Les franchises NBA ont élevé le tanking au rang d’art à part entière cette saison. Ce qui était une tradition prend maintenant des airs d’abus. Plus personne ne se cache. Et les matches bâclés, bazardés à l’adversaire afin de maximiser les petits pourcentages supplémentaires dans l’espoir de récupérer l’un des quatre premiers choix de la draft (évidemment de préférence le premier), d’ordinaire réservés au mois de mars, sont arrivés dès début février. Trop, c’est trop. Adam Silver a décidé de taper du poing sur la table et de dire stop en annonçant publiquement qu’il ferait du tanking son prochain combat.
Quelques semaines plus tard, et après consultation avec les propriétaires et les GM des 30 franchises, la ligue serait donc sur le point de révolutionner son système de draft. Ou plutôt de le réformer. Les grandes lignes du projet consistent à élargir la loterie à 16 équipes (contre 14 aujourd’hui) en incluant celles qui participent au play-in, à équilibrer à nouveau les probabilités de récupérer le first pick et à tirer les 16 premiers choix.
Le nouveau visage de la loterie NBA se dessine : voilà à quoi elle devrait ressembler
Dans ce nouveau scénario, les équipes qui n’ont pas terminé avec l’un des trois plus mauvais bilans et qui ne se sont pas non plus qualifiés pour le play-in, auraient le plus de chances de chopper le gros lot : 3 billes au total. Suivent ensuite avec 2 billes les trois plus mauvais bilans accompagnés des équipes classées 9 et 10 (indépendamment de leur qualification ou non pour les playoffs). Enfin, les perdants du duel entre 7eme et 8eme de chaque Conférence hériteront chacun d’une bille. OK.
Quels ont été les deux symboles du tanking cette saison ? Qui a repoussé les limites ? Le Utah Jazz et les Memphis Grizzlies. Les premiers ont carrément laissé sur le banc leurs titulaires, dont des All-Stars comme Lauri Markkannen et Jaren Jackson Jr, lors de l’intégralité de quatrièmes quart-temps serrés. Les seconds ont osé placer la quasi-totalité de leur effectif sur la liste des blessés pour finir la saison à six avec des joueurs qui ne refouleront peut-être plus jamais un parquet NBA. Les deux équipes ont affiché sur les derniers matches des équipes composés de rookies, de joueurs sortis de nulle part, de 10-days contracts et autres gars piochés en G-League. Ça n’avait plus aucun sens.
Dans le scénario proposé par la NBA, le Jazz et les Grizzlies seraient tous les deux parmi les 7 équipes en mesure d’obtenir trois billes et donc une plus forte probabilité de piocher en premier. Parce qu’elles n’ont pas terminé avec l’un des trois plus mauvais bilans mais elles ont absolument TOUT FAIT pour éviter de se qualifier au play-in.
Alors comment penser que ce système va vraiment mettre fin au tanking ? Comment penser qu’au contraire, il va inciter plus que jamais certaines équipes à gagner un peu, mais pas trop. Adam Silver expliquait qu’il fallait différencier les franchises en reconstruction et celles qui tankent. Celles qui se reconstruisent ne font pas exprès de perdre d’après lui. Mais ce sont exactement elles qui sont punies par cette réforme. Le tanking le plus dégueulasse, c’est celui d’une équipe normalement capable de bien figurer mais qui décide de se saborder comme Utah ou Memphis.
Les places du con, celles qui ne sont ni trop hautes ni trop basses, vont devenir les places rêvées. Il va falloir commencer dignement pour finir faiblement. Exactement ce qu’on fait le Jazz, les Grizzlies, voire même les Bulls, les Bucks et les Mavericks dans une moindre mesure.
Alors, peut-être que la NBA anticipe déjà d’autres problèmes puisqu’elle entend se réserver le droit de modifier les probabilités, voire même la place à la draft, des équipes qui, selon elle, ne jouent pas le jeu. Mais comment déterminer le vrai du faux à chaque fois qu’une franchise annonce la blessure de sa star ou de deux joueurs de sa rotation ? Comment distinguer la vraie fatigue ou le vrai choix tactique d’un coach qui laisse l’un de ses starters sur le banc dans le quatrième quart-temps ?
Autre point du nouveau format : les clubs ne pourront pas avoir le premier choix deux saisons de suite ou piocher dans le top-5 trois drafts consécutives. C’est tellement ironique parce que la NBA, toujours, elle veut encenser le mode de reconstruction du Thunder ou des Spurs, deux organisations qui se sont justement bâti un effectif de qualité en draftant bien ET régulièrement. Victor Wembanyama était le premier choix en 2023. Stephon Castle le quatrième en 2024 et Dylan Harper le cinquième en 2025. Un scénario qui ne serait plus possible. Ça s’applique aussi aux Pistons, aux Rockets, etc.
La draft a été créée dans le but de rééquilibrer les forces en puissance. Elle perdrait là de son intérêt, en tout cas selon sa mission d’origine. Une équipe vraiment faible après avoir perdu sa superstar mécontente par exemple, aurait potentiellement plus de mal à retrouver les sommets. Ou alors elle devra surpayer des vétérans de la classe moyenne pour s’assurer un minimum de compétitivité ? Quid des petits marchés qui n’attirent pas les talents et misent essentiellement sur la draft ?
Tout n’est évidemment pas à jeter et il y aura de toute façon des ajustements qui seront faits à cette réforme, qui doit encore être votée. Mais est-ce que le tanking est vraiment le combat majeur auquel la NBA doit s’attaquer ? Pourquoi faire ? Pour assurer un semblant d’équité sportive ? Tout le monde est bien conscient que cette équité n’existe pas réellement. Il y a des propriétaires plus riches que d’autres, des organisations avantagées, des marchés plus attractifs, etc.
Adam Silver pense-t-il hausser les audiences ? Ou la qualité du produit ? Parce que si c’est ça la lutte, alors il y a d’autres mesures à prendre en priorité. Comme la durée des matches. La durée des temps mort. Mais bon, il faut bien vendre de la pub. Ou tout simplement le nombre de matches, trop important, qui entraîne un paquet de blessures. Là encore une question d’argent. Peut-être que le tanking emmerde les parieurs si chers aux yeux du commissionnaire. Allez savoir. En tout cas, comme d'hab, on se fout bien de notre poire.

Les équipes préférant finir hors playoffs avec une chance de sortir au premier tour que se battre pour être éliminées par un favori au titre.
Les trois équipes avec le pire bilan seront bien les trois pires équipes de la ligue, sans très haut choix de draft pour se renforcer.
Bref, c'est nul.
En effet, quand Sawe peut partir en début de match, aller courir un marathon et rentrer tranquille à la maison pour voir le quatrième quart-temps, c'est qu'il y a un problème.
+avec une chance de récupérer le premier choix