On savait déjà que les entraînements des Spurs du début des années 2000 n’avaient rien d’une colonie de vacances. On savait aussi que Manu Ginobili avait dû gagner sa place dans un vestiaire déjà rempli de champions, de vétérans, de certitudes et d’exigence. Bruce Bowen vient simplement de confirmer, avec le sourire, que l’Argentin avait eu droit à un traitement très particulier à son arrivée à San Antonio.
Invité de l’émission Run It Back, l’ancien ailier défensif des Spurs est revenu sur une histoire souvent racontée autour de Ginobili : ses premières années texanes, durant lesquelles Bowen le secouait copieusement à l’entraînement. Le mot “brutalisait” n’est pas complètement exagéré, à entendre l’intéressé.
“Ecoutez, il n'y a pas de preuve vidéo de ça (rires). Non, je vais vous dire la vérité. Je savais que Manu avait du talent, mais c'était à ses débuts. Je voulais le préparer pour ce qu'il allait peut-être devoir affronter. Donc par moments, je le prenais en défense tout terrain. Je n'ai fait ça avec personne d'autre chez les Spurs. Je voulais qu'il s'acclimate à ce qu'il verrait en match, que ce soit des joueurs qui le bousculent ou qui l'accrochent. A son crédit, il ne s'est jamais plaint, ne m'a jamais rien dit et n'a jamais lancé de regard à Pop. Pop non plus ne disait rien parce que je pense que tout le monde comprenait ce qu'il était en train de se passer. En ce qui concerne son entrée au Hall of Fame, Manu, de rien !”
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La scène est facile à imaginer. D’un côté, Ginobili, arrière argentin génial, fantasque, déjà bardé de références européennes mais encore en train de découvrir la NBA. De l’autre, Bowen, l’un des défenseurs les plus pénibles de sa génération, spécialiste du harcèlement permanent, des contacts à la limite et de l’usure psychologique. Pour un rookie, même aussi expérimenté que Manu, difficile de trouver pire comité d’accueil.
Ce qui rend l’anecdote savoureuse, c’est que Bowen assume aujourd’hui avoir ciblé Ginobili plus que les autres. Pas pour le rabaisser, selon lui, mais pour l’endurcir. Il avait identifié le talent, compris que Manu allait avoir un rôle important, et décidé de lui faire vivre à l’entraînement ce qu’il risquait de subir en match : pression tout terrain, mains baladeuses, corps dans le chemin, défenseurs qui ne laissent pas respirer.
La réaction de Ginobili en dit long sur ce qui a fait sa carrière. Il n’a pas protesté. Il n’est pas allé chercher Gregg Popovich du regard. Il n’a pas demandé d’arbitrage interne. Il a encaissé, s’est adapté, puis a fini par devenir l’un des joueurs les plus imprévisibles et les plus durs à contenir de sa génération.
