Stephen Curry, pas MVP mais l’âme d’une dynastie

Antoine PimmelPar Antoine PimmelPublié

Kevin Durant a été élu meilleur joueur des finales NBA 2018, pas Stephen Curry. Mais le sniper le plus flamboyant de l’Histoire reste l’élément clé d’une équipe des Golden State Warriors qui domine la planète basket.

Ça y est, c’est fini. Les Golden State Warriors ont à nouveau été sacrés cette nuit et Kevin Durant a encore été élu MVP des finales. Pour la deuxième année de suite. C’est même le troisième titre en quatre ans pour les Dubs, déjà vainqueurs en 2015 sans KD. Ils marchent sur la NBA. Au cœur de cette suprématie, un homme. Stephen Curry. Il est le moteur de la dynastie la plus dominante de l’ère moderne (post-Michael Jordan). Le visage d’une organisation qui a « des années lumières d’avance » selon les mots de son propriétaire. Le joueur le plus important de l’une des meilleures équipes de tous les temps. Et pourtant, il n’a pas été nommé MVP une seule fois au cours des trois finales remportées par les Californiens. Une anomalie.

Attention, la récompense est entièrement méritée pour Durant. Elle est même logique. KD est le basketteur le plus fort de son équipe intrinsèquement et il l’a encore montré pendant cette série. Il a planté 43 points en prenant le contrôle du match qu’il fallait absolument gagner, le Game 3, en compensant justement la maladresse de ses camarades – et notamment Curry – ce soir-là. Petite précision : il semble injuste de parler de « faillite » du meneur All-Star sur cette rencontre.

Il n’a marqué que 11 points à 3/16, et c’est ce qui lui coûte la distinction individuelle. Mais il n’a pas été mauvais. Il n’a perdu que deux ballons en distribuant six passes décisives. Il a pris cinq rebonds et il a même tenu le choc en défendant sur LeBron James. C’est aussi lui qui a inscrit cinq points décisifs avant le tir assassin de son partenaire dans les derniers instants de la partie.

D’ailleurs, si Durant a autant brillé sur ce Game 3, c’est aussi parce que la défense des Cleveland Cavaliers a préféré continuer à trapper Curry tant bien même qu’il était incapable de marquer un panier. Tyronn Lue a tenu à ne laisser aucun espace au tireur d’élite des Warriors. Quitte à ne pas doubler l’autre superstar de Golden State qui était pourtant dans un grand soir. KD a exploité à merveille tous les duels avantageux offerts par ses adversaires – et c’est tout à son honneur. Ça n’enlève rien à sa performance. Ça en dit simplement long sur Stephen Curry et sur la menace, même fantôme, qu’il représente pour les défenses à chaque fois qu’il passe le milieu de terrain. Toute l’attention est concentrée sur lui. Qu’il soit adroit ou non. Qu’il ait le ballon ou non. Il suscite la peur dans le camp d’en face.

Ses coups de chaud sont redoutés. Car ils agacent et démoralisent. Le double-MVP provoque étrangement le dédain de plusieurs autres superstars – à commencer par James. Le thème a déjà été évoqué par plusieurs journalistes proches de la Bay. Tout ça pour dire que personne ne veut se faire terrasser par celui qui a été désigné comme l’ennemi, surtout si le mépris a remplacé le respect entre les deux adversaires.

Un mépris qui se transmet aussi auprès des passionnés. Pas tous, évidemment. Une partie du public n’hésite pas (plus) à cartonner Curry quand il passe à côté. Quitte même à faire preuve d’un brin de mauvaise foi – mais n’est-ce pas là l’essence même des débats ? – au sujet des performances extraordinaires du bonhomme. Il fut pourtant une époque où il était adulé par la foule. Comme son équipe, il a peut-être fini par lasser à force de gagner. De gagner avec une impression de facilité (erronée) qui devient perçue comme de l’insolence. Une idée s’est alors développée : il a beau être fort, il ne ferait pas gagner une finale. Voilà pourquoi il n’aurait jamais été élu MVP. Waouh. Bon, OK, l’argument est volontairement durci ici. Mais il y une forme de mythe qui se forme sur sa capacité à faire la différence lors des matches les plus chauds.

Vraiment ? Il vient de flanquer 37 points lors d’une rencontre qui offre le titre NBA ! La conclusion d’une superbe série pour Stephen Curry. Il a été intenable lors des deux premiers duels avec 29 et 33 points. Tout en battant un record sur le Game 2 avec neuf paniers inscrits, la référence pour un match des finales. Il est passé au travers en termes d’adresse lors du Game 3. Mais dans l’ensemble, il a été excellent dans quasiment tous les aspects du jeu. Il a même tenu son duel avec James quand les Cavaliers ont provoqué des « switches » ! Alors, oui, il faut nuancer. Il n’a pas non plus arrêté le King. Mais il a su le limiter malgré l’énorme différence physique entre les deux hommes. James n’a pas détruit Curry sur ses isolations. Parce que ce dernier s’est donné en défense. Il a été très bon sur ces finales.

Comme à chaque fois, en fait. Il ne disparaît pas lors du dernier round. Même en 2016, quand il était blessé au genou – et il aurait dû se pointer en chaise roulante à la Conférence de presse pour bien souligner le fait que lui aussi a joué une finale diminué – il n’a pas été catastrophique. Même s’il était, il est vrai, en-dessous de ses standards hors normes.

2018 : 27,5 points à 40%, 41% à trois-points, 6 rebonds, 6,8 passes, +11,8
2017 : 26,8 points à 44%, 38% à trois-points, 8 rebonds, 9,4 passes, +6
2016 : 22,6 points à 40%, 40% à trois-points, 4,9 rebonds, 3,7 passes, -1
2015 : 26 points à 44%, 38% à trois-points, 5,2 rebonds, 6,3 passes, +8,7

Pas dégueulasse quand même. OK, il n’a pas de trophée de MVP des finales à son palmarès. Mais il assure n’en avoir rien à secouer. Il a du mérite. Beaucoup de mérite. Respect, champion.