Il est évidemment trop tôt pour déclarer Kawhi Leonard ou les Los Angeles Clippers coupables d’avoir contourné le salary cap. L’enquête de la NBA est toujours en cours, les nouvelles accusations reposent notamment sur des témoignages anonymes et aucun document bancaire prouvant le montage n’a été rendu public. Toutes les précautions restent donc nécessaires.
Mais il faut aussi être honnête : à chaque nouvelle révélation de Pablo Torre, la défense du simple hasard devient un peu plus difficile à entendre.
Le journaliste affirme cette fois que Leonard aurait bénéficié d’un autre contrat de sponsoring non rendu public, portant sur plusieurs millions de dollars. L’accord aurait été conclu avec Daktronics, l’entreprise qui a conçu le gigantesque écran installé dans l’Intuit Dome, la nouvelle salle des Clippers financée par Steve Ballmer.
Une source présentée comme haut placée et sous contrat pour travailler sur l’Intuit Dome a livré une accusation particulièrement directe :
« C’était à 1 000 % une manière de contourner le salary cap. L’argent transitait des Clippers vers Kawhi par l’intermédiaire de Daktronics. »
Un ancien dirigeant des Clippers aurait également confirmé à Torre qu’il avait connaissance de l’existence d’un contrat entre Leonard et Daktronics.
Kawhi Leonard pourrait ne pas rejouer avant 2027
À ce stade, le montant exact de l’accord, sa date de signature et ses différentes clauses restent inconnus. Daktronics a seulement indiqué, par l’intermédiaire d’une agence de communication de crise, que l’entreprise n’avait pas de contrat avec Leonard « actuellement ». Une formulation qui ne dément donc pas formellement l’existence d’un accord passé.
L’entreprise n’a par ailleurs fourni aucune preuve d’une campagne publicitaire ou d’un travail effectué par Kawhi Leonard en échange de cet argent. Les journalistes de Pablo Torre Finds Out et de Hunterbrook Media expliquent n’avoir retrouvé aucune trace publique d’une quelconque collaboration entre le joueur et Daktronics. La société a également reconnu avoir été contactée par Wachtell, Lipton, Rosen & Katz, le cabinet chargé de mener l’enquête pour la NBA.
Un deuxième deal qui change la lecture de l’affaire
Pris isolément, ce nouveau contrat présumé ne prouve pas que les Clippers ont payé Leonard en dehors des règles. Une entreprise partenaire d’une franchise peut parfaitement signer un joueur dans le cadre d’un accord commercial classique.
Le problème, c’est que ce supposé sponsoring ne surgit absolument pas dans le vide. L’enquête de la NBA porte déjà sur les 28 millions de dollars promis à Leonard par Aspiration entre 2022 et 2025, à condition qu’il continue de jouer pour les Clippers. Steve Ballmer avait investi 50 millions dans cette société, qui avait elle-même signé un partenariat de 300 millions sur 23 ans avec la franchise et l’Intuit Dome. Le joueur n’aurait eu presque aucune obligation promotionnelle dans le cadre de cet accord.
Ballmer et les Clippers ont toujours fermement nié avoir tenté de contourner le salary cap. Le propriétaire a notamment expliqué avoir été lui-même victime des dirigeants d’Aspiration, société depuis placée en faillite et au cœur d’une affaire de fraude.
Cette défense pouvait encore présenter le contrat de Leonard comme une anomalie au milieu des pratiques douteuses d’une entreprise en difficulté. L’apparition d’un deuxième sponsoring opaque avec un autre partenaire directement lié à l’Intuit Dome rend cette version nettement moins confortable.
Cela ne constitue toujours pas la preuve d’un système organisé. Mais deux contrats de plusieurs millions, avec deux entreprises travaillant étroitement avec les Clippers, sans campagne promotionnelle identifiable, commencent forcément à dessiner autre chose qu’une simple coïncidence.
D’autant que les enquêteurs de la NBA examinaient déjà un deuxième contrat publicitaire jusque-là non identifié avant les révélations de Torre sur Daktronics. Ils étudieraient aussi certaines dépenses engagées par les Clippers au bénéfice de Leonard et qui n’auraient pas été remboursées par son entourage.
Kawhi Leonard est lui aussi directement exposé
Depuis le début de cette affaire, l’attention s’est beaucoup concentrée sur Steve Ballmer et sur la possibilité que les Clippers aient secrètement complété le salaire de leur star. Kawhi Leonard ne peut toutefois pas être considéré comme un simple personnage secondaire.
Il aurait signé et bénéficié des contrats en question. La NBA l’a déjà interrogé, tout comme son oncle et conseiller Dennis Robertson, Ballmer, plusieurs dirigeants des Clippers et d’anciens responsables d’Aspiration.
Il reste encore à déterminer si Leonard connaissait l’origine réelle de l’argent et s’il avait conscience d’un éventuel montage destiné à contourner le salary cap. L’existence d’un sponsoring étrange ne suffit pas, à elle seule, à démontrer cette intention.
Les conséquences pourraient néanmoins être considérables. Le règlement autorise notamment la NBA à infliger des amendes, retirer des choix de draft, suspendre les personnes impliquées ou même annuler le contrat d’un joueur en cas de contournement avéré. C’est précisément pour cette raison que le transfert convenu entre les Clippers et Toronto est toujours suspendu : les Raptors ne veulent pas récupérer Leonard sans savoir quels risques sportifs et contractuels accompagnent le joueur.
Il n’y a donc toujours pas de preuve définitive ni de « smoking gun » permettant de condamner publiquement Kawhi Leonard et les Clippers. Les témoignages centraux restent anonymes et les flux financiers décrits n’ont pas encore été démontrés par des documents accessibles.
Mais il ne s’agit plus non plus d’une accusation isolée et facilement balayée. Un premier contrat opaque pouvait être une anomalie. Un deuxième accord présumé, avec un autre partenaire de l’Intuit Dome et toujours aucune prestation identifiable, voilà qui commence à ressembler à une méthode.
Cela ne suffit pas encore à déclarer Kawhi Leonard coupable. Cela suffit largement pour dire que, cette fois, ça sent sérieusement le roussi.
