Pourquoi les Sacramento Kings vont droit dans le mur

Les Sacramento Kings ont réussi à nous décevoir et à nous surprendre dans le mauvais sens du terme, une fois de plus. Décryptage d'une franchise qui ne tourne pas rond.

Antoine PimmelPar Antoine Pimmel | Publié  | BasketSession.com / MAGAZINES / Focus
Pourquoi les Sacramento Kings vont droit dans le mur
Dans un sens, Mike Malone n’a jamais été désiré à Sacramento. L’annonce de son licenciement dimanche soir a fait l’effet d’une bombe mais plus que son éviction c’est le timing qui interpelle. Les Sacramento Kings sont actuellement dixièmes ex-aequo (avec le Thunder) de la Conférence Ouest avec un bilan de 11 victoires en 24 matches. Ils ont débuté la saison en trombe avant de s’incliner à sept reprises lors des neuf dernières rencontres. Neuf matches clés disputés en l’absence de DeMarcus Cousins. Les dirigeants n’ont rien voulu savoir et ils ont surfé sur cette spirale négative pour se séparer de leur coach alors que ce dernier avait ramené un semblant de stabilité au sein de la franchise. Le timing du licenciement est mauvais et surprenant mais il est à l’image des décisions prises par les différentes équipes dirigeantes des Sacramento Kings depuis une dizaine d’années. Lorsque la franchise a été rachetée par Vivek Ranadive et ses associés, l’organisation a été chamboulée à tous les étages. Paradoxalement, le propriétaire a embauché un coach – Mike Malone – avant de confier les rênes de l’équipe à un président en charge des opérations basket – aujourd’hui Pete D’Alessandro, engagé deux semaines après Malone. Cela n’a aucun sens. Le GM et le coach travaillent conjointement au sein d’une franchise NBA et il est préférable qu’un climat de confiance soit installé rapidement entre les deux hommes. L’avenir de Mike Malone aux Sacramento Kings était condamné d’avance et il l’a sans doute senti cet été lorsque ses employeurs ont voulu lui imposer un nouvel assistant, à savoir Kurt Rambis ou Alvin Gentry. Malone a fait le forcing pour que Tyrone Corbin soit engagé. Il a obtenu gain de cause et ses dirigeants n’ont – étrangement – pas osé le renvoyer dès l’intersaison. Selon les rapports d’Adrian Wojnarowski de Yahoo! Sports, les tensions étaient pourtant déjà fortes au sein de l’organisation.

