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Pistol Pete Maravich : Born to run

Jean-Sébastien BlondelPar Jean-Sébastien BlondelPublié

Pete Maravich nous a quittés il y a 30 ans. De Magic à Nash, de Kidd à Jason Williams, il a influencé plusieurs générations d’artistes émerveillés par son génie… et a sacrifié sa carrière pour leur ouvrir la voie.

« Emmenez-moi. » C’est ce que Pete Maravich aurait peint sur le toit de sa maison au plus fort de son marasme à Atlanta, en 1974. Une légende, selon sa femme Jackie. Tout le monde n’est pas de cet avis. Loufoque et incapable d’agir autrement que dans l’excès, Maravich aurait eu une période d’intense croyance dans les OVNIS. Jusqu’à leur adresser ce message, témoin du malaise profond qui l’a rongé durant l’essentiel de sa carrière pro.

Graphisme : Mochokla 

Dans la brume électrique

Pete Maravich était détesté par la plupart des joueurs de la ligue, coéquipiers inclus, avant même de poser un pied sur un parquet NBA. La faute à une hype sans précédent et à son contrat rookie historique. Pour ses pairs, il n’est alors qu’un soliste qui s’est gavé de shoots en NCAA en jouant pour son coach de père. Il a encore tout à prouver. Alors que certains vétérans d’Atlanta comme Joe Caldwell se battent pour obtenir une renégociation de leur salaire, le pont d’or offert au gamin blanc est pris comme un affront dont Pete subit l’effet boomerang.

Maravich avait déjà du mal à gérer les attentes placées en lui à la fac, celles du monde pro vont le marquer très vite. A l’ambiance pesante du vestiaire vient s’ajouter la réalité du terrain. Richie Guerin, le coach des Hawks, n’apprécie pas vraiment le côté flashy de son jeu. Ses prises de risque, ses tirs impossibles, ses passes aveugles insensées, tout cela n’a pas sa place dans le basket de l’époque.

« Il y a plus de pression sur Pete que sur n’importe quel autre rookie dans l’histoire des sports pros », déclare même le légendaire Jerry West après leur premier duel.

Les débuts sont laborieux. A trop vouloir bien faire, Pete est systématiquement en décalage. Quant à sa défense, elle est jugée suspecte, au mieux. Ses performances globales restent bonnes, mais sa réputation est faite : Pete Maravich n’est pas un joueur d’équipe.

Cette étiquette va lui coller à la peau toute sa carrière. Pete Maravich attire pourtant les foules partout où il passe, mais il ne parvient pas à trouver sa place entre les attentes du public, qui ne souhaite rien d’autre qu’un festival de points et de passes, et celles de son équipe, prête à lui reprocher son style à la moindre série de défaites. Dépressif, porté sur l’alcool, à la limite de l’hypocondrie, Maravich subit sa carrière plus qu’il n’en profite. Après ses premières années dans la ligue, il lâche d’ailleurs des mots fatalement prémonitoires à un journaliste :

« Je ne veux pas jouer dix ans en NBA et mourir à 40 ans d’une crise cardiaque. »

La pression énorme que son talent sidérant lui fait subir lui fait déjà songer à la retraite. En 1974. Il n’a que 26 ans.

Au nom du père

Il n’a que 26 ans,  mais consacre sa vie au basket depuis la petite enfance. Son père Press, ancien pro aux Pittsburgh Ironmen lors de la première saison de l’histoire de la ligue, lui a transmis le virus dès qu’il a pu. Devant les bonnes dispositions du rejeton, Maravich Sr, futur meilleur coach ACC (l’une des conférences NCAA les plus prestigieuses), met au point toute une série de « drills » pour développer l’adresse et la dextérité de Pete. Le résultat est saisissant. Le môme suit son père dès qu’il le peut, se met dans un coin du gymnase avec son ballon et travaille. Il dribble, il shoote, il enchaîne des séries de passes dans le dos. Très vite, son instinct et son sens du jeu sont hors du commun pour un gamin de son âge. Pete devient rapidement une légende en Caroline du Nord, où ses cartons lors des tournois l’été n’étonnent plus personne. Il sèche les cours pour se faufiler dans le gymnase, joue du matin au soir même en plein été, et construit sa légende, passe lumineuse après panier irréel.

A 9 ans, Pete Maravich a déjà des années-lumière d’avance. Et le plus grand plaisir de son père est de faire admirer avec une immense fierté les prouesses de son fiston. Lorsque ses amis coaches passent le voir, ils ont droit au récital Maravich : les yeux bandés, le gosse déroule toute sa panoplie de dribbles et de passes avec une maîtrise effarante. Press est comme un savant fou. Mais il sait ce qu’il fait.

« Ne sous-estimez surtout pas la connaissance que Press avait du jeu », a d’ailleurs confié John Wooden, coach le plus titré de NCAA et grand ami de Maravich père.

« C’est vers lui que je me tournais lorsque j’avais besoin d’une analyse sur divers aspects du jeu. »

Press est un formidable technicien et un motivateur hors pair, mais son aveuglement le pousse à façonner son fils jusqu’à en faire un prototype fabuleux, mais inadapté au basket de son époque. Pete est tellement en avance sur son temps qu’il s’attire autant d’admiration de la part des fans que d’incompréhension de la part de ses congénères. Pour un entraîneur quelconque, il n’y a que deux solutions : le regarder jouer ou aller au clash. C’était écrit, Press le coachera à la fac.

Mais Pete n’a pas les résultats requis pour jouer en ACC. Son père quitte donc North Carolina State pour LSU, qui lui offre un salaire plus élevé à condition que Pete l’accompagne. Pour la première fois, Press va pouvoir tester sa machine. Et annonce la couleur dès la première conférence de presse :

« Pete sera une superstar. Attendez juste de le voir... »

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