question concerne surtout le statut qu’il aurait eu.
Un franchise player ou un lieutenant ?
Gasol aurait-il été un franchise player capable de porter seul une équipe vers le titre ? Sans doute pas. Comme deuxième option, en revanche, son profil aurait été particulièrement précieux.
On oublie parfois à quel point son rôle auprès de Kobe Bryant allait au-delà de celui d’un simple lieutenant. Gasol pouvait scorer, créer, servir de point d’appui et faire fonctionner une attaque tout en laissant la superstar principale occuper le centre du jeu. Le genre de deuxième star capable de s’adapter à beaucoup de configurations sans dégrader ce que font les autres.
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Dans une équipe bien construite, avec suffisamment de mobilité et de protection autour de lui pour limiter ses problèmes défensifs, Pau Gasol aurait probablement figuré parmi les intérieurs les plus utiles de la ligue.
Il n’aurait pas été Jokic, ni forcément le prototype du pivot actuel capable de tout switcher en défense. Son intelligence, sa qualité de passe, son toucher et sa polyvalence offensive auraient en revanche donné énormément de matière à un coach moderne.
Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si Pau Gasol aurait trouvé sa place dans la NBA actuelle. Tout porte plutôt à croire qu’on aurait trouvé encore davantage de façons d’utiliser ce qu’il savait faire.