La folie des grandeurs de Vivek Ranadive

[caption id="attachment_129454" align="alignleft" width="300"] Vivek Ranadive surestimerait fortement le niveau actuel des Sacramento Kings selon les observateurs.[/caption] Mike Malone est un coach à la philosophie défensive. Il a été crédité d’une partie du succès des Golden State Warriors en défense lorsqu’il était le principal assistant de Mark Jackson sur le banc de la franchise californienne. Paradoxalement, sa ligne directrice ne coïncide pas à la vision du basket de Vivek Ranadive. Considéré comme le sauveur des Kings lorsqu’il a racheté la franchise, évitant ainsi un déménagement vers Seattle, le milliardaire aux origines indiennes s’est immédiatement impliqué dans la vie de son équipe. Peut-être même trop. Ranadive, de même que son GM Pete D’Alessandro, est un adepte du jeu rapide. Selon NBA.COM, jouer vite aurait même été l’une des principales directives confiées par le management à Malone lors de la dernière intersaison. Le coach a construit son équipe autour d’un pivot extrêmement talentueux capable de prendre le dessus sur n’importe lequel de ses adversaires au poste bas. Il n’a pas fait des Sacramento Kings une nouvelle version des Phoenix Suns. Il a continué à insister sur la défense et a focalisé le jeu offensif autour de Cousins. La formation se classe dans le ventre mou de la ligue en termes de « rythme » (pace). Mike Malone a donc été licencié après que son équipe se soit inclinée à sept reprises en neuf matches suite à la méningite de son pivot star. Classe, très classe. [superquote pos="d"]Vivek Ranadive veut que les Kings défendent à quatre... et ils vont peut-être le faire ! [/superquote]Vivek Ranadive est un homme d’affaire ambitieux et pesant. Selon plusieurs observateurs, il n’aurait pas conscience du niveau réel de l’effectif des Kings. Il surévaluerait sa formation. Sacramento se relève doucement de plusieurs années de disette et la franchise n’a pas disputé les playoffs depuis une élimination au premier tour en 2006. Elle cumule les frasques et les saisons décevantes depuis. En ce sens, les progrès soudains de Mike Malone et son groupe représentaient déjà une victoire. L’évolution de DeMarcus Cousins a été essentielle au renouveau des Kings mais l’équipe gagnait enfin en stabilité, voire même en cohérence. Ranadive n’est pas un homme cohérent. Toujours selon Yahoo! Sports, le propriétaire avait pour habitude de discuter avec Mike Malone au sujet des stratégies à adopter sur le parquet. Il souhaitait s’inspirer de son expérience de coach… de l’équipe de son fils pour appliquer certaines de ses théories en NBA. Une nouvelle fois, cela n’a aucun sens. Il a ainsi pressé son coach d’essayer de défendre à quatre contre cinq attaquants afin de laisser un joueur dans le camp adverse. Voilà un exemple de basket rapide prôné par Ranadive. Si son équipe récupère la gonfle, elle n’a plus qu’à balancer devant pour conclure. A-t-il seulement conscience du niveau des attaquants NBA ? Les Kings se feraient détruire sur place. Le plus drôle ? Tyrone Corbin, l’assistant qui assure l’intérim, pourrait être contraint d’essayer cette stratégie. Voilà au moins une bonne raison de regarder un match des Kings dans les jours à venir. On peut blâmer Pete D’Alessandro, le GM, mais ce dernier a surtout des allures de pions contrôlé par son propriétaire. Le soir de la draft, la majorité des dirigeants des Kings militaient en faveur d’Elfrid Payton, un meneur gestionnaire et prometteur. Vivek Ranadive avait déjà son chouchou, Nik Stauskas. Un shooteur d’élite et un jeune joueur talentueux, certes, mais dont le profil se rapproche de Ben McLemore, drafté un an plus tôt par la même équipe dirigeante. Devinez quoi ? Cela n’a aucun sens.

Qui pour succéder à Mike Malone ?

[caption id="attachment_120608" align="alignleft" width="300"] Mike Malone était condamné dès son arrivée aux Sacramento Kings.[/caption] Il est difficile de comprendre ce qui anime Vivek Ranadive. On a compris qu’il avait une vraie influence sur les décisions sportives de l’équipe, quitte à imposer ses idées et sa vision à ses dirigeants. On sait aussi que le Hall Of Famer Chris Mullin est une voix écoutée par l’homme d’affaire. Conseiller pour Ranadive et D’Alessandro, il pourrait même postuler pour prendre la place de Mike Malone.
« Tout ce qu’il a à faire c’est de choisir le job qui l’intéresse et le poste est à lui », confie un GM NBA.
Plusieurs noms ont circulé depuis le licenciement de Malone. George Karl, Vinny Del Negro, Mark Jackson et Alvin Gentry sont pressentis parmi les candidats pour lui succéder sur le banc des Sacramento Kings. Un coach sort du lot, à savoir George Karl. Il était en charge des Denver Nuggets lorsque Pete D’Alessandro était encore l’assistant de Masai Ujiri dans le Colorado. Les deux hommes se connaissent et Karl est un adepte du basket rapide. Ses équipes ont toujours pratiqué un style « up-tempo » qui pourrait séduire les têtes d’affiche de l’organisation. Selon Adrian Wojnarowski, George Karl tient à retrouver une place en NBA et ce quel que soit l’équipe. Il souhaite battre le record de victoires en carrière de Don Nelson (1131 victoires pour Karl, 1335 pour Nelson) et doit donc rapidement occuper une place sur un banc. Ranadive a également reproché, par l’intermédiaire de ses dirigeants, à Mike Malone de ne pas faire jouer Royce White, engagé par les Sacramento Kings en cours de saison dernière.
[superquote pos="d"]Mike Malone ne voulait pas de Josh Smith mais Ranadive se fichait de l'avis de son coach. [/superquote]« C’est à ce moment-là que les rapports entre le coach et la direction se sont vraiment dégradés », rapporte un dirigeant.
Royce White est le plus gros flop de l’histoire de la draft. Atteint de troubles d’anxiété, il refusait de prendre l’avion. Son passage aux Houston Rockets a été un échec et même si la direction texane n’est pas exempte de tous reproches, le jeune joueur n’a pas fait les efforts nécessaires pour s’intégrer dans la ligue. Il a essayé de rebondir à « Sactown ». En vain. Un peu plus tard, Malone manifestera son mécontentement auprès de ses dirigeants lorsque ces derniers ont voulu rameuter Josh Smith, en perdition à Detroit, en Californie. Le coach n’était pas intéressé par la venue de Smith. Il ne s’imaginait pas intégrer l’ancien couteau suisse des Atlanta Hawks alors qu’il disposait déjà de Rudy Gay et DeMarcus Cousins. L’arrivée de « J-Smoove » l’aurait poussé à placer Gay à l’aile – son poste naturel. Surtout, il aurait été contraint à demander à son ailier star d’évoluer en périphérie alors que ce dernier a retrouvé de sa splendeur en jouant beaucoup plus proche du cercle depuis son transfert à Sacramento. Smith, Gay et Cousins n’étaient pas complémentaires mais Vivek Ranadive s’en fichait. Finalement, les Pistons ont refusé l’échange et Malone a pu continuer à travailler avec son groupe. Il a fait progresser les Kings malgré un effectif encore limité. Il le doit surtout au talent de DeMarcus Cousins mais le coach tient tout de même sa part de responsabilité dans le développement de la star.

Quid de DeMarcus Cousins et de l’avenir des Sacramento Kings ?

[caption id="attachment_209497" align="alignleft" width="300"] DeMarcus Cousins était proche de Mike Malone.[/caption] « DMC » entretient des rapports particuliers avec Mike Malone. Ce dernier lui a rendu visite (ainsi qu’à Rudy Gay) en Espagne pendant la dernière Coupe du Monde. Ils sont proches et ils s’entendent bien ce qui est déjà un exploit quand on sait que la jeune star s’est pris le bec avec tous les autres coaches qu’il a fréquenté au cours de sa carrière. Considéré comme le franchise player de l’équipe, il a appris la nouvelle du licenciement sur Twitter. Il n’était donc pas au courant. Voilà qui fait tâche, d’autant plus que Cousins est du genre rancunier. Il n’oublie rien, encore moins lorsqu’il se sent trahi (ce qui n’est peut-être pas le cas à l’heure actuelle mais le joueur appréciait son ancien coach). [superquote pos="d"]Cousins sera free agent en 2018...[/superquote]Vivek Ranadive veut construire une équipe qui pratique du basket rapide alors qu’il dispose de très peu de shooteurs au sein de son effectif. Derrick Williams et Rudy Gay sont susceptibles de jouer le rôle d’un ailier-fort hybride au côté de DeMarcus Cousins. Soit. Mais que penser du reste de l’équipe ? Ben McLemore trouve doucement ses marques mais il est la seule menace crédible à trois-points en attendant le développement de Stauskas. La vision du propriétaire de ne correspond pas aux moyens mis à la disposition du coach. Il serait temps d’en prendre conscience. Lorsqu’il a négocié son extension de contrat l’an passé, DeMarcus Cousins n’a pas signé pour le maximum sur cinq comme John Wall ou Kyrie Irving. Il a prolongé pour quatre saisons supplémentaires et il a donc l’occasion de tester le marché en 2018, après l’explosion annoncée du Salary Cap. Nous en sommes encore loin et le jeune joueur a déjà fait part de sa fidélité à sa franchise et à ses fans. Il se sent bien à Sacramento. Mais l’instabilité chronique pourrait finir par lui peser sur le système. Vivek Ranadive et les Sacramento Kings se cherchent toujours un style. Mais pour l’instant, la franchise se démarque pour les mêmes motifs peu flatteurs depuis bientôt dix ans : son dysfonctionnement et l’incohérence des décisions prises par ses dirigeants.
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